Tramway, à Lisbonne. Le COVID est actuellement maîtrisé et stable au Portugal.
Tramway, à Lisbonne. Le COVID est actuellement maîtrisé et stable au Portugal.
Tramway, à Lisbonne. Le COVID est actuellement maîtrisé et stable au Portugal. ©Radio France - Julie Pietri
Tramway, à Lisbonne. Le COVID est actuellement maîtrisé et stable au Portugal. ©Radio France - Julie Pietri
Tramway, à Lisbonne. Le COVID est actuellement maîtrisé et stable au Portugal. ©Radio France - Julie Pietri
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Résumé

Il y a une dizaine de jours, Damien Abad, président des députés LR à l'Assemblée Nationale expliquait que 20% des cas de Covid au Portugal étaient liés au variant brésilien. Une fausse information qui circule dans une partie de la presse française, avec en creux la crainte d'une diffusion, par ricochet, en France.

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Dans les rues ensoleillées de Lisbonne, Medhi Benlahcen sort son téléphone portable et pianote quelques instants à la recherche de ce chiffre qui lui a rapidement paru surprenant : "J’ai trouvé ça énorme." Enseignant au lycée français de Lisbonne, Conseiller des Français de l’étranger, il voit l’information circuler chez les expatriés : "Puisque les gens sont très branchés sur la presse française, ce chiffre courait au Portugal. Ils étaient très interrogatifs : si vraiment il y avait 20% de variant brésilien au Portugal, tout serait fermé !"
 

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20% de variant brésilien au Portugal : une fausse information

"C'est ridicule ! Cela n’a aucun fondement", confirme Joao Paulo Gomes, chercheur à l’Institut National de la Santé Ricardo Jorge, la référence sur le COVID au Portugal. "Ces deux derniers mois, les variants brésiliens stagnaient autour de 0,5% des cas. Ça n’a jamais dépassé ça. En comparaison, le variant britannique est à 83% et le sud-africain à 2,5%. Nous avons ici une très grande communauté brésilienne mais nous sommes sûrs de nos chiffres.". Après avoir été touché durement par le variant britannique en début d’année, le Portugal se trouve aujourd’hui dans une situation stable. 

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"Ici, nous n’avons presque plus de morts, et très peu de personnes en soins intensifs" (Joao Paulo Gomes) 

"Le variant brésilien semble sous contrôle. Toute personne qui vient du Brésil est testée et confinée 14 jours. Au Portugal, c’est très rigoureux. Puisqu’il n’y a pas des milliers de personnes dans ce cas à surveiller, les autorités de santé appellent au téléphone et envoient la police sur place." 

Quatre vols en provenance du Brésil atterrissent en une matinée à Lisbonne
Quatre vols en provenance du Brésil atterrissent en une matinée à Lisbonne
© Radio France - Julie Pietri

De fin janvier à avril, le Portugal a interdit tout vol en provenance du Brésil. La mesure vient d’être levée dans certains cas : travail, santé ou familles séparées. Ce matin-là, à l’aéroport de Lisbonne, quatre avions brésiliens atterrissent. Les proches se pressent, tendent leurs téléphones portables vers la porte des arrivées, pour immortaliser le moment des retrouvailles.

"J’ai le cœur qui bat... des papillons dans le ventre comme on dit ici ! ". Vanessa, qui attend sa fille de 8 ans, restée vivre au Brésil à Recife avec son père, sourit en montrant ses mains qui tremblent d’impatience. "Au Brésil, c’est horrible, c’est le chaos. Ça fait déjà un an que ma mère et ma fille essayent de venir me voir ici mais elles n’avaient pas réussi à embarquer jusqu’à aujourd’hui. J’espère qu’elles vont réussir à passer." Elle sait que les contrôles sont serrés. L’attente est pour elle, comme pour toutes les autres familles présentes, difficile à supporter. Au bout de 2h30, l’enfant arrive enfin. Mère et fille se jettent dans les bras l’une de l’autre. "Tu as fait bon voyage ? Tu es heureuse ? Que je suis heureuse, heureuse, heureuse ! Quelle attente ! Je suis passée à la torture..."

Julia, 8 ans, restera chez sa mère, à l’isolement, durant 14 jours. Même chose pour la femme et le fils de 5 ans de Fernando, qui viennent eux aussi de passer les contrôles : "Ça fait un an et 5 mois que je ne les avais pas vus", raconte le père de famille, très ému. "Ça a été extrêmement dur... Quand je suis venu au Portugal pour travailler et gagner de l’argent, le plan c’était de ne pas rester plus de six mois et puis il y a eu la pandémie. Aujourd’hui, je me sens tellement heureux : enfin, enfin ! Être ensemble, c’est la meilleure sensation du monde." La famille veut maintenant rester pour de bon à Lisbonne.  

Vanessa retrouve sa fille de 8 ans après plus d'un an de séparation
Vanessa retrouve sa fille de 8 ans après plus d'un an de séparation
© Radio France - Julie Pietri

Si le Portugal reste très vigilant sur ses contrôles, c’est en partie à cause de sa proximité historique et culturelle avec le Brésil. "La communauté brésilienne est la plus importante communauté étrangère du Portugal", précise Carmen Fonseca, professeur de relations internationales à l’Université Nova de Lisbonne et spécialiste des liens Brésil-Portugal. "Il y a probablement ici entre 100 000 et 200 000 Brésiliens. Que ce soit dans le commerce, le domaine éducatif, universitaire ou touristique, les échanges entre Portugal et Brésil sont très forts." 

Voyages en partie autorisés mais contrôles stricts

C'est la politique actuelle du Portugal face au variant brésilien. Les soignants ici, veulent en tout cas à tout prix éviter ce qu’ils ont connu en début d’année : l’afflux de patients touchés par le variant britannique et les files d’attente des ambulances aux entrées de certains hôpitaux. Ricardo Dias, interne en radiologie à l’Hôpital Santa Maria de Lisbonne en pointe dans la lutte contre le COVID, s’inquiète en ce moment plus du relâchement des gestes barrières que des variants. Mais il se questionne tout de même sur les retrouvailles familiales entre Brésiliens et résidents portugais : "Ces visiteurs brésiliens ne viennent pas pour se balader dans les rues mais pour retrouver leur famille avec forcément plus d’intimité et de proximité que quand on vient faire du tourisme !"

"Actuellement tout est source de préoccupation. D’autant que nous savons que la majorité des cas de variant brésilien que nous avons eu jusqu’ici étaient des cas 'importés' de l’extérieur", résume Sara Rocha, médecin à l’Hôpital Egas Moniz, actuellement en stage de spécialisation en soins intensifs. 

"Notre système de santé reste fragile et il repose sur des professionnels épuisés. Si nous nous retrouvons dans la situation que nous avons connue en janvier et février, ce sera vraiment difficile" (Sara Rocha)

Guadalupe Simoes, patronne du syndicat des infirmiers portugais, décrit elle aussi des professionnels "fatigués, démotivés. Nous devons contrôler les frontières, tester les gens, et vacciner la population portugaise, c’est ça LA solution."

L'Hôpital Santa Maria à Lisbonne
L'Hôpital Santa Maria à Lisbonne
© Radio France - Julie Pietri

Le Portugal surveille de près son déconfinement

Le pays scrute aujourd’hui de près les effets de son déconfinement progressif. Collèges, musées, restaurants sont par exemple désormais ouverts. D’ailleurs, c’est dans un club de sport, en short, que le virologue Pedro Simas donne rendez-vous. "J’ai fait 70 kilomètres de vélo ce matin, et ce soir, je muscle mes pectoraux, biceps et triceps. C’est bon pour le mental ! Et les clubs de sport viennent juste d’ouvrir : j’en profite."

Souriant puis plus sérieux quand il aborde les risques liés aux variants, il se dit confiant et optimiste : "Même si le variant brésilien arrive ici, nous avons une bonne partie de la population qui est déjà vaccinée et nous avons des mesures pour le contrôler. Le point le plus important, c’est que le vaccin continue à protéger des formes sévères et de la mort et c’est ce que nous voulons ! Je ne suis pas inquiet au sujet des variants." Au Portugal, 20% de la population est vaccinée et 95% des plus de 80 ans.