Tournage du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud à la cité du cinéma de Saint-Denis
Tournage du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud à la cité du cinéma de Saint-Denis
Tournage du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud à la cité du cinéma de Saint-Denis ©Radio France - Rémi Brancato
Tournage du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud à la cité du cinéma de Saint-Denis ©Radio France - Rémi Brancato
Tournage du film "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud à la cité du cinéma de Saint-Denis ©Radio France - Rémi Brancato
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Résumé

"Notre-Dame brûle" : c'est le titre du prochain film de Jean-Jacques Annaud. Le long métrage est en tournage, deux ans après l'incendie de la cathédrale, dans les studios de la cité du cinéma à Saint-Denis, où le réalisateur recrée des scènes spectaculaires de feu. Reportage

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En entrant sur le plateau 6 des studios de la cité du cinéma de Saint-Denis, on sent d'abord une forte odeur de brûlé. Puis, devant un décor représentant un morceau de façade de Notre-Dame de Paris, au milieu d'une fourmilière de techniciens, le réalisateur Jean-Jacques Annaud. Deux ans après l'incendie de la cathédrale parisienne, le cinéaste tourne actuellement son prochain film, "Notre-Dame brûle". "Je suis en train de cadrer avec une caméra qui est dans un boîtier spécial que l'on réfrigère parce que c'est un appareil qui est conçu pour être dans les flammes, à 700 degrés. On la ventile sans arrêt, avec de l'air frais", sourit-il.

"Tenez vos lances à incendie", entend-on, en direction des comédiens, habillés en pompiers de Paris face au mur derrière lequel on imagine la charpente de la cathédrale Notre-Dame en flammes. Ca tourne. Le feu a pris derrière le décor, des techniciens diffusent, à l'aide de ventilateurs, de la fumée et des escarbilles. La température monte. Au bout d'une ou deux minutes, un clairon retentit. "Il faut évacuer". "Il y a trop de monoxyde de carbone dans la pièce, il faut sortir", explique l'adjudant Guillaume des pompiers de Paris. "Comme ce sont des scènes de feu, cela peut être fréquent".

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Les pompiers de Paris, conseillers techniques

Sur le film, son rôle n'est pas seulement de veiller à la sécurité des équipes mais aussi de "conseiller" Jean-Jacques Annaud, pour garantir la crédibilité des scènes. "Il faut que les gestes soient bons, que ça soit crédible pour le spectateur, mais également pour toute la communauté Sapeurs-Pompiers" explique-t-il. "Jean-Jacques Annaud s'est beaucoup documenté : les premiers acteurs qui étaient là ce jour là, il les a rencontrés un par un et ils lui ont expliqué l'action dans les moindres détails". Le film va rendre un bel hommage à l'action de ces 400 pompiers, intervenus à Notre-Dame, selon lui. 

Sur le tournage de "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud
Sur le tournage de "Notre-Dame brûle" de Jean-Jacques Annaud
© Radio France - Rémi Brancato

Pour davantage de crédibilité, les comédiens qui jouent des pompiers, ont "vécu une immersion dans une vraie caserne de la brigade de sapeurs pompiers de Paris et ont été formés aux gestes". Ils sont aussi accompagnés de vrais pompiers de région à l'écran. Les pompiers de Paris, militaires, n’apparaîtront pas directement dans le film, exceptés de rares fonctions, comme un conducteur de grande échelle.

L'effondrement de la flèche recréé en studio

Pour recréer l'incendie du 15 avril 2019, "on a décortiqué Notre Dame en plein de petits morceaux" sur plusieurs plateaux de tournage, confie Maxence Ravel, régisseur personnel de Jean-Jacques Annaud. Sur le plateau neuf, apparait un amas de pierres et de bois calcinés : le "cœur de Notre Dame, c'est là où est tombé la flèche. On a fait tomber les tonnes de bois depuis le plafond et cela simule la tombée de la flèche, on l'a fait il y a deux jours, ce qui a reproduit énorme quantité de fumée noire". 

Un amas de poutres et de pierres reconstituant l'effondrement de la flèche de Notre-Dame en studio
Un amas de poutres et de pierres reconstituant l'effondrement de la flèche de Notre-Dame en studio
© Radio France - Rémi Brancato

Ici, plusieurs fois par jour, les décors s'embrasent, pour les besoins du tournage. Sur le plateau 5, un morceau de charpente est reproduit, avec des poutres fournies par l'entreprise Le Bras Frères, qui intervient également sur le chantier de restauration. "On a mis le feu hier", souffle Maxence Ravel. "On avait mis plein de petits tuyaux de gaz un peu partout, pour que cela crame très vite, le plan doit durer 30 secondes, une minute et on a des vrais pompiers qui viennent tout de suite éteindre en quelques secondes le feu".

Le souci des détails pour les décors

"C'est un film qui est extrêmement technique : il faut que les matériaux résistent à 1.200 degrés pendant des jours", confie Jean Rabasse, le chef décorateur. "On est revenu aux bonnes vieilles techniques, c'est à dire du bois et du plâtre : du bois massif pour faire toutes les poutres en incrustant des rampes à gaz à l'intérieur et du plâtre, car on a testé des résines, des bétons et la seule chose qui marche bien, qui coûte pas très cher et qui est naturelle, c'est le plâtre". 

Pour les décors, dont l'enveloppe s'élève à cinq millions d'euros, un cinquième du budget du film, les repérages ont duré un an, un travail "très long, très compliqué" débuté aux Archives nationales. "On n'a pas vraiment les vrais plans de Notre-Dame, mais on a finalement fait notre Notre-Dame, qui est en fait un mix entre les plans de Viollet le Duc et la réalité", explique Jean Rabasse.

La reproduction d'une chimère de la façade de Notre-Dame de Paris
La reproduction d'une chimère de la façade de Notre-Dame de Paris
© Radio France - Rémi Brancato

Sur le plateau 6, des éléments de la nef et de la croisée du transept ont été reconstitués dans un décor de 600 m². "On refait le carrelage, des piliers, toutes les chaises", détaille Maxence Ravel. Parmi les 150 membres de l'équipe de décoration, Auguste Moutard et ses collègues s'activent à "déplacer les éléments de décor en fonction des scènes, un travail colossal", comme cette "Vierge à l'enfant qui sera placée juste à côté des débris, car elle a miraculeusement échappé à une démolition pendant la chute de la flèche". 

"Rassurer le spectateur"

Pour le plus de réalisme possible, une partie des équipes a pu se rendre à Notre-Dame, les autres s'inspirent de photos. "Et puis, on a la chance de pouvoir rapporter quelques éléments de la cathédrale dans les studios", explique Auguste : "quelques morceaux de débris, quelques éléments de serrurerie, des morceaux de chaises pour reproduire au plus proche". Pour lui le résultat est "très satisfaisant" : "c'est quand même rare pour nous d'avoir des projets aussi cathédralesques en région parisienne, c'est assez impressionnant". 

Ce souci du détail, Jean-Jacques Annaud le cultive : "plus je vais de rassurer le spectateur sur la crédibilité du décor, plus l'histoire, elle-même, est crédible". Devant la reproduction d'une coursive en façade de la cathédrale, le réalisateur confie son enthousiasme pour ce projet, pour lequel le producteur Jérôme Seydoux, patron de Pathé, l'a sollicité fin 2019. 

"Je crois ne jamais avoir fait autant de plans puissants : c'est tous les jours, je me régale !" - Jean-Jacques Annaud. 

"Je viens de terminer un plan où l'on voit les pompiers tellement à l'étroit qu'ils sont obligés de se mettre à genoux dans ces coursives, hier, on a fait brûler toute une toiture, la semaine dernière, on a fait s'effondrer 175 m3 de gravats, de poutres enflammées et de moellons, c'était magnifique" raconte le réalisateur. 

Jean-Jacques Annaud sur le tournage de son prochain film "Notre-Dame brûle"
Jean-Jacques Annaud sur le tournage de son prochain film "Notre-Dame brûle"
© Radio France - Rémi Brancato

La vérité "plus incroyable que la fiction"

"En ce moment, tout ce que je tourne en studio, ce sont les scènes spectaculaires de feu, puisque je ne peux pas mettre le feu dans des endroits réels (...) c'est impressionnant !" Début mars, le tournage du film a débuté dans plusieurs cathédrales, à Sens, Amiens et Bourges, notamment, mais aussi à la basilique de Saint-Denis. Mais l'incendie en lui-même est reproduit ici, en studio. À la fin du mois, l'équipe se rendra sur le parvis de Notre-Dame pour tourner quelque scènes, notamment l'arrivée de certains camions de pompiers.

Pour certaines scènes, le réalisateur va mêler des images d'archives et a d'ailleurs lancé un appel à contribution pour recueillir des vidéos amateur d'embouteillages dans Paris le soir de l'incendie ou de foules regardant, dans les capitales étrangères, le drame en direct à la télévision.

"Tous les pompiers me disaient, et c'est terrible à dire, que c'était d'une beauté incroyable, bouleversant de beauté et de tragédie" raconte Jean-Jacques Annaud, qui s'est pris de passion pour l'histoire de l'incendie, "tellement magnifiquement cinématographique", une vérité "plus incroyable que n'importe quelle fiction". "En comprenant les détails de cette opération, les multiples handicaps qu'ils ont affronté : il y a du suspens, de l'inattendu, de l'invraisemblable et l'invraisemblable est vrai (...) on n'aurait pas inventé ces choses, c'est un sujet en or pour tout réalisateur". 

Les acheteurs du film du monde entier ne s'y trompent pas, qui sont déjà nombreux à se bousculer pour le diffuser dans leur pays. "Notre-Dame brûle" devrait sortir en salles au printemps 2022.