Depuis 2016, 4.000 à 9.000 dauphins meurent chaque année dans le Golfe de Gascogne ©AFP - Michel Gangne.
Depuis 2016, 4.000 à 9.000 dauphins meurent chaque année dans le Golfe de Gascogne ©AFP - Michel Gangne.
Depuis 2016, 4.000 à 9.000 dauphins meurent chaque année dans le Golfe de Gascogne ©AFP - Michel Gangne.
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Résumé

D'après les derniers chiffres de l'observatoire Pelagis, à La Rochelle, 700 dauphins ont été retrouvés échoués sur les plages de l'Atlantique depuis le 1er janvier. Depuis 2016, 4 000 à 9 000 dauphins meurent chaque année dans le Golfe de Gascogne. Ils sont victimes de la pêche. Il y a pourtant des solutions.

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Un matin sur la plage de Jard-sur-Mer, au sud des Sables d'Olonne. Marée basse, océan assez calme, vent d’ouest modéré. Comme tous les jours depuis janvier, des bénévoles de l’ONG "Sea Shepherd" se relaient, jumelles à la main, à la recherche de dauphins échoués. Parmi eux, Damien était déjà en patrouille en mer la veille. "On a trouvé un dauphin dans un filet d'un petit fileyeur de 12 mètres de long", détaille-t-il. "Nous n'étions pas très loin de la côte, les vents et les courants peuvent donc le pousser vers les plages", ajoute-t-il. Ils le cherchent pendant de longues heures de marche. Sans succès.  

"Un crève-cœur de voir ces dauphins mourir asphyxiés", Damien militant de Sea Shepherd en Vendée

Or au début de l'année 2021, pendant les mois d'hiver, cette ONG a trouvé "une quinzaine de dauphins échoués par jour sur 20 km de côtes, en Vendée". "Cela fait beaucoup", s'insurge-t-il. Or tous les dauphins morts ne s'échouent pas. Certains coulent au fond de l'eau, comme le jeune mammifère que Damien avait aperçu la veille de notre reportage. C'est une mauvaise nouvelle, il ne sera pas autopsié et peut-être pas comptabilisé. 

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"Les principaux responsables, malgré eux, sont les pêcheurs" dit en substance Thomas Le Coz, capitaine d'un bateau de l'ONG. Quand ils laissent leur filet en mer toute une nuit, des dauphins sont en effet capturés de manière accidentelle. "Il y a les chalutiers pélagiques que l'on observe depuis longtemps", décrit Thomas Le Coz, habitué à les surveiller au large, "et les fileyeurs qui en prennent le plus en ce moment". 

Quand ils retrouvent des dauphins morts, ces militants, comme tout promeneur d'ailleurs, doivent prévenir l'observatoire Pelagis, qui dépend du CNRS et qui est situé à l'université de La Rochelle. Ces scientifiques assurent une permanence téléphonique sept jours sur sept.  Ils comptabilisent également les décès et leurs causes. 

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Une vingtaine d'autopsies en deux jours à La Rochelle

Au rez-de-chaussée, les mammifères sont conservés dans une chambre froide. Au moment du reportage, il y en avait une dizaine qui allaient être disséqués. Au centre de la salle d'autopsie, une grande table en inox. C'est là que les mammifères sont étudiés à la loupe pour chercher des traces de capture. Florence Caurant est la co-directrice de Pelagis. "Les signes externes peuvent être des marques de filet sur la peau", détaille-t-elle, "des animaux ont des ailerons en moins, et puis on confirme avec l'état des poumons s'il y a eu asphyxie de l'animal". Et dans la majorité des cas, les dauphins sont bien morts à la suite d'une prise accidentelle et pas à la suite d'une maladie.  

Pour les scientifiques, il faudrait notamment interdire la pêche à certains endroits stratégiques du Golfe de Gascogne en février et en mars, au moment où les dauphins sont le plus en danger.
Pour les scientifiques, il faudrait notamment interdire la pêche à certains endroits stratégiques du Golfe de Gascogne en février et en mars, au moment où les dauphins sont le plus en danger.
© Radio France - Benjamin Bourgine

Les pêcheurs très opposés à une limitation de leur activité 

Or des solutions existent. Pour les scientifiques, il faudrait notamment interdire la pêche à certains endroits stratégiques du Golfe de Gascogne en février et en mars, au moment où les dauphins sont le plus en danger. Les dauphins et les pêcheurs sont en effet au même endroit et au même moment pour rechercher la même ressource : des petits poissons pélagiques, sardines ou anchois. Il y a un conflit d'usage. Mais le gouvernement est opposé à une telle mesure, comme la profession. Julien Lamotte, représentant des pêcheurs à la Rochelle, est formel : "600 navires pourraient être à l'arrêt quelques semaines ou quelques mois, la filière perdrait des dizaines de millions d'euros", estime-t-il. 

Les pêcheurs préfèrent une autre solution : certains ont accepté de placer à bord de leur bateau des "pingers", c'est-à-dire des répulsifs acoustiques censés éloigner les dauphins des navires. Mais les ONG comme les scientifiques estiment que cette option est insuffisante. "Ce n'est pas avec les pingers que l'on diminuera de manière significative le taux de capture", regrette Florence Caurant. Et d'insister sur la nécessité de fermetures spatio-temporelles. 

L’union européenne a bien demandé à la France de prendre des mesures pour stopper cette hécatombe, mais aucune décision forte n'a été prise pour le moment. Les scientifiques espèrent retrouver un peu moins de dauphins morts cet été sur les plages de Bretagne. Car avec une population estimée à 600.000 dauphins dans les eaux de l’Atlantique, proche de l'Europe, l’espèce est en danger. D'après Pelagis, plusieurs organisations internationales telle que la Commission Baleinière Internationale, un taux de mortalité lié aux activités humaines (pêche, collision, pollution, bruit, énergies marines renouvelables) dépassant 1,7% n’est certainement pas soutenable pour une population de petits cétacés. Or, le taux de mortalité actuel du dauphin commun dans le golfe de Gascogne est, depuis plusieurs années, supérieur à ce seuil.