Selon Gérald Bronner, professeur de sociologie, le plus difficile est de maintenir des liens familiaux.
Selon Gérald Bronner, professeur de sociologie, le plus difficile est de maintenir des liens familiaux.
Selon Gérald Bronner, professeur de sociologie, le plus difficile est de maintenir des liens familiaux. ©Getty -  DrAfter123
Selon Gérald Bronner, professeur de sociologie, le plus difficile est de maintenir des liens familiaux. ©Getty - DrAfter123
Selon Gérald Bronner, professeur de sociologie, le plus difficile est de maintenir des liens familiaux. ©Getty - DrAfter123
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Résumé

L’apparition de la Covid-19, avec la peur et les avis divergents des médecins, a fait émerger des dizaines de théories et de croyances, en divisant souvent les familles.

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Complotiste : ce musicien, installé en région parisienne, ne se reconnaît pas dans le terme. "C’est quelqu’un qui dénonce des complots qui n’existent pas. Et il y a des complots qui existent", explique-t-il. Pour ne pas être identifié, il ne donne pas son prénom et utilise sur les réseaux sociaux un pseudonyme pour poster des messages et des vidéos, la plupart du temps liés au coronavirus et au vaccin. "Il est clair que les gens sont utilisés comme cobayes alors qu’il y a une énorme suspicion", avance-t-il.

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C'est loin d’être sa seule interrogation. Il évoque aussi, pêle-mêle, le danger des tests qui pourraient servir à implanter dans le nez des patients des micro-puces, le réseau mondial d'hommes politiques pédophiles dont parlent aussi les partisans du mouvement Qanon aux États-Unis, un nouvel ordre mondial en préparation… Et une vérité cachée derrière la plupart des sujets, y compris l’interdiction des regroupements liée à l’épidémie. 

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"Je suis musicien, donc pour moi il y a ce chiffre sacré qui est le 7, comme les notes de la gamme. Tout dans la nature marche par 7, que ce soient les chakras du yoga indien ou bien d’autres chiffres qui se réfèrent à ça", explique-t-il. 

"Tous les tests en laboratoire sont faits avec sept animaux, tous les tests de comportement sociaux sont faits avec sept personnes. Alors à partir du moment où on me dit qu'il faut rester à six personnes maximum, il y a une suspicion."

Sur le plan familial, des frontières se créent

Cette suspicion fait le vide dans les rapports sociaux. Depuis un an et le début de l’épidémie, les discussions sont de plus en plus compliquées et les liens familiaux se distendent. "Sur le plan familial, je n’ai pas des rapports avec tout le monde là-dessus", confie-t-il. "Je sais que ça crée quelques frontières. Par exemple, mon beau-père est un historien formidable, il va me clasher souvent, me reprendre sur des faits historiques ou sur des choses que je vais dire parce qu’il a l’impression que je dis beaucoup de conneries. Parce que lui, il va te parler par des dates et des chiffres établis dans des livres auxquels il faut faire confiance." 

"Moi j’ai l’impression qu’on nous empêche de parler. La confrontation devient difficile, il y a énormément d’agressivité, de la part des gens qui partagent l’avis mainstream, c'est-à-dire la parole du gouvernement, la vérité qu’on nous oblige à digérer."

De fait, aucun de ses proches, contactés ne veulent évoquer le sujet. Comme dans la plupart des foyers français. Le CEVIPOF, le centre de recherches de Sciences Po, le mesure, dans un sondage : 42 % des personnes interrogées estiment que la crise sanitaire donne l’occasion au gouvernement de contrôler les citoyens, 36 % jugent probable que le ministère de la Santé soit de mèche avec l’industrie pharmaceutique.

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Discussions houleuses sur WhatsApp 

C’est le cas, en Bretagne, de la mère et de la sœur de Guillaume. "On avait un groupe WhatsApp familial qui marchait bien", explique ce quadragénaire. "Donc au départ, c’est sympa, on s’envoie des messages, des photos. Et à un moment donné, une partie des messages, c’était toute une propagande antivaccin. Il y avait beaucoup de relais de propos un peu complotistes, de mise en cause du gouvernement". 

Au début, il dit avoir essayé d'argumenter, d'apporter des chiffres. "Mais en fin de compte, le parti pris aujourd’hui c’est de ne pas répondre. Ce n'est pas un terrain propice à la discussion. Les sujets antivaccin, complotistes, ça ne se prête pas vraiment à l’argumentation, parce que les arguments ne sont pas audibles d’un côté comme de l’autre. On est sans doute dans la croyance. Chacun a tendance à chercher des arguments qui vont conforter sa propre opinion." 

Maintenir le contact

Et c’est la difficulté que pointe Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’Université de Paris. Avec les réseaux sociaux et la multiplication des connexions, "nous avons produit ces deux dernières années 90 % des informations disponibles sur la planète", souligne-t-il. Difficile de s’y retrouver. Difficile aussi, de s’entendre. "Le grand danger, c’est qu’il y ait une sécession cognitive, intellectuelle, entre nos concitoyens. Certains qui vivent dans un monde et d’autres qui vivent dans un monde alternatif", explique l'auteur d'Apocalypse Cognitive. 

"Le mieux, et c’est un travail de très long terme, si vous avez quelqu’un dans vos amis, votre famille quelqu’un qui bascule dans une forme de radicalité, il faut maintenir le contact, le dialogue. Ne pas contredire les croyances mais analyser le type de raisonnement."

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Mais cette approche rationnelle n’est souvent ni évidente, ni naturelle. Une étude de l’Université américaine de Caroline du Sud le montre : face à des faits en contradiction avec nos croyances, nous réagissons d’abord de manière émotionnelle. En activant les zones de l’amygdale et le cortex singulaire qui gère notamment l’apprentissage de la peur.