Le cimetière, un révélateur de la ville qui l'entoure

Les cimetières, lieux de nos villes
Les cimetières, lieux de nos villes ©Getty - Andrew Fox
Les cimetières, lieux de nos villes ©Getty - Andrew Fox
Les cimetières, lieux de nos villes ©Getty - Andrew Fox
Publicité

Tout l'été dans Les choses de la ville, on décortique les objets de nos villes avec ceux qui les conçoivent ou les habitent. Balade dans un cimetière, ce matin, avec l’architecte Paul Landauer.

Le cimetière est un lieu de souvenirs, mais aussi de balade. Suivons l'architecte Paul Landauer pour une promenade dans le cimetière de Brest-Kerfautras. Comme les autres cimetières, à l'image de la ville dans laquelle il est installé :  

« Les cimetières sont des révélateurs étonnants des villes dans lesquelles ils se situent. De par les noms, déjà, les patronymes, qui racontent l’histoire des gens qui ont habité la ville depuis plusieurs siècles. Mais aussi par la manière dont ils sont conçus, la manière dont les tombes sont organisées les unes par rapport aux autres, les hiérarchies qui s’établissent. Habituellement il y a toujours des caveaux qui prennent plus d‘importance. Or, ici, à Brest, c’est étonnant, parce que l’on sent quand même un principe d’égalité très fort. Certaines tombes prennent deux largeurs, deux emplacements, mais c’est à peu près tout, la seule distinction qu’on a, c’est celle-là. Donc [le cimetière] parle de  l’organisation de la ville [mais aussi] du rapport au relief avec les vues. »  

Publicité

Au-delà du lien avec la ville qui l’entoure, l’emplacement du cimetière nous en dit également beaucoup sur la période durant laquelle il a été conçu. Juste autour de l’Église jusqu’au XVIIIe siècle, ou bien à l’extérieur du village ensuite, pour préserver des maladies.  

Quant aux tombes, en elles-mêmes, elles nous racontent aussi une histoire de l'architecture funéraire, selon Paul Landauer :  

« Ce qui est fabuleux dans les cimetières, c’est que l’on peut dater. Il suffit de regarder la date de mort des personnes qui sont enterrées. Ça permet de voir l’évolution de l’architecture funéraire, et ce que l’on voit c’est que ça se standardise beaucoup à partir des années 1980, à peu près. Je trouve que c’est particulièrement visible dans ce cimetière qui se trouve à Brest, parce que la pierre locale, ici, bien sûr, c’est le granit, et donc les tombes anciennes, sont des tombes en granit, ce qui n’est pas le cas dans d’autres cimetières d’autres régions, et que le matériau standard aujourd’hui de toutes les tombes, depuis quelques décennies maintenant, c’est [plutôt] le granit poli !»  

Difficile, effectivement, de trouver désormais des pierres tombales récentes en ardoise dans le Sud-Ouest, en grès dans l’Est, ou en pierre volcanique en Auvergne. Les sépultures récentes sont presque toutes recouvertes par ces mêmes dalles lisses : noires, grises ou roses, accompagnées bien souvent de quelques panneaux gravés témoignant d’un hommage au défunt.  

Pour Paul Landauer, si ces tablettes prétendent singulariser les tombes et les distinguer les unes des autres, elles ne remplacent pas une véritable architecture funéraire telle que l’on a pu connaître depuis l’antiquité, jusqu’à la standardisation de ces dernières décennies :  

" L’architecture, c’est raconter le temps, c’est raconter quelque chose qui peut durer au-delà d’une vie. Pas forcément dix siècles, vingt siècles, mais au-delà de la durée d’une vie ! Et ce n’est pas ce que racontent ces objets-là. Ça raconte [uniquement] le moment du deuil. "

Nous parlions du XVIIIe siècle, qui commence à éloigner le cimetière de l’église, mais pour ce qui concerne les usages, il faut attendre le début du XIXe siècle, avec l’aménagement du cimetière du Père Lachaise à Paris, pour introduire ces grandes allées, voir apparaître les caveaux familiaux ou encore le fait de déposer des fleurs sur les pierres tombales.  

Une autre pratique, en revanche, est beaucoup plus récente. La crémation, qui n’était presque pas pratiquée avant les années 1980, représente aujourd’hui plus d’un tiers des obsèques. Aussi, de nouveaux lieux ont été mis en place depuis pour entreposer des urnes funéraires, et notamment des grandes armoires que l’on appelle colombarium, ou des tombes cinéraires, pour enterrer les urnes.  Mais selon Paul Landauer… Il n’y a pas encore de réflexion matérielle sur la manière de donner du sens à ces dépôts :  

« Les morts enterrés, ont généré une architecture, qui s’est oubliée, qui a disparu. L’incinération, en tout cas en Occident, elle n’a pas encore généré une architecture. Mais je pense que le sujet reste entier, il faudrait l’investir ! »  

En attendant d’investir ou de réinvestir l’architecture funéraire, en confiant aux architectes ou aux sculpteurs le dessin des tombes, ils ont déjà la charge, avec les paysagistes notamment, de la conception des cimetières dans leur ensemble.  

Deux d'entre eux notamment, remarquables bien que tout à fait opposés dans leur conception, méritent d'être découverts : celui de Clamart, dans les Hauts-de-Seine, conçu par Robert Auzelle comme un grand parc, ou alors, beaucoup plus minéral, l’extension du cimetière de Roquebrune, près de Nice, conçu par Marc Barani.

Les choses de la ville, en partenariat avec l'Ordre des architectes.

L'équipe