Inde : mort(s) sur le Gange  ©Getty - Aldo Pavan
Inde : mort(s) sur le Gange ©Getty - Aldo Pavan
Inde : mort(s) sur le Gange ©Getty - Aldo Pavan
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Résumé

Comment expliquer que depuis 15 jours, le Gange charrie des centaines de cadavres ? L’Inde a dépassé ce week-end le seuil officiel des 300 000 morts. Mais la plupart des épidémiologistes savent que le chiffre réel est de 4 à 5 fois plus élevé.

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En Inde ce matin, pour tenter de résoudre un mystère… 

C’est du Agatha Christie cette histoire et ça pourrait s’appeler « Le Crime du Gange – express ». D’autant plus que le Gange, cet immense fleuve du nord de l’Inde de 2 500 kms de long, est une voie de circulation de premier ordre depuis l’antiquité.

Tout commence il y a une quinzaine de jour, à Sujabad, dans l’État d’Uttar Pradesh. C’est le petit matin, et les pêcheurs de cette petite ville de 15 000 habitants se rassemblent près des rives sablonneuses du fleuve sacré. Quand tout à coup, un cri !

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L’un d’entre eux vient de tomber sur un corps à demi-décomposé flottant entre deux eaux. Rapidement, ce n’est pas un, ni même cinq, mais huit corps nus qui sont ainsi repêchés. 

Le pire, c’est que depuis lors des centaines de cadavres ont été retrouvés

On le sait, grâce à la presse qui a donné l’alarme en se mettant laborieusement à faire les comptes pour arriver au chiffre ahurissant de 2 000 corps en 15 jours ! Quant à la raison pour laquelle ces corps sont ainsi jetés dans la Gange, elle est assez évidente :

Pour les hindous, le Gange tout entier est une déesse et ses eaux sont purificatrices. Mais par contre il est interdit d’y jeter un corps : ça n’a rien de rituel. Seule la crémation est rituelle. On peut ensuite, cérémonieusement, y jeter les cendres du défunt.

Le prix du bois, ce meurtrier silencieux…

Le meurtrier, c'est le prix du bois… ou plutôt le prix de la crémation. Avant l’explosion du nombre de morts due à la Covid-19, une crémation coûtait une cinquantaine d’euros. Aujourd’hui, c’est 8 fois plus cher ! Inabordable pour la plupart des familles pauvres.

Conclusion : beaucoup de familles rurales choisissent d’enterrer leurs morts eux-mêmes, souvent sur les bords du Gange, et parfois même de laisser grand-mère flotter dans le fleuve sacré qui purifie tout. En clair, plus près de toi, mon Dieu… ou plutôt ma déesse ! 

Le problème, c’est que le courant du Gange est très faible à cet endroit : du coup, ces corps polluent le fleuve en se décomposant. Mais cette histoire de cadavres est surtout le signe de la gravité de la pandémie indienne, surtout dans les campagnes.

300 000 morts de la Covid-19

L’Inde a dépassé ce week-end le seuil officiel des 300 000 morts. Mais la plupart des épidémiologistes savent que le chiffre réel est de 4 à 5 fois plus élevé. En fait, les chiffres officiels ne comptent que ceux qui sont morts de la Covid19 à l’hôpital.

Or, les ruraux décèdent à domicile loin des facilités hospitalières. Mais finissons par une note positive : le nombre de morts quotidiens en Inde a cessé d’augmenter. Le pic de 4 500 morts a été atteint mercredi dernier. On était hier à environ 3 800.

Références

L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger