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Résumé

Au lendemain du verdict dans le procès de Derek Chauvin, le policier meurtrier de George Floyd, la presse étasunienne tente de tirer les premières leçons.

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Les éditos de la presse américaine pourraient se résumer à ce titre :  « un verdict qui doit changer l’Amérique ». Ce titre, c’est celui de l’édito du grand quotidien de Minneapolis, le Star Tribune :

« La mort de George Floyd a pris un sens bien au-delà de l’issue du procès de son meurtrier. Une mort insensée et criminelle mais qui n’a pas était vaine. Cette mort a ouvert des millions d’yeux, de cœurs et d’esprits à ce que des décennies ont produit ».

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Un autre quotidien, USA Today, se pose lui cette simple question : « qui l’a vraiment emporté à l’issue de ce verdict qui a définitivement fait perdre à Derek Chauvin toute prétention à l’innocence ? ».

D’abord l’évidence : « la justice a été rendue à la victime et à sa famille profondément meurtrie. L’homme qui a assassiné M. Floyd sera puni. On pourrait aussi ajouter que le système judiciaire a enfin fonctionné ».

« Il a fonctionné pour tous ceux, trop souvent noirs, qui ont eu à subir ces moments terribles au cours desquels un policier a abusé impunément de son pouvoir. Reste, à s’assurer que la condamnation de Derek Chauvin dissuade les violences policières ».

Le même espoir de justice dans le Los Angeles Times

Cette idée qui place la justice au cœur du système démocratique américain, on la retrouve dans toute la presse. Le LA times écrit même : « ce qui était en procès n’était pas seulement un policier mais le système judiciaire étasunien dans son entier ».

« Et surtout, la capacité à rendre une justice équitable dans une nation fondée en partie sur la soumission des Noirs. Il n’est pas naïf de croire que notre système judiciaire puisse tenir cette promesse et il est même de notre devoir de nous assurer qu’il la tienne ».

« La condamnation de Derek Chauvin est moins une victoire qu’un acte de foi : la justice doit encore faire ses preuves mais elle a au moins su redonner espoir ».

Les témoignages de la communauté noire sont nombreux…

J’en ai choisi deux que l’ai trouvé très émouvants. Il y a d’abord ce billet dans le Washington Post qui essaie de montrer concrètement la différence entre Noirs et Blancs face à la police. Une différence qui tient en un mot : voiture.

« Pour les Blancs, l’automobile signifie liberté et aventure. Mais pour les Noirs, la route signifie avant tout contrôles au faciès et violences policières ».

« Ce n’est pas qu’une affaire de couleur de peau : La plupart des Américains, Blancs ou Noirs, sont à bord de leur véhicule lorsqu’ils ont une expérience avec la police. Les contrôles routiers représentent les 2/3 des contacts entre policiers et public ».

Mais les Noirs reçoivent indéniablement le pire de ce traitement : toutes les études montrent qu’ils ne commettent pas plus d’infractions que le reste de la population et pourtant, ils sont disproportionnellement arrêtés et fouillés par les policiers ».

Enfin il y a ce témoignage d’un professeur noir dans les pages du New York Times a qui son fils de 13 ans a simplement demandé : pourquoi y a-t-il un procès puisqu’il y a neuf minutes et demie de vidéo ? ».

Une question très contemporaine quand on y réfléchit entre un père lettré et un fils pour qui la justice se passe sur les réseaux sociaux, au travers des vidéos, tout de suite et entre soi. Désarmé, son père n’a qu’une réponse à lui donner :

La vérité est une affaire de temps et, dans le procès Derek Chauvin, la justice a été rendue telle qu’elle doit l’être : avec des heures d’image pour tenter d’effacer neuf minutes et demi de vidéo et ce terrifiant « I can’t Breathe » de George Floyd.

Références

L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger