France Inter
France Inter
Publicité
Résumé

Dix ans après le raid américain qui mit un terme à la carrière de son fondateur Oussama Ben Laden et au moment où les Etats-Unis annoncent leur retrait définitif d'Afghanistan, Al Quaida se rappelle au bon souvenir des Américains.

En savoir plus

Ce lundi direction l'Afghanistan où se promènent toujours  les djihadistes d'Al Qaïda, alors que les Américains - qui  étaient intervenus militairement là-bas  justement pour les en extirper -  ont entamé leur retrait définitif du pays.

Vous vous souvenez sans doute de la marionnette figurant Oussama Ben Laden sur le "plateau" des Guignols de l'info dans les années 2000

Elle  apparaissait inopinément pour commenter tout et n'importe quoi avec une misogynie qui allait devenir proverbiale... mais qui surtout n'en manquait pas une pour se  gausser des Américains qui  faisaient la chasse au vrai Ben Laden en Afghanistan et surtout... en vain ! Chaque  apparition du personnage était  une sorte de "coucou : je suis toujours  là"... et bien c'est encore ce qui vient de se produire ces derniers  jours... un petit "coucou" d'Al Quaida : "coucou c'est nous... on n'est  même pas morts !"

Publicité

Ce petit coucou c'est une interview de deux  porte-paroles du mouvement djihadiste, la première depuis très longtemps  de membres actifs de l'organisation. 

L'intervieweur n'est pas  n'importe qui : le journaliste indépendant Saleem Mehsud pakistanais travaillant aussi bien pour les journaux locaux que pour les grands médias américains... C'est d'ailleurs pour CNN que l'interview a été réalisée ;  Mehsud est le dernier journaliste à avoir réalisé une interview indépendante d'Oussama Ben Laden en 2001, après le 11 septembre. Il a de bons contacts avec l'organisation terroriste mais de son propre aveu ses demandes d'interview, ces dernières années ne recevaient pas même de réponse négatives. Elles étaient tout simplement ignorées !

Cette fois-ci al Quaida avait donc sans doute quelque chose à dire en particulier, un message à faire passer... 

Mais en fait, pas plus que cela : l'interview donne quelques généralités ; une promesse de combattre les Américains "sur tous les  fronts" par exemple... ça fait un titre pour l'article sur le site de  CNN et ça ne mange pas de pain. On peut vraiment parler d'un simple "coucou" ! Mais il a son importance.

Il n'intervient pas tout-à  fait au hasard du calendrier : nous sommes dix ans quasi jour pour jour après le raid des forces spéciales américaines qui a eu finalement  raison d'Oussama Ben Laden (lequel se cachait non pas dans une grotte au  fin fond de l'Afghanistan mais dans une villa-bunker de trois étages,  spécialement construite pour lui dans la ville-garnison d'Abottabad, au Pakistan)

Nous sommes aussi au moment où le Président Américain Joe Biden annonce le retrait complet de la force militaire  américaine d'Afghanistan arguant que "les raisons pour  lesquelles les Américains  restaient  en Afghanistan devenaient  de  moins en moins claires" alors même qu_'Al Quaida avait été suffisamment  dégradée"._

Dégradée Al Quaida ?

Sur le papier si l'on veut, l'organisation semble clairement en perte de vitesse. Après le raid  qui a tué Oussama Ben Laden le 2 mai 2011, les assassinats ciblés de  cadres du mouvement se sont poursuivis. le fils d'Oussama, Hamza a lui  aussi été abattu ; le N° 2 de l'organisation a été assassiné l'été  dernierà Téhéran et le N° 1 l'égyptien Ayman Al Zawahiri, lui même ne se sent manifestement pas très bien ! Malade depuis longtemps il est physiquement affaibli  ; des rumeurs  récurrentes depuis quelques mois font même état de  son décès de causes naturelles. Aucune confirmation pour le moment.

Al  Quaida a été de plus ces dix dernières années minée - sur le marché du  Jihad - par l'émergence de l'Etat islamique, qui lui a  ravit la vedette

Mais dans le même temps , l'organisation - qui n'a  jamais envisagé de se constituer en armée ou de contrôler militairement  du terrain comme l'Etat Islamique - a trouvé un nouveau médium de  développement, discret mais assez efficace : elle a construit  un réseau  de "franchises" un peu partout dans le monde : Al Quaida au Maghreb  islamique ; Al Quaida dans la Péninsule arabique ; Al Quaida dans le Caucase, dans le sous-continent indien, en Syrie, en Somalie, aux  Philippines.  

Souvent il s'agit de mouvements de résistance ou de lutte  armée préexistants, voire de simples groupes de  bandits, dont les  membres sont certes musulmans mais qui gardent des objectifs locaux.  Il n'empêche qu'en tout, la "marque" Al Quaida - puisqu'il s'agit finalement  aujourd'hui essentiellement de ça : d'une marque - semble capable de  mobiliser en tout de 30 à 40 000 agents de par le monde !  En termes de marketing c'est ce qu'on appelle une vraie réussite !