Pierre Assouline à la Casa de Velazquez à Madrid en 2017
Pierre Assouline à la Casa de Velazquez à Madrid en 2017
Pierre Assouline à la Casa de Velazquez à Madrid en 2017 ©AFP - GERARD JULIEN
Pierre Assouline à la Casa de Velazquez à Madrid en 2017 ©AFP - GERARD JULIEN
Pierre Assouline à la Casa de Velazquez à Madrid en 2017 ©AFP - GERARD JULIEN
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Résumé

Grace à loi mémorielle espagnole qui permet aux descendants des Juifs expulsés d'Espagne de retrouver leur nationalité, Pierre Assouline vient de recevoir son passeport. Il raconte son périple dans une lettre ouverte à El País.

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Direction l’Espagne ce matin pour une lettre ouverte publiée dans El País. Une lettre très émouvante, publiée par l’écrivain et journaliste français Pierre Assouline. Par ailleurs, il est aussi Juif séfarade, né à Casablanca au Maroc. C’est-à-dire descendant direct des Juifs expulsés d’Espagne en 1492 par les Rois catholiques.

Or, Pierre Assouline est désormais redevenu Espagnol.

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Dans sa lettre publiée dimanche dans le grand quotidien madrilène El País, il raconte les cinq années de démarches administratives parfois donquichottesques qui ont été nécessaires.

Une démarche  possible après cinq siècles

Oui et depuis 2015. Cette année-là, le parlement espagnol, Las Cortes, a voté à l’unanimité une loi dite de « concession de la nationalité espagnole aux séfarades originaires d’Espagne ».

Une loi adoptée le 11 juin 2015 et publiée au Journal officiel à peine une quinzaine de jours plus tard, un délai exceptionnellement court. C’est évidemment une loi très forte et symbolique qui vient clore un long processus historique de réparation.

L’Histoire commence en mars 1492 avec l'« édit de l’Alhambra » qui ordonne aux Juifs de quitter dans les quatre mois le territoire espagnol entièrement reconquis par les « rois catholiques ». Entre 100 et 200 000 Juifs ont ainsi dû fuir leur patrie.

Des Juifs expulsés et réfugiés dans le monde entier

29 min

Une partie est allée au Portugal, puis plus tard au Pays-Bas, comme la famille du philosophe Spinoza. D’autres sont partis au Maroc ou dans l’empire Ottoman où ils ont perpétué un dialecte directement issu du vieil espagnol, le ladino.

Quant à l’édit de l’Alhambra, il a perduré jusqu’au milieu du XIXe siècle, C’est-à-dire jusqu’au moment où la liberté religieuse a été instaurée en Espagne. Donc la loi de 2015 semble clore ce chapitre douloureux de l’Histoire espagnole.

Après tout, les Juifs expulsés d’Espagne racontent souvent que leurs familles ont conservé à travers les siècles les clés de leur maison d’origine. Celle qu’ils ont dû vendre à la hâte en 1492 avec l’espoir un jour de revenir dans le paradis perdu espagnol.

150 000 séfarades ont demandé leur réintégration 

Près de 150 000 séfarades du monde entier ont demandé la nationalité espagnole par ce biais. Mais seuls l’ont obtenu 15 300, à peine 10% donc. A la décharge de l’administration espagnole, 25 483 dossiers sont encore à l’étude.

Mais pour Pierre Assouline, qui vient de recevoir son passeport, le combat est ailleurs : dans sa lettre, il demande au roi d’Espagne Philippe VI d’abroger définitivement l’édit de l’Alhambra de 1492. « Seul un roi peut défaire ce qu’a fait un autre roi », écrit-il.

« Ce geste aurait une portée simplement symbolique (…) mais cela fait des siècles que nous l’attendons ». Avec cette jolie ambiguïté qui fait qu’en espagnol, le verbe « attendre » veut aussi vouloir dire « espérer ».

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Anthony Bellanger
Anthony Bellanger