Ce 26 décembre 2019, à Bagdad en Irak, un coiffeur pendant des manifestations anti-gouvernement au square Tahrir. ©AFP - Ameer Al Mohmmedaw / DPA / dpa Picture-Alliance
Ce 26 décembre 2019, à Bagdad en Irak, un coiffeur pendant des manifestations anti-gouvernement au square Tahrir. ©AFP - Ameer Al Mohmmedaw / DPA / dpa Picture-Alliance
Ce 26 décembre 2019, à Bagdad en Irak, un coiffeur pendant des manifestations anti-gouvernement au square Tahrir. ©AFP - Ameer Al Mohmmedaw / DPA / dpa Picture-Alliance
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Résumé

C'est un très bel article du quotidien francophone libanais L'Orient-Le Jour qui m'a mis la puce à l'oreille... ou plutôt la puce à la mèche... Un article entièrement consacré aux jeunes manifestants qui depuis le 1er octobre tiennent la place Tahrir à Bagdad.

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Ce sont surtout des jeunes hommes, même le quotidien a bien remarqué une étonnante mixité pour un pays aussi conservateur que l'Irak. Des hommes jeunes donc et presque tous affecté de folie capillaire : L'Orient-Le Jour parle "d'océan de gel et brillantine". C'est simple, on ne compte plus les bananes, les crêtes, les mohawks et autres tempes rasées, cheveux gonflés à la laque et au gel, redressés bombés et défiant les lois de la gravitation. Les Irakiens les résument toutes d'une seule expression : "crête de coq". 

Est-ce une allusion aux punks, un hommage à Elvis ?

Disons plutôt que c'est un vent de liberté qui souffle sur une jeunesse qui a décidé de s'affranchir, y compris "capillairement", des contraintes sociales et religieuses. D'abord, cette "révolution de la mèche" n'a pas commencé avec les dernières manifestations. 

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Depuis environ deux ou trois ans, tous ceux qui connaissent le monde arabe savent que du Caire à Beyrouth, d'Alger à Bagdad donc, une certaine jeunesse suit sur réseaux sociaux et imite les folies capillaires des joueurs de foot. Cette jeunesse-là n'est pas celle des beaux quartiers, c'est une jeunesse issue des quartiers populaires des grandes mégapoles du monde arabe. En l'occurrence pour les manifs de Bagdad, il s'agit la jeunesse chiite, populaire et remuante de Sadr city. 

Dans le cas de Bagdad, ça vient même de loin : dans les années 90, les jeunes "poulbots" de Sadr City, pour marquer leur opposition au régime de Saddam Hussein qui réprimait les chiites, ont commencé à arborer des coupes de cheveux affolantes. 

Donc aujourd'hui, ce sont leurs enfants qui perpétuent cette tradition ?

Oui, bien sûr. Même si le message politique est aujourd'hui différent. Il y en a deux en fait. D'une part, ces jeunes – comme tout le peuple irakien d'ailleurs – en ont assez de ces milices souvent proches de l'Iran qui sont omniprésentes et agissent impunément. C'est à elles que l'on doit l'essentiel le très lourd bilan de ces manifestations pourtant pacifiques : 450 morts et quelque 20 000 blessés. Donc la "crête de coq" arborée par ces jeunes est d'abord une provocation : tous les miliciens ont la boule à zéro ou quasi. 

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Ensuite, c'est une forme de résistance au « sectarisme » qui voudrait enfermer tous les Irakiens en fonction de leur appartenance communautaire : chiite, sunnite, chrétien, kurde. Le slogan de ces manifs c'est "nourid watan", "nous voulons une nation". 

Décidément, ils disent beaucoup de choses avec de la brillantine

Ils disent aussi qu'ils sont en prise avec le monde. Ils savent qu'ailleurs, y compris dans le monde arabe, d'autres jeunes qui leur ressemblent vivent mieux qu'eux dans des pays moins riches que l'Irak. Parce que le paradoxe, c'est que les pétrodollars coulent à flot.  L'Irak a retrouvé des niveaux de production pétrolière qu'elle n'avait atteint depuis 30 ans. Et pourtant, la moitié de cette jeunesse est au chômage et la corruption a englouti en quelques années 200 milliards de dollars. Donc la « crête de coq », comme pour les punks avant c'est à la fois une façon de dire "no future" et aussi "fuck off". 

Vous savez comment s'appelle la coupe favorite de ces jeunes hommes de la place Tahrir à Bagdad ? La Pompadour ! Je vous laisse méditer.

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L'équipe

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger