Image d'illustration. (© Getty Images/David Wall) ©Getty
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Résumé

Les ovnis font parler d'eux depuis plusieurs décennies. De nombreuses histoires et légendes urbaines sont même devenues une part de la culture américaine. Et avec Internet, les récits d'observation d'ovnis se sont popularisés.

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Y a-t-il quelque chose que nous ne comprenons pas qui serait extraterrestre ? Le sujet passionne, y compris les scientifiques. Objets et phénomènes aérospatiaux non identifiés sont régulièrement décortiqués par des experts qui cherchent surtout des explications rationnelles. Mais certains dossiers restent sans réponse…

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, on rouvre des dossiers, dont un rapport notamment qui admet l'existence de 144 cas inexpliqués entre 2019 et 2021. Dont un phénomène en particulier qui remonte à très loin, mais qui depuis 2017, a fait beaucoup parler de lui depuis que le Pentagone a mis en place une cellule spéciale pour en savoir plus quant au mystère de l'Incident du Nimitz en 2004. Si on note aujourd'hui un renouveau et une évolution des mentalités vis-à-vis de ces phénomènes qui profitent d'une plus grande ouverture de compréhension et d'analyse, cela a pris du temps. Comment donc l'étude des OVNIS a pris forme au fil des années ?

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De 1947 aux années 1970 : quand on observe sans jamais vraiment enquêter

Les scientifiques s'intéressaient déjà aux soucoupes volantes à la toute fin des années 1940, et on supposait alors déjà qu'elles étaient pilotées par des martiens. Plus précisément, le phénomène apparaît en 1947 aux États-Unis avec le mystère de Roswell. La presse en France s'en empare elle aussi très vite, mais il faut quelques années pour que les premiers livres soient publiés en 1950 aux États-Unis, et soient traduis un an après en 1951. C'est durant cette année-là que le sujet commence à faire véritablement partie de la culture occidentale, même si le phénomène ne se restreint qu'au seul univers des savants qui ne dialoguent absolument pas avec l'opinion publique. Sauf qu'à l'époque, explique le sociologue Pierre Lagrange, "les scientifiques et chercheurs majeurs que l'on interrogeait pour avoir leur opinion n'étaient que des observateurs et n'étudiaient jamais le sujet au point d'en faire une enquête. Jamais, ils ne rencontraient de potentiels témoins. Aux USA, ils ne commencent à prendre le sujet à bras le corps qu'à partir des années 1960-1970".

Les trois chercheurs reviennent sur la grande vague d'observation de soucoupes volantes des années 1950 aux USA comme en France, qui représentent "un tsunami d'observations, une période au cours de laquelle se multiplient des cas de rencontres avec ce qu'on nomme 'des petits hommes', décrits comme des scaphandriers. En plus d'observer des soi-disant soucoupes dans le ciel, certains témoignages racontent qu'elles pouvaient se poser ; on pouvait voir débarquer des créatures". Aux États-Unis, si cela reste longtemps considéré comme du folklore, on constat une espèce d'évolution du phénomène au fil du temps et les OVNI pénètrent progressivement dans la culture symbolisée par l'apparition dans le langage courant de l'expression 'Petits hommes verts' ("Little green Men") qui nourrit autant le mystère que les moqueries.

Toujours est-il, explique le sociologue que "les observations se multiplient, se popularisent et commencent à être prises au sérieux avec la multiplication des témoignages provenant des militaires eux-mêmes, qui reprennent très au sérieux le sujet en s'interrogeant sur la possible origine interplanétaire des soucoupes volantes".

Depuis les années 1970 : un regain d'intérêt déterminant pour l'étude des OVNIS

Les années 1970 symbolisent une grande période d'intérêt concernant le phénomène des OVNIS, marqué plus spécifiquement par la création en 1977 de la GEIPAN en France. Sa naissance fait suite à tout un climat propice à une plus grande compréhension scientifique et publique quant à ces sujets paranormaux.

Ce groupe d'étude et d'information est un service technique rattaché au CNES, une structure technique qui s'appuie sur une vingtaine d'enquêteurs bénévoles et une vingtaine d'experts. C'est tout un réseau de partenaires institutionnels (gendarmerie, armée de l'air, Météo-France, CNRS, etc) qui reçoit des témoignages à partir desquels ils identifient des étrangetés et déclenchent des enquêtes. Un groupe d'étude qui utilise tout un tas d'expertises de l'armée de l'air, mais aussi météorologiques, des trajectoires sur des orbites satellites. Le groupe comptabilise aujourd'hui près de 3000 publications pour un flux annuel de 700 signalements sur lesquels ne sont déclenchés que 200 enquêtes par an durant lesquelles les experts communiquent aussi directement avec les témoins.

Comme l'explique Pierre Lagrande, "ce sont des réunions régulières qui réunissent un certain nombre d'experts issus de différents domaines, des sciences sociales aux sciences physiques, pour essayer de voir quelles sont les hypothèses qui pourraient éventuellement coller avec les phénomènes étranges quand il y a une incertitude sur l'identification".

Son directeur Vincent Costes nomme les trois grands savoirs-faire du groupe d'étude qui consiste d'abord en un recueil de témoignages ; puis vient l'aspect d'études, précédent la séquence de la publication des résultats de l'enquête : "À chaque étape, sa démarche technique, de repérage, de reconstitution, d'analyse psychologique des témoins lors du recueil de données et l'extraction de toute interprétation, émotions et paramètres humains qui viendrait polluer la donnée technique initiale".

L'humanité : un OVNI à déceler parmi d'autres

Quand il est question d'ovnis, de phénomènes aérospatiaux non expliqués, tout commence par des témoignages publics très étonnants. Si ces derniers renvoient à notre perception culturelle des choses, à notre vision de l'extraordinaire qui doit être nécessairement objectivée par la science, elle doit pourtant être pleinement prise en compte par l'interprétation scientifique qui manquerait d'établir, selon Pierre Lagrange, une continuité de langage entre les différentes sphères de la société, condamnant au final l'ensemble de la société à ne jamais comprendre de quoi il ressort vraiment des OVNIS.

D'après lui, le problème fondamental c'est "comment est-ce qu'on raccroche la parole des témoins, de la sphère politique à l'expertise scientifique ? Depuis le départ, l'un des troubles liés à l'histoire des Ovnis, c'est que le développement des sciences au cours de l'histoire se confine dans des laboratoires, avec un langage très technique qui l'enferme. La tentative de compréhension de ces phénomènes échoue car bloquée entre deux visions différentes du monde : quand les scientifiques se retrouvent sur la place publique à parler avec des témoins, ils ont du mal à s'affranchir de la sphère des sciences expérimentales, et peinent à se fondre dans le sens commun. Il faut refaire tout ce travail de transformation de ces récits. Ceux qui disent avoir vécu quelque chose d'extraordinaire sont renvoyés à la psychologie, voire à la psychiatrie. Il y a quelque chose qu'on a du mal à traduire, parce que du côté scientifique comme du côté public, on a des a priori sur la manière d'aborder la parole publique et la parole des témoins. C'est exactement la même problématique qui se se pose avec le débat sur la crise écologique, les difficultés à penser la continuité du vivant, on a du mal à penser ensemble d'une même voix la compréhension de notre avenir".

Car comme le conclut si bien le responsable des questions éthiques au CNES Jacques Arnould : "au fond, derrière ces OVNIS, nous oublions que c'est toujours de l'humain que nous cherchons. Mieux comprendre le phénomène de perception des OVNIS potentiels, c'est magnifique, ça en vaut la peine parce que c'est l'humain".

À l'antenne

Jacques Arnould, responsable des questions éthiques au CNES, le Centre national d'études spatiales

Vincent Costes, directeur du Groupe d’étude et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, le Geipan, qui dépend du CNES

Pierre Lagrange, sociologue, membre du comité d’experts du GEIPAN

53 min
Références

L'équipe

fanny leroy devant une toile de Miro
fanny leroy devant une toile de Miro
Stéphanie Texier
Réalisation