George Sand à Nohant
George Sand à Nohant ©AFP - Luigi Calamatta (1837) photo par Philippe Renault
George Sand à Nohant ©AFP - Luigi Calamatta (1837) photo par Philippe Renault
George Sand à Nohant ©AFP - Luigi Calamatta (1837) photo par Philippe Renault
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Véritable déclaration d’amour au monde des campagnes, La mare au diable, écrit en quelques jours, renouvelait, le regard porté sur les paysans. L’équipe de Livre et châtiment creuse son sillon entre les pages de ce classique, exercice sur le fil, entre raillerie et célébration.

Pour éclairer le texte, Clara Dupont-Monod reçoit l’historien Vincent Robert, spécialiste des romans champêtres de George Sand et l’auteur de La Petite-Fille de la sorcière. Enquête sur la culture magique des campagnes au temps de George Sand, paru aux éditions Les Belles Lettres

A leurs côtés : Liliane Roudière (journaliste et auteure) et Elodie Emery, (journaliste et chroniqueuse radio) décryptent le roman sans se départir de leur humour.

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Clara Dupont-Monod :

La mare au diable version quizz :  "Publié en 1846. J'ai été écrit en quatre jours ! Mon auteur est une femme mais elle porte un nom d’homme. On a dit de moi que je suis un roman rustique, pastoral, de terroir. Bon, c'est vrai que mon action se situe dans le monde paysan du Berry, au 19eme siècle. C'est vrai aussi que je montre les paysans quasiment comme des saints… "

Je suis tiraillée. D'un côté, je suis transportée par  la beauté de l'écriture, et de l'autre, je suis gênée par un propos que je trouve simpliste et conservateur. Il y a un petit côté  "la terre ne ment pas", une angélisation nostalgique du monde rural qui contraste avec le progressisme de George Sand.

Résumé du livre : 

La Mare au Diable est un lieu maudit où souffle l'angoisse. Près d'elle se déroule toute l'histoire. Un paysan, veuf avec ses enfants, cherche femme. Qui épousera-t-il ? celle qu'on lui a promise, ou une pauvre paysanne, harcelée par son patron ? Cette petite Marie est l'âme d'un paysage de rêve, et l'emblème de l'enfance éternelle.
Un roman d'amour, mais traversé par le cri des chiens fous, la nuée sanglotante des oiseaux, le fossoyeur épileptique. La voix de la terre s'y accorde avec celle de l'Âme enfantine : George Sand y parle avec force du sol natal et des premiers souvenirs ! »
 

Vincent Robert : 

Il s’agit d’une histoire d’amour chaste avec un arrière-plan très noir qui donne du relief à l’histoire.

Le passage favori de l’invité : 

Evocation du chagrin de Germain, le paysan veuf épris de la jeune Marie qui l’a éconduit.

« Germain essaya d’oublier en se replongeant dans le travail ; mais il devint si triste et si distrait que tout le monde le remarqua. Il ne parlait pas à la petite Marie, il ne la regardait même pas ; et pourtant, si on lui eût demandé dans quel pré elle était et par quel chemin elle avait passé, il n’était point d’heure du jour où il n’eût pu le dire s’il avait voulu répondre. Il n’avait pas osé demander à ses parents de la recueillir à la ferme pendant l’hiver, et pourtant, il savait bien qu’elle devait souffrir de la misère. Mais elle n’en souffrit pas et la mère Guillette ne put jamais comprendre comment sa petite provision de bois ne diminuait point et comment son hangar se trouvait rempli le matin lorsqu’elle l’avait laissé presque vide le soir. Il en fut de même du blé et des pommes de terre. Quelqu’un passait par la lucarne du grenier et vidait un sac sur le plancher sans réveiller personne et sans laisser de traces. La vieille en fut à la fois inquiète et réjouie ; elle engagea sa fille à n’en point parler, disant que si on venait à savoir le miracle qui se faisait chez elle, on la tiendrait pour sorcière. »

Vincent Robert  :

Dans le paganisme des campagnes tout est réversible, une sorcière est toujours double. George Sand, elle aussi est multiple, à la fois progressiste et nostalgique des traditions rurales en perdition. 

"Avec ce texte, George Sand répond à Eugène Sue et à Balzac qui dépeignent le monde rural de manière sombre et caricaturale." 

Sand veut moucher les citadins imbus de leur supériorité. Elle montre qu’il y a une vraie civilisation rurale de valeur. Elle est incroyablement précise dans sa peinture du monde rural, c’est la première à faire ça !

L’ouverture du roman, vue par Elodie Emery

« Quand j’ai commencé, par la Mare au Diable, une série de romans champêtres que je me proposais de réunir sous le titre de Veillées du Chanvreur, je n’ai eu aucun système, aucune prétention révolutionnaire en littérature. »

Il en va d’un livre de George Sand comme d’un nouveau lave-linge, on commence par lire la notice. Comme quoi on peut être femme de lettres et être pourvu d’un vrai sens pratique. »

« A la différence de Rousseau qui annonce qu’il est un génie que rien ni personne ne pourra égaler, G. Sand délivre un message plus modeste : elle nous dit qu’elle a écrit un tout petit texte de rien du tout sur la cambrousse, sans prétention aucune, et d’ailleurs elle s’excuse du dérangement. »

Elodie Emery

Dans La mare au Diable, George Sand raconte la cérémonie des Livrées, une tradition paysanne berrichonne qui a rappelé à Elodie Emery les fameux Enterrement de Vie de Garçon (EVG) qui se perpétuent jusqu’à nos jours…

Généralement, au cours d’un EVG (enterrement de vie de garçon), l’homme est invité à faire du kite-surf ivre-mort déguisé en lapin ; au cours de l’équivalent femelle, l’EVFJ, la femme est invitée à une séance de manucure ivre-morte avec ses copines, déguisée en lapin. Chez George Sand, Ladite tradition consiste à former un groupe de mâles ivre-morts, prêts à débarquer chez la future mariée en déchargeant les pistolets, en frappant de grands coups dans les murs, en secouant les volets et en poussant des cris effroyables. … »

Liliane Roudière  

Chaque semaine, Liliane Roudière place un personnage secondaire sous le feu des projecteurs, cette semaine : Focus sur la petite Marie, un personnage qui appartient à une misère noire mais reste digne en toute circonstance.

Elle est bosseuse, elle pense à tout et sait tout faire. Perdue dans la forêt en pleine nuit, elle sait allumer un feu, endormir un enfant, faire cuire un perdreau. (Elle peut faire Koh Lanta !) Elle tient à faire un mariage d’amour, idée révolutionnaire pour le 19ème siècle ! Sand fait de Marie le héraut de ce féminisme, qui ne porte pas encore ce nom. 

La minute farfelue du Libraire 

Cette semaine découvrez l’anecdote relatée par Audrey Dubreuil de la Librairie Ellipses à Toulouse.  

En partenariat avec la revue Page des libraires à retrouver tous les deux mois chez votre libraire. 

La playlist :

  • Jane Birkin : La gadoue
  • Mac Miller : Yeah
  • Hubert Felix Thiéfaine : La fin du roman

Aller plus loin :

📖 LIRE : La mare au diable, George Sand, Folio Gallimard

📖 LIRE : Vincent Robert : La Petite-Fille de la sorcière. Enquête sur la culture magique des campagnes au temps de George Sand, Paris, Les Belles Lettres, 2015

🎧 ECOUTER :   La mare au diable lecture par Guillaume Gallienne   

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