L'enfant rêvé et l'enfant réel : "être parent, c'est savoir s'adapter" ©Getty - MoMo Productions
L'enfant rêvé et l'enfant réel : "être parent, c'est savoir s'adapter" ©Getty - MoMo Productions
L'enfant rêvé et l'enfant réel : "être parent, c'est savoir s'adapter" ©Getty - MoMo Productions
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Résumé

Quand on se projette dans le rôle de parent, on s'imagine davantage en train de faire des câlins que de crier et pourtant, force est de constater qu'être parent, c'est de voir un jour ou l'autre accepter qu'on n'est pas le parent qu'on s'était imaginé et il en est de même pour nos enfants

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Quoi qu'on pense ou qu'on en dise, nous avons tous rêvé de nos enfants avant de les avoir. Nous avons inconsciemment projeté des choses sur eux, nos propres joies, comme nos envies de réparation. Et jour après jour, en grandissant, nos progénitures se détachent de cet enfant rêvé pour devenir notre enfant réel, avec ses particularités, ses intelligences et ses fragilités. Une forme de double deuil à faire. Être parent, c'est faire le double deuil du parent qu'on aurait rêvé être et de l'enfant qu'on aurait rêvé d'avoir et d'organiser un peu cette rencontre entre deux inconnus. Bien souvent, fort heureusement, le réel dépasse le rêve pour nous offrir un amour inimaginable. 

Être parent, c'est savoir s'adapter

On fixe des cadres, on transmet des choses, mais au fond, on est obligé de se laisser surprendre par ces êtres autonomes que sont nos enfants. Et parfois, les surprises sont si grandes qu'elles nous demandent de réaliser un véritable travail sur nous-mêmes. Quand j'ai su le thème de l'émission d'aujourd'hui sur les questions de genre, je me suis souvenue de moi enfant, et je me suis demandé quelle étiquette on m'aurait mise si j'avais grandi aujourd'hui ? Quel chemin serait le mien si j'avais 12 ans aujourd'hui ? En effet, jusqu'à 11 ou 12 ans, je crois pouvoir dire que j'ai grandi dans la peau d'un garçon. À l'époque, on disait que j'étais un garçon manqué. Alors bon, cette appellation est assez terrible quand on y pense. Mais moi, je l'aimais bien parce que dans "Garçon manqué", j'entendais surtout "garçon" et ça me plaisait plus que tout. Je me souviens qu'enfant, je rêvais d'avoir un zizi pour faire pipi debout. Je me sentais proche des garçons pour jouer au foot à la récré. Et, plus tard, quand j'ai commencé à écrire des histoires pour les enfants, je me suis même rendue compte qu'il m'était impossible de me projeter dans un personnage de petite fille alors que je serais bien incapable d'écrire au nom d'un personnage adulte masculin aujourd'hui. Je ne sais pas si "je" est un autre, mais ce qui est sûr, c'est que "je" est multiple. 

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Mes parents à l'époque ? 

Je ne sais pas ce que mes parents se sont dits, s'ils en ont parlé et s'ils ont une stratégie consciente vis-à-vis de moi sur ce sujet. Ce que je sais, c'est qu'ils m'ont laissé libre d'être moi-même, d'être non pas un garçon manqué, mais une fille réussie dans mon genre. Celui qui me convenait à ce moment de ma vie et qui, je l'ai observé par la suite, n'était en fait pas figé. Ma mère se souvient qu'à partir de mes 3 ou 4 ans, il était devenu quasiment impossible de mettre des jupes ou des robes. Et je crois qu'à partir de là, j'ai pu m'habiller comme je voulais avec des pantalons à poche pour mettre toutes mes billes, sans que cela n'ait jamais été un sujet à l'école. J'ai fait ma communion en costume de garçon sans que cela n'ait pas non plus été un sujet à l'église. J'ai pu commander mes Big Jim agent secret à Noël, m'acheter un vélo de course de garçon après un an de scrupuleuses économies et quand ayant enfin eu le droit de me couper les cheveux tout court comme j'en rêvais en fin de primaire, la boulangère m'a dit "au revoir, jeune homme", autant dire que je n'ai rien dit. Je ne l'ai pas reprise et je me souviens encore de l'extrême bonheur que cette méprise m'avait procuré. 

Qu'est-ce qui explique que j'ai conservé mon genre de naissance ? 

Eh bien, franchement, je n'en sais rien. Qu'est-ce qui fait qu'un enfant interroge davantage son genre qu'un autre ? Que cette interrogation dure ou ne dure pas, qu'elle est figée ou fluctuante, qu'elle nécessite une transformation réelle et durable ou pas ? Je crois même que les spécialistes qui travaillent actuellement sur la question ne le savent pas. 

Ce qui est sûr, c'est que cela ne se choisit pas vraiment, que ce n'est pas une coquetterie et que ça s'impose à chacun dans la légèreté ou la douleur. 

Que faire en tant que parent ? 

Qu'il s'agisse du genre ou de bien d'autres choses, je pense qu'il faut travailler au plus profond de nous pour accepter cet écart qui se creuse constamment entre l'enfant projeté et l'enfant réel pour tenter de toujours préférer le réel au fantasmé, car les parents qui ont eu à traverser un véritable deuil le savent mieux que personne, ce qui fait toute la beauté d'un enfant, c'est avant tout qu'il soit vivant. Et aussi surprenants, bousculants que soient nos enfants, il nous incombe de les accueillir tels qu'ils sont, avec toutes les facettes de leur personnalité, car après tout, nous avons notre vie à vivre et la leur appartient à eux et à eux seuls.

Références

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