Pourquoi on restera toujours les meilleurs parents du monde pour nos enfants quoi qu'il arrive ? ©Getty - SolStock
Pourquoi on restera toujours les meilleurs parents du monde pour nos enfants quoi qu'il arrive ? ©Getty - SolStock
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Résumé

Gwenaëlle Boulet revient sur la question que se posent tous ces pauvres parents qui se désespèrent presque tout le temps à se demander s'ils sont vraiment de bons parents et si leurs enfants les aiment vraiment quand la communication ne semble jamais vraiment comme ils le souhaiteraient.

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Ces 10 phrases à éviter pour rester zen en famille

Il y a quelques années, alors que je travaillais un magazine pour adolescents, Phosphore, j'avais fait un dossier qui s'intitulait "10 phrases à éviter pour rester zen en famille". J'avais demandé à pas mal d'ados de 14 à 17 ans les phrases qui les exaspéraient le plus chez leurs parents. J'avais aussi demandé aux dix parents les phrases de leurs ados qui les faisaient littéralement sortir de leurs gonds. 

Coté ados, nous avions au top du palmarès : 

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  • "T'as fait tes devoirs ?"
  • "Lâche ce portable"
  • "Mais à quelle heure tu rentres ? T'es pas à l'hôtel ici !"
  • "Tu comptes sortir comme ça ?" 
  • Et le bon vieux… "Range ta chambre".

Coté parents le bingo rassemblait plutôt à des choses comme : 

  • "Mais tout le monde fait ça"
  • "C'est bon, ça va" (avec le haussement de sourcils intégré)
  • "Tranquille, je gère"
  • "Tu comprends vraiment rien"
  • "J'avais plus de batterie"

Et dans le lot des parents interviewés, j'étais tombée sur quelques parents franchement désespérés, vraiment au bout du rouleau, en véritable dépression parentale qui se demandaient réellement ce qu'ils avaient loupé avec leurs enfants pour en arriver là à un tel degré de rejet, de non-communication et d'engueulades permanentes. Les pauvres, ils avaient tellement l'impression d'avoir bien fait. Et voilà que pour tout retour, ils écopaient désormais de portes claquées, de borborygmes en guise de réponse, de "lâche-moi" ou de "ça me saoule". 

Je me souviens de cette maman en larmes, craquant complètement au téléphone et me disant "C'est horrible. Hier encore, je la serrais dans mes bras et là, j'ai l'impression que c'est fini. J'ai tout perdu. Je vois bien qu'à l'extérieur, elle s'amuse. Mais moi, dès qu'elle me voit, elle me fait la gueule, elle file dans sa chambre. J'ai l'impression qu'elle me déteste tellement". 

Il y avait  aussi ce papa vraiment ému qui désespérait de voir son fils accroché à son téléphone alors qu'ils regardaient un petit film ensemble. Ce papa exprimait la douleur profonde d'une complicité disparue. 

À l'époque, je regardais mes enfants et je me disais : "Oh my God, Gwen, prépare-toi, ça va être horrible quand ils vont grandir". Et puis, il y avait une question et des réponses à la fin qui avaient tout changé et dont je m'étais dit ça il faut absolument que je le garde dans un coin de ma tête pour plus tard. Ça pourra peut-être m'aider à passer les coups durs. 

Quelle est cette potion magique ? 

À la fin des interviews avec ces ados qui avaient tous passé plus d'une heure à me raconter pourquoi franchement, leurs parents étaient trop relous, trop inquiets, trop has been, trop tout, je leur demandais à quoi ressemblerait leur parent idéal s'ils pouvaient choisir ? Et là, je m'attendais à ce qu'ils me citent "des parents bienveillants, ressemblant plus à ceux dans certaines séries américaines, des parents tellement géniaux de leurs copains car, c'est bien connu, l'herbe est toujours plus verte ailleurs. Mais non. À ma grande surprise, tous sans exception, y compris la fille de la maman en larmes, me répondaient :

Franchement, à part tel ou tel petit truc, il serait comme mon père ou comme ma mère, comme mes parents, quoi 

Tous me racontaient alors avec une vraie sincérité, pourquoi leurs parents étaient au final non pas les meilleurs parents du monde, mais les meilleurs parents du monde pour eux. Et heureusement que leurs parents fixaient des cadres et des limites, sinon ils feraient n'importe quoi. Heureusement qu'ils s'intéressaient à leurs études, même si ça prenait trop souvent le pas à leur goût sur leur bien-être et leurs préoccupations du moment. Mais surtout, bien sûr qu'en cas de galère, ils savaient qu'ils pouvaient compter sur eux et que ça, c'était la base de tout : la réassurance ultime. 

Alors oui, c'est vrai, l'adolescence est souvent un âge où les je t'aime se cachent très, très, très loin, sous les silences et les disputes, un âge où leurs envies de se trouver et de se construire les fait partir bien loin de nous, avec ce besoin épuisant de claquer des portes, de crier, de rejeter, de clasher ou de se renfermer. Mais pour traverser la tempête et garder le calme, on peut peut-être garder dans un coin de notre tête cette idée : Qu'enfoui mais bien présent, l'amour est toujours là. Que beaucoup d'ados préféreraient avaler un grand verre d'eau salée ou passer sous un bus plutôt que de le dire les yeux dans les yeux à leurs parents. Mais que oui, l'amour est toujours bien présent. 

En tout cas, moi, ce jour-là, j'ai mis ça précieusement dans un petit coin de ma tête, en cas de coup dur, ça pourra toujours servir. 

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