Thomas Pesquet dans le module Tranquility - NASA
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Résumé

Pour cette 5e semaine en orbite, zoom sur le passe-temps favori des astronautes : regarder par les fenêtres de la station spatiale internationale et faire des photos de la Terre. Thomas Pesquet n'échappe pas à la fascination exercée par la beauté de la terre. En particulier le spectacle des orages.

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Les travaux scientifiques ont été quelque peu perturbés cette semaine par une opération d'urgence : l'installation de nouvelles toilettes. Du bricolage qui peut sembler trivial, raconte Thomas Pesquet, mais qui nous rappelle l'importance de l'accès à l'eau courante et aux tout-à-l'égout. Cette semaine, parce qu'il a posté de splendides clichés d'orages sur les réseaux sociaux, nous lui avons demandé de nous parler de cette activité favorite des astronautes lors de leur temps libre : la photographie. 

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THOMAS PESQUET : "On a installé de nouvelles toilettes à bord de l’ISS. C’est un événement. Pour vous cela peut ne pas sembler important, mais pour nous c’est beaucoup parce que c’est un système primordial. On l’a oublié parce qu’on a un niveau de développement qui fait qu’on a accès à de l’eau propre et potable en permanence. On a un système d’évacuation des déchets, des égouts, qui marche bien, mais pendant longtemps cela n’a pas été le cas sur terre et ça le reste dans certains endroits du globe. Dans la station, ça marche, mais ça demande beaucoup de boulot. Comme on a un nombre plus important de membres d’équipages, c’est le nouveau système qui sera emmené pour les missions d’exploration. Donc l’objectif, ce n’est pas seulement le confort des équipages, mais aussi de le tester".

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Sur les clichés que vous postez, la terre est très graphique, très colorée. Est-ce un rendu fidèle de la réalité ? Ne voit-on pas les dégâts environnementaux, les destructions humaines ?

"La terre est photogénique. Ce qui aide beaucoup, c’est que, lorsqu’on regarde de très haut et de très loin , on voit des choses de plusieurs centaines de kilomètres de dimension, le bleu des Bahamas, la vallée du Nil. On ne voit pas une décharge publique ou un bidonville par exemple. En zoomant beaucoup, on peut les percevoir mais ce n’est pas ce qui saute aux yeux en premier. C’est pour cela que lors de ma première mission, je me suis dit 'la terre, c’est beau, c’est magnifique'. C'est après, une fois qu’on s’habitue, qu’on zoome, qu’on voit les choses qui changent. On a plutôt tendance à parler des choses belles car il y en a plus. Heureusement pour nous car ce serait déjà la fin et ce n’est pas le cas, du moins j’espère ! Aussi bien pendant ma première mission, j’ai montré des choses qui n’allaient pas. Je continue. Les glaciers qui reculent c’est visible depuis 20 ans qu’on les photographie depuis la station. Il y a d’autres sujets qui se voient  plus difficilement : la pollution des rivières, la déforestation, mais c’est visible. Mais Il y a beaucoup de nuages donc c’est difficile d’avoir des photos très claires. On a l’œil attiré par la beauté, c’est normal mais c’est important de le faire."

Les photos de la semaine : les orages. Magnifiques et sans le son n'est-ce pas?

"Chaque astronaute a ses marottes. Il y en a qui veulent prendre les montagnes, d’autres ce sont les îles ou les atolls. On a tous nos petites manies. Moi ce sont les orages. C’est très spectaculaire de les voir depuis l’orbite parce que c’est comme des flashes de lumière. Ca fait un peu feux d’artifice. On a cette espèce de grande masse nuageuse où parfois on distingue un peu les lumières des villes en dessous, mais vraiment de manière diffuse, et puis de temps en temps, CLAC, ça claque un peu à droite à gauche, évidemment sans son. Donc c’est un spectacle pyrotechnique muet. C’est très difficile à prendre en photo donc j’étais assez fier d’y arriver, je l’admets.
Survoler un orage, c’est super impressionnant. C’est comme une eau noire, un peu inquiétante qu’on a en dessous de nous et de temps en temps on voit un flash de lumière, ça fait un peu peur on se dit 'Ouh ! Qu’est ce qu’il y a là-dessous !'. On voit la puissance de la nature. Ça reste un sujet de recherche, les orages et leurs interactions avec les couches supérieures de  l’atmosphère. Il y a d’ailleurs des observations plus scientifiques que ce que je fais moi avec mon appareil photo. "

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Pas de photos des zones polaires. Y a t-il des endroits que vous ne voyez pas depuis l'ISS ?

"Effectivement, il y a des zones qu’on ne survole pas et donc qu’on ne voit pas. En fait c’est assez simple. C’est de la géométrie. L’inclinaison de notre orbite sur le plan de l’équateur est telle que si on est à 0° d’inclinaison, on suit l’équateur mais en étant à l’horizontal. Si on est incliné  90°, on survole le Pole Nord, le pôle Sud, on coupe l’Équateur à chaque fois. Donc ce paramètre de l’orbite est important et nous on est incliné à 52° sur l’Equateur. Donc si vous prenez une orange, que vous dessinez une trajectoire à 52° et que vous la gardez fixe en faisant tourner l’orange, vous verrez qu’on ne peut pas aller plus au Nord que 52° de latitude, ni au Sud, donc toutes les zones qui sont au-delà – ca démarre à Londres – on ne peut pas voir. Donc pas d’antarctique, pas d’arctique. Alaska, Islande, même Moscou, tout ça on peut oublier !" 

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Quel est le spot que vous n'avez jamais vu et que vous guettez ?

Il y a plein de spots que je guette et que je n’ai pas vu lors de ma première mission. Il faut voir que notre orbite n’est pas 100% répétitive. La terre défile sous nous mais est légèrement décalée avant de revenir sur les mêmes endroits. Donc par exemple, Paris ne peut apparaitre qu’au bout de plusieurs jours ou semaine, ou être dans la nuit. Donc si on ne veut pas prendre des photos à 3h du matin, c’est comme la pêche, on ne peut pas garantir le succès, ni même la nature ce qu’on va ramener.  Il y a quand même deux objectifs : le premier c’est la muraille de Chine, c’est un mythe de penser qu’on peut la voir à l’œil nu depuis l’espace. Par contre on y arrive avec des repères géographiques. On part de Pékin vers le Nord, on repère un lac, une vallée qui se rétrécit. Et là ça part sur la gauche… en faisant des photos un peu au jugé, j’ai réussi à avoir la Muraille. Mauvaise qualité mais je l’ai.
L’autre objectif, c’est le Machu Pichu. C’est tout petit, beaucoup plus petit que Paris, vert sur vert puisqu’on est dans les régions tropicales, il y a beaucoup de nuages donc très difficile à prendre. Il me reste 5 mois !"

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En ce moment les astronomes sensibilisent à la pollution lumineuse (sur terre et dans l'espace avec les méga constellations ) et cherchent des solutions. Cette sur consommation d'éclairage au sol, la percevez-vous depuis votre altitude?

"La pollution lumineuse on la voit depuis l’espace. Depuis l’espace cela fait des photos photogéniques car un tapis de lumière c’est joli. Mais on part de quelque chose d’anecdotique, de bénin, pour introduire un autre sujet, une réflexion. Un glacier vu de l’espace c’est joli mais ça  permet d’introduire le changement climatique. Paris la nuit ça parle de la pollution lumineuse. Les deux grandes zones illuminés de la planète c’est les États Unis, côte Est et Californie et l’Europe : tapis de lumière. L’Europe de Londres à l’Italie, les Balkans, tout ça est très joli mais qu’est ce qu’il y a comme lumière !"

Que souhaitez vous que vos photos nous disent ?  

"Avec ces photos, j’essaie de dire que la terre est belle et magnifique. C’est un lieu commun qui peut sembler bête mais il y a une différence entre le dire et le voir et le ressentir. Quand cela passe dans les sentiments et pas juste un fait analysé par le cerveau et reconnu comme véridique, cela change la perception. Je remonte toujours à cette photo de la terre vue par les astronautes d’Apollo 8. Ce lever de terre derrière la lune avec cette fragilité de la terre vue comme une petite boule dans le noir… Cet effet-là, il ne faut pas le négliger.
Ensuite j’essaie de montrer les choses qui ne vont pas, même si c’est plutôt le travail des satellites. Ce sont des données répétitives, sur le temps long que je ne peux mesurer comme la hauteur des vagues, la température des océans. Cela ne se voit pas en photo mais c’est de l’espace toujours. C’est le même effort de l’Agence spatiale européenne et des autres agences.
J’essaie de rendre justice, modestement, à certaines zones qui sont écrasées par la projection des cartes. Tout ce qui est près de l’Equateur est minimisé par rapport aux surfaces qui se dilatent aux hautes latitudes. C’est normal quand on essaie de projeter sur une surface plate les données d’un globe. Le Groenland a l’air immense, la Russie infinie, l’Alaska aussi, alors que l’Inde, le Sahara par leur position équatoriale semblent plus petits. Ce sont en fait des zones immenses. 

Par ailleurs, je pense que les photos peuvent servir pour des causes purement scientifiques, même si je passe le relais aux experts pour les analyses. Toutes les photos des astronautes sont archivées dans des bases de données à la NASA. Cela représente une masse de données incroyable grâce à laquelle on peut faire du data mining. Pour étudier les nuages par exemple. Ca sert donc à beaucoup de choses même si on ne m’envoie pas dans l’ISS pour faire des photos. C’est quelque chose qu’on fait en plus et qui est assez vertueux au fond."

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Références

L'équipe

Sophie Bécherel
Sophie Bécherel
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Production