Mega McArthur et Thomas Pesquet dans la Cupola. On aperçoit le Cygnus par le hublot. - NASA/ESA
Mega McArthur et Thomas Pesquet dans la Cupola. On aperçoit le Cygnus par le hublot. - NASA/ESA
Mega McArthur et Thomas Pesquet dans la Cupola. On aperçoit le Cygnus par le hublot. - NASA/ESA
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Résumé

Le vaisseau cargo Cygnus avec ses 3 700 kg de fret est arrivé à destination. Plusieurs expériences scientifiques majeures de la mission Alpha étaient à bord dont le fameux blob, organisme vivant unicellulaire dont le comportement sera scruté en l'absence de gravité.

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Cette semaine, un nouveau vaisseau cargo s'est arrimé à la Station Spatiale Internationale. Le Cygnus ne s'arrime pas en mode automatique. Il nécessite d'être attrapé avec l'aide du bras robotique par deux astronautes. Une manœuvre délicate confiée cette fois-ci à Megan McArthur et Thomas Pesquet qui la décrit.

"C'est un travail d'équipe. Le Cygnus se met en vol en formation à une dizaine de mètres en dessous de la station. C'est une trajectoire hyper contrôlée parce qu'évidemment on n'a pas envie que ça devienne un projectile et qu'il vienne nous emplafonner. Ce serait catastrophique. Et donc une fois qu'il est en vol stationnaire, Megan, aux commandes manuelles, deux joysticks, pilote le bras robotique tandis que je fais le copilote. Je lui donne les distances, notamment celles des portes et j'assure le lien avec Houston par radio. Le Cygnus quand il est à 1,5 M doit être dans le bon mode. Ce qui est délicat avec ces trucs là, c'est que ce sont des vaisseaux de plusieurs tonnes qui volent à 10 m l'un de l'autre, en formation, style patrouille de France mais à 28 000 KM/H ! Le pilotage du bras robotique n'est pas si facile que ça en fait. Il fait 17 mètres. Il y a du jeu et il faut le pilote avec souplesse, anticiper les mouvements, ne pas corriger trop à l'inverse d'un avion de chasse, au risque de générer des oscillations et de rater la capture. On pourrait pousser le Cygnus au lieu de l'attraper donc c'est quand même un moment un peu stressant parce qu'on se dit qu'on ne doit pas se tromper. Cela représente beaucoup d'argent, d'heures de travail et le travail des 6 prochains mois de la station dépendent de ce ravitaillement. Et si on y pense, tout ça repose sur une personne et demie, Megan et moi qui l'aide. Mais nous sommes entrainés et tout se passe bien au final".

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L'une des expériences-phares arrive: le blob. Comment allez-vous devoir vous en occuper?

"J'ai peur que ce soit moins impressionnant que ce qu'on imagine. C'est vrai qu'on a tous -enfin les gens de ma génération- été marqués par le film d'horreur des années 80 mais notre blob va resté très contrôlé, dans un environnement limité. On va simplement devoir l'activer avec de l'eau, lui donner de quoi se nourrir et ensuite, des caméras vont l'observer, la manière dont il se développe, les premières étapes."

Le Cygnus attrapé par le bras robotique
Le Cygnus attrapé par le bras robotique
- NASA/ESA

La NASA estime que jardiner sera une activité essentielle au bien-être des astronautes lors des missions lointaines. Pensez-vous que devoir s'occuper d'un animal, d'un être vivant génère en effet une réaction particulière?

"Jardiner peut-être. C'est vrai que le fait d'avoir quelque chose ou quelqu'un, un animal, une plante, un Tamagoshi dont on doit s'occuper, ça donne d'une certaine façon un sens à la vie ou du moins des repères, une action qui donne la sensation d'être utile. Pour les missions lointaines, je pense que ça peut être bien et permettre de joindre l'utile à l'agréable parce que produire sa propre nourriture pour une mission spatiale, c'est important même si dans le cas du blob, on ne va évidemment pas le manger". 

Autre expérience que vous installerez bientôt, LUMINA. De quoi s'agit-il?

"Lumina, c'est de la mesure de radiations. Dans l'ISS, on est exposé à 100 ou 200 fois plus de radiations que sur terre. Ce ne sont pas des doses dangereuses, du moins si on se contente d'une mission de 6 mois de temps en temps. Si on devait faire 6 mois tous les ans, ce serait plus compliqué. D'ailleurs, il y a des limites pour les astronautes que nos employeurs n'ont pas le droit de nous faire dépasser d'après le droit du travail. J'en suis personnellement encore loin, grâce à mon âge mais on est équipé d'un dosimètre personnel. J'en ai un dans ma poche tous les jours puis dans ma cabine quand je dors. La dose cumulée est suivie. Il y a des dosimètres dans la station qui mesurent la dose à un temps donné. Mon dosimètre ne fait pas de détails sur les moments où on prend des radiations. Lumina servira à ça, par l'intermédiaire de la fibre optique. Ce sera d'autant plus important pour les longues missions, quand on dépassera la ceinture de Van Hallen, au delà de la magnétosphère qui protège la terre. Et il y a aussi des applications pour les personnes sur terre qui sont exposées: les pilotes et personnels navigants, le corps médical qui utilise des radiations et les travailleurs du nucléaire".

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Lundi a été publié le 6e rapport du GIEC. Actuellement, à cause des vols touristiques spatiaux, le spatial et l'aéronautique sont dans le viseur. Qu'en pensez-vous? Faut-il attendre une régulation de la part des états, changer son propre comportement? 

"J'ai lu les conclusions du rapport et c'est vrai que c'est affolant. On sait que maintenant, tout est acquis, la fonte des glaces, l'acidification des océans, les conflits, les problèmes de sécurité sanitaire, etc... C'est important pour tout le monde et nous , on le voit depuis la station. À l'œil nu, on voit les feux par exemple. Tout le monde a une responsabilité à son niveau. Il faut évidemment limiter sa consommation, d'énergie notamment mais je pense que comme l'a dit l'ONU, c'est aux gouvernements d'agir. Il faudrait quelque chose pour contraindre les états à atteindre leurs objectifs. Le spatial et l'aéronautique dans tout ça, je pense qu'il faut faire attention car c'est facile de trouver des boucs-émissaires. Il est facile de dire "c'est pas moi, c'est l'autre" mais au fond, on a tous un impact négatif. Personne n'a d'impact positif. La société moderne telle que nous l'avons conçue a un impact. Envoyer une fusée dans l'espace en soi n'est pas bon pour l'environnement. Cela produit des gaz à effet de serre, cela consomme de l'énergie mais il faut voir quelles sont les retombées pour la collectivité. On fait cela car on en attend des retombées. 

Ironiquement, c'est grâce aux satellites qu'on a pu acter et documenter le réchauffement climatique. Sans eux, on serait dans le noir. Il faut diviser cet impact négatif par le nombre de personnes que cela impacte positivement. Il me semble qu'il est vain de dire que la consommation de l'ISS, c'est la consommation carbone de Thomas Pesquet. C'est la consommation carbone qui va donner tels avantages, des bénéfices à tout le monde. C'est assez injuste de la coller sur le dos d'une seule personne. En revanche, la consommation carbone du tourisme spatial est plus difficile à justifier. Là, il n'y a pas tellement de retombées que l'on puisse répartir sur tout le monde. C'est plutôt la consommation carbone d'une seule personne pour son plaisir. Même si c'est négligeable par rapport à la consommation de milliards de trajets en voiture qui se font au quotidien dans le monde, puisqu'il y a encore très peu de touristes spatiaux, on peut se poser la question éthique. Est-ce équitable que certains se donnent le droit de consommer énormément quand d'autres n'ont pas cette possibilité? Il faut avoir une vision d'ensemble selon moi et chercher les conséquences positives. Si on trouve que le tourisme spatial a des conséquences positives sur la société, qui dépassent cette consommation d'un petit nombre de gens, pourquoi pas? Si on ne trouve pas de retombées positives à part le fait de se faire plaisir, c'est plus difficilement justifiable."