Thomas Pesquet dans la Cupola, cette "fenêtre" hexagonale qui permet de regarder la Terre - NASA
Thomas Pesquet dans la Cupola, cette "fenêtre" hexagonale qui permet de regarder la Terre - NASA
Thomas Pesquet dans la Cupola, cette "fenêtre" hexagonale qui permet de regarder la Terre - NASA
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Résumé

Thomas Pesquet achève sa quatrième semaine dans la Station Spatiale Internationale. Son organisme s'acclimate petit à petit à cet environnement sans gravité. L'astronaute français a vite retrouvé ses repères. Il a la chance de ne pas connaître le mal de l'espace, pourtant fréquent dans ce métier.

avec :

Thomas Pesquet (Astronaute à l'agence spatiale européenne).

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Le mal de l'espace touche la quasi totalité des astronautes quand ils arrivent en orbite. Mais de façon très variable. Certains seront à peine gênés par la vie en trois dimensions et la perte de repères qu'elle entraine pour le cerveau et l'oreille interne, tandis que d'autres devront recourir à des médicaments anti nausées comme sur les bateaux. La micro pesanteur par la perturbation qu'elle engendre sur les fluides cause aussi des maux de tête, une congestion des sinus et autres petits bobos dont nous parle cette semaine Thomas Pesquet.

THOMAS PESQUET : "Le mal de l'espace ça existe. Ce qui est drôle c’est qu’il n’y a pas vraiment de règles. Il y a des gens qui sont très très forts sur le tabouret tournant, la centrifugeuse au sol et qui sont très malades dans l’espace et il y a des gens pour qui c’est le contraire. Moi j’ai de la chance, je ne suis pas très malade en arrivant dans l’espace, je suis très bien. Je me rappelle mon premier vol, j’avais un peu peur et je ne regardais pas par la fenêtre de peur d’être désorienté et d’avoir la tête qui tourne, et puis finalement ça s’est très bien passé mais je n’ai rien fait pour ça. Au retour sur terre, j’étais un peu plus malade. Là c’est pareil. Ça allait très bien. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Certains ont besoin de s’adapter. Les symptômes, ce sont des  vertige, nausées, on peut être un peu fatigué. C’est comme le mal de mer, certains l’ont très fortement et sont incapables de faire quoique ce soit. Et puis les fluides ne se répartissent pas de la même manière dans le corps et font qu’on est un peu congestionné, qu’on peut avoir mal à la tête, avoir du mal à dormir, mais on a une pharmacie très complète, et s’il y a un gros problème, il y a des docteurs au sol qui s’occupent très très bien de nous. On a des médicaments, les mêmes que ceux du mal des transports, mais ça ne touche pas tout le monde de la même manière. Moi ça va."

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Il est fréquent d'avoir mal au dos pour les astronautes. Est-ce votre cas ?

"J'ai l'impression que ce sont surtout des gens grands et maigres qui sont sujets au mal de dos. Moi j’ai pas eu mal au dos. Parfois c’est juste difficile de s’endormir quand on flotte et les gens ramènent les genoux en boule sous le menton et cela soulage le bas du dos et la colonne vertébrale. Donc il y a plusieurs techniques. Certains se 'strappent' avec un tendeur, d’autres se roulent en boule. Moi quand j’ai du mal à m’endormir, je me coince les genoux sous l’ordinateur. Ca permet d’étirer le bas du dos. On a aussi des kinés qui nous donnent des techniques pour s’étirer en apesanteur donc on est un peu créatif, j'ai remarqué. Moi ça va."

Vous arrive t-il de vous blesser à bord. Le sang coagule t-il ?

"Il y a des gens qui se sont blessés. Un touriste spatial s’est blessé dans un sas de passage entre deux modules. Le sas est en métal car il doit être solide et étanche et quand on arrive, et qu’on ne contrôle pas très bien son vol et qu’on se tape la tête dessus, ça peut faire mal. À l’époque, il avait fallu faire des points de suture sur le crane. Le sang coule. Il fait une boule qui a tendance à s’étaler sur la tête et qu’on doit éponger. On est entrainé pour faire des points de suture. On a une trousse d’urgence avec défibrillateur, adrénaline, tout ce qu’il faut." 

Que comporte votre trousse à pharmacie ?

"Ce n’est pas une trousse, c’est une armoire à pharmacie ! C’est très bien fait. Il y a des petits kits de différentes couleurs. On espère évidemment qu’on n’aura pas à ouvrir le rouge : le kit d’urgence avec défibrillateur, l’intra osseuse, l'adrénaline. Tous les autres sont bleus mais avec un code couleur sur la tranche. Il y a les médicaments de la vie de tous les jours : mal de tête, rhume, somnifère si on n’arrive pas à dormir. Un autre est plutôt destiné aux blessures, entorses etc. Les pommades. On apprend à les utiliser en entrainement. Il y a toujours un ou deux CMO crew medical officer, celui qui est un peu mieux formé. Evidemment, quand il y a un médecin-astronaute, c’est lui qui s’y colle. Sinon il faut se dévouer en fonction des gouts et des talents de chacun. Moi j’aime assez les activités médicales. On fait des stages en hôpital, on fait des intraveineuses, des piqures, j’ai apprécié cet entrainement là. Mais on espère que ça ne va pas arriver."

Il y a selon l'inventaire de la NASA, une pâte pour recoller les couronnes. Vous êtes aussi dentiste ?

"Oui, on n’est pas dentiste mais on s’entraine aussi. J’ai vu où faire une injection dans la gencive pour anesthésier et arracher une dent. Il faut faire un 8 avec la pince. C’est arrivé récemment. Un cosmonaute russe qui a dû se faire arracher une dent. Donc on a une pâte de dentiste qui permet de boucher un trou dans la gencive ou de reconstituer une dent. On bouche et ca fait une réparation temporaire qu’ensuite on traite une fois rentré au sol. Mais ça permet d’aller jusqu’à la fin de la mission."

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