Thomas Pesquet "paré" pour l'expérience européenne GRASP - NASA
Thomas Pesquet "paré" pour l'expérience européenne GRASP - NASA
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Résumé

Désormais à sept dans l'ISS, chacun commence à prendre ses quartiers. Crew Dragon 1 parti, les astronautes de la mission 65 ont un peu plus de place. Cette semaine, c'est fêtes à gogo, parce qu'entretenir la camaraderie ça compte, et du travail scientifique avec notamment l'expérience GRASP pour le Français.

avec :

Thomas Pesquet (Astronaute à l'agence spatiale européenne).

En savoir plus

Alors qu'il entame sa troisième semaine dans la Station Spatiale Internationale, Thomas Pesquet nous livre les secrets d'une mission réussie: entretenir la camaraderie, être sérieux sans se prendre au sérieux et aménager sa cabine, seul espace privé autorisé pour les longs mois de mission.

On vous voit toujours très souriants, blagueurs en ce moment. Qu'est-ce que pour vous, l'esprit de camaraderie?

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THOMAS PESQUET : "Pour moi, la définition de la camaraderie, c'est partager des choses en fait. Des bons moments, parfois exceptionnels qui créent des émotions, qu'on partage et qu'on aime se rappeler ou des moments plus difficiles aussi. Pour avoir fait des stages de survie, je sais que dans l'épreuve, des liens se créent. Dans le contexte d'une mission spatiale, elle est nécessaire parce que, même si on travaille ensemble, on vit aussi ensemble. Pendant 200 jours, on confronte la promiscuité et il n'y a pas moyen de s'aérer les idées, de penser à autre chose donc il faut bien s'entendre. Il faut pouvoir désamorcer les conflits, faire en sorte de ne pas en créer et pour cela, le meilleur moyen, c'est d'être amis. Parfois, cela ne suffit pas. Tous les gens qui ont fait de la colocation le savent. Elle est indispensable la camaraderie. Moi, je suis hyper sérieux mais j'essaie de ne pas me prendre trop au sérieux. Par exemple Aki, toute la journée, on l'entend rigoler (l'astronaute japonais de la JAXA, membre de l'équipage 65, ndlr). Dès que quelqu'un dit quelque chose de drôle, on entend son rire fuser d'un bout à l'autre de la station et ça met tout le monde de bonne humeur. Donc ça n'enlève rien au sérieux du travail mais je pense que ça améliore notre travail."

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Quels événements fêtez-vous ?

"Les anniversaires, les jours fériés de nos pays respectifs. Cette semaine, on a fêté les 200 jours dans l'espace de Shane, les miens, les 365 jours d'Oleg qui a, pour l'occasion dessiné sur son t-shirt. On en profite dans ces occasions là pour se réunir autour de la table, dîner, discuter. Ca ne dure pas jusqu'à 2 heures du matin mais on décore des ballons, on fait des banderoles, on essaie d'être créatifs même si les possibilités sont limitées !"

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Maintenant que vous êtes 7 et plus  11 astronautes dans l'ISS, chacun a t-il pu prendre ses quartiers et personnaliser son espace ?

"Oui, on est maintenant installés dans un rythme de croisière. Et l'analogie avec la mer, c'est que chacun a une "cabine", le lieu de repos. Et c'est super important parce que c'est le seul petit espace privé que l'on a dans un énorme espace public. Public parce qu'on le partage tous ensemble mais aussi parce que souvent, pendant la journée de travail, il y a les caméras du centre de contrôle (de la NASA, ndlr) qui sont là. Ce n'est pas Big Brother mais quand même, même si ça aide beaucoup le sol, tout ce qui se passe dans la station est public donc cet espace privé est important. C'est là qu'on dort, qu'on se change, qu'on se brosse les dents ou qu'on se rase. Là encore qu'on appelle nos familles et amis. On a le sac de couchage au mur et puis les gens mettent les photos, des objets familiers... La mienne n'est pas encore très décorée parce que c'est le début de la mission et qu'on vient juste d'emménager. Et puis d'ailleurs, je vais peut-être en changer pour que Shane (Kimbrough, astronaute NASA, pilote de la capsule Crew Dragon qui a amené dans l'ISS l'équipage, ndlr) qui dort encore dans le Crew dragon puisse s'installer dans l'ISS. On va donc aménager une cabine provisoire dans Columbus, et comme c'est en territoire européen, il est normal que ce soit moi qui y emménage, qui l'investisse."

Cette semaine, vous avez réalisé l'expérience GRASP ? En quoi consiste t-elle ? Que vous demande t-on de faire ?

"GRASP est une expérience sur le système nerveux central. L'idée c'est qu'on fait tous les jours des tâches hyper compliquées sans s'en rendre compte. Les sports typiques, ce sont les sports de balle : on vous lance une balle n'importe comment et on arrive à l'attraper avec la main. Quand on y pense, c'est hyper complexe : le cerveau arrive à anticiper la trajectoire de la balle et à positionner la main en un temps record exactement au bon endroit, avec à peu près la bonne force pour l'attraper, donc cela relève de la coordination, mais on ne comprend pas très bien les mécanismes de ça . Donc l'expérience Grasp, c'est ça : essayer d'aller regarder comme tout ça est codé, comment le cerveau peut envoyer des ordres précis et de quelle manière l'interaction se fait. L'idée pour comprendre c'est d'enlever la gravité. Est-ce codé avec ou sans la gravité ? Pour le savoir, on enlève toutes les références. On se met, flottant au milieu de la cabine, un casque de réalité virtuelle sur la tête qui simule un environnement qui n'existe pas, et on essaye d'adapter ce qu'on voit avec ce qu'on fait avec la main. Cela permet aux scientifiques d'en apprendre un peu plus sur ce mécanisme là. C'est assez sympa mais ça dure des heures... On passe des heures dans le laboratoire Colombus, attaché, mais il faut souffrir pour la science, c'est normal."