Écriture inclusive à l'école : quand le masculin reste la norme à laquelle tout doit se conformer ©Getty - skynesher
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Résumé

Dans une interview au Journal du Dimanche, Jean-Michel Blanquer prend position contre l’écriture inclusive et veut formaliser son interdiction à l’école. Giulia Foïs revient sur les enjeux et les non-dits de cette initiative.

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Rien ne va, dans cette sortie sur l’écriture inclusive, enfin, non épicène. Enfin, la féminisation des noms, ça va, si j’ai bien compris, mais le point médian, c’est niet. Pouf pouf. 

Qu'est-ce que l'écriture inclusive ?

On va reprendre la base de la base, si vous voulez bien. Est appelée « écriture inclusive » un ensemble de règles qui permettrait à la langue de devenir égalitaire, sans discrimination de genre. Parmi ces règles, vous avez bien tous ces mots épicènes, auxquels fait référence le ministre, mais qui ne sont qu’une partie de l’écriture inclusive. 

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Un mot épicène ? 

C’est un mot désignant tout être animé, qu’il soit homme, ou femme. Exemple : « une personne ». Comme dans : Jean-Michel Blanquer est une personne qui aurait peut-être du revoir ses fiches avant de parler au journaliste, qui, visiblement, ne les avait pas lues non plus, parce que, résultat, comme chaque fois qu’on parle d’écriture inclusive – ou de féminisme… Eh bien on ne sait pas de quoi on parle, et que, pour combler le vide de la pensée, on fait rouler la machine à fantasmes, machine débouchant toujours sur la peur d’une émasculation généralisée, valable dans la cas précis pour la langue française. Emasculée, donc. 

Preuve en est des termes employés… Jean-Michel Blanquer parle de « féminisation des noms de métiers ». Erreur aussi commune qu’historique. Parce que, en réalité, quand vous dites « autrice », par exemple, vous ne féminisez pas la langue. Vous la dé-masculinisez. 

L'Académie dit, donc on suit…

On a longtemps dit « autrice ». Jusqu’au XVIIe siècle en fait, jusqu’à ce que des hommes, réunis dans une toute nouvelle institution, l’Académie Française, décident que ça n’était plus possible, qu’il fallait dire auteur pour les hommes comme pour les f... Ah ben non, parce que les femmes, dans le même mouvement, se voyaient exclues d’un bon paquet de métiers – sans que personne, ou si peu, n’y voit une ablation d’ovaires généralisée. 

Non non, l’Académie a dit, l’Académie a fait, on a suivi, et c’est le réel qui s’est masculinisé

Attention, pas n’importe lequel, einh : on a toujours pu dire, à l’inverse « Boulangère ». Parce que, évidemment, ce sont aux professions intellectuelles ou supérieures qu’on s’est attaqués… En édictant, d’ailleurs, à peu près au même moment, une règle de grammaire que rien n’a jamais pu justifier : à partir de là, le masculin s’est mis à l’emporter sur le féminin… Et à part ça, défendre l’écriture inclusive, c’est se battre pour des points de détail… 

Mais puisqu’on parle de point… 

Le point médian

Celui-là même qui déclenche toutes les polémiques.

Premier argument pour ceux qui le « détestent » : c’est illisible. Bonne nouvelle, vous n’avez pas à le lire, du moins pas à voix haute. S’il est écrit « français.e.s », à l’oral, vous pourrez toujours dire : « les françaises et les français ». Quant à lecture pure, « in petto » comme on dit… Bon. Quand vous voyez mentionnée une surface dans un texte : vous lisez « M petit deux », ou c’est bon, vous arrivez à comprendre « mètres carrés » ? Là, c’est pareil : vous devriez y arriver. Sauf si, vous êtes dyslexiques : c’est vrai, ce sera plus compliqué. Mais…

C’est marrant comme, tout à coup, on se préoccupe tous très très fort de la dyslexie

Même le ministre s’y met. Je le cite : « mettre des points au milieu des mots est un barrage à la transmission de notre langue pour tous, par exemple pour les élèves dyslexiques ». 

Ca fait chaud au cœur, c’est vrai, de le sentir aussi préoccupé d’une école qui n’exclut personne. On en oublierait presque l’absence criante d’AVS pour les élèves porteurs de handicap… Et que si l’inclusion est une promesse, l’exclusion reste la règle, aujourd’hui, dans les écoles françaises. Avec ou sans point médian. 

Oui, mais la « La langue française ne doit être ni triturée ni abîmée »

Dixit toujours notre ministre de l’éducation nationale… Quand l’Académie, elle parle de « péril mortel ». 

Blanquer fait un peu plus sobre, c’est vrai : « Notre langue est le premier trésor français, celui qui fait notre puissance mondiale ». Alors pas forcément. Disons, pas toujours. Parfois c’est même un peu la honte mondiale. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a été interpelé par des dizaines d’associations cette année. Pourquoi ? Parce que le texte fondateur de l’ONU, s’appelle toujours, en français, « déclaration universelle des droits de l’homme », quand toutes les autres langues au monde parlent, elles, de droits humains. 

Et comme ça, ça fait tout de suite un peu moins universel einh… 

Ça rappelle surtout que, en français, le monde a beau changer, le masculin reste la norme à laquelle tout doit se conformer

Or la condition pour qu’une langue reste vivante, c’est qu’elle s’adapte à celles et ceux qui la parlent, faute de quoi, le risque est de se figer, de se fossiliser, de devenir une langue morte. Oui, si jamais, il est là, le péril mortel.