Enfants, tâches domestiques, inégalités et stéréotypes : les femmes davantage fragilisées par le confinement
Enfants, tâches domestiques, inégalités et stéréotypes : les femmes davantage fragilisées par le confinement
Enfants, tâches domestiques, inégalités et stéréotypes : les femmes davantage fragilisées par le confinement ©Getty - Halfpoint Images
Enfants, tâches domestiques, inégalités et stéréotypes : les femmes davantage fragilisées par le confinement ©Getty - Halfpoint Images
Enfants, tâches domestiques, inégalités et stéréotypes : les femmes davantage fragilisées par le confinement ©Getty - Halfpoint Images
Publicité
Résumé

Les femmes sont bien plus nombreuses aujourd’hui à souffrir d’anxiété, d’insomnie, de stress, de dépression, ou d’épuisement général. Le confinement est loin d'arranger les choses.

En savoir plus

Je reprends l’antenne, j’ai une solution de garde pour les enfants, donc là, je ne sais pas bien ce qu’ils font, en ce moment mais je m’en contre-cogne, vu qu'ils retournent à l'école dans quatre dodos. 

Qu’on soit clairs : j’ai la chance d’avoir voulu ces enfants, et je les aime. Mais ce n’est pas parce que, biologiquement, je suis programmée pour en faire, que, naturellement, j’aime passer l’entièreté de mon temps avec eux. Surtout quand j’y suis contrainte et forcée.

Publicité

Mais c’est toute l’histoire des femmes, la question de la contrainte et de son émancipation. Celle du choix, celle de la détermination. 

Prenez les enfants : on a fini par obtenir le droit de choisir, d’en avoir ou pas. Mais du coup, puisqu’on a le choix, quand on en a, on n'a plus le choix, on doit les aimer, et pour tout, et tout le temps, et si t’es pas contente t’avais qu’à pas. 

Sauf que… Mis à part le fait qu’on est en général deux pour les faire (mais j’y reviendrai),  figurez-vous que je les aime d’autant mieux que j’aime aussi autre chose, dans ma vie. 

Mon travail, par exemple. Je sais, j’ai aussi la chance de faire un métier qui me procure plaisir, savoir, et reconnaissance. Mais quand bien même… Pourquoi croyez-vous que les femmes se sont tant battues pour avoir le droit de travailler - je veux dire, de façon légale et rémunérée ? Pourquoi a-t-il fallu attendre 1965 pour que ce soit possible ? 

Parce que tout le monde sait que travailler, c’est la clé des champs - sans même parler des violences faites aux femmes, dont l’épicentre a toujours été le foyer. Pouvoir travailler, c'est pouvoir sortir. La possibilité d’échapper, ne serait-ce que quelques heures, à tous les autres sauf à soi. 

Parce que la vie en commun, c’est tous les autres avant soi, quand on est une femme - a fortiori une mère. Depuis la toute première poupée qu’on nous a collée dans les bras, et depuis des millénaires, on nous le dit : "fille tu es, attentive tu seras".

Alors, à 40 balais ou plus, quand à 14h, un jour de confinement, tu as eu et le temps de te doucher, et celui de déjeuner, tu es une héroïne. Sauf que les héroïnes, elles sont en train de tomber comme des mouches.

Des souffrances renforcées à cause du Covid-19 

Oui, et le pire, c’est qu’elles sont physiquement beaucoup plus résistantes que les hommes à la maladie. C’est psychiquement que ça se corse. Elles sont bien plus nombreuses, aujourd’hui, à souffrir d’anxiété, d’insomnie, de stress, de dépression, ou d’épuisement général. Et le poids des tâches domestiques suit une courbe étrangement parallèle. 

Quand on est confinés, les femmes passent en moyenne 4h par jour à s’occuper d’enfants

Certes, 46 % des hommes déclarent en faire davantage depuis le début de la pandémie… Mais ça reste moitié moins, parce que les inégalités salariales sont toujours aussi criantes. Ce sont elles, qui, les premières, arrêtent de travailler – une sur cinq a dû le faire depuis l’an dernier. 

Parce que le monde autour est toujours suffisamment sexiste pour qu’on regarde d’un très très mauvais œil celui qui voudrait quitter le boulot pour s’occuper d’un enfant malade… Et que de toutes façons, a priori, il n’est même pas au courant, puisque par principe, c’est la mère qu'on appelle quand ça ne va pas. 

Selon un sondage YouGov, 29 % des hommes et 15 % des femmes pensent encore que le rôle premier de la femme est de s’occuper de son conjoint. Ouaip, en 2021.

Simone de Beauvoir disait qu’à chaque crise, les droits des femmes reculaient. A minima, ils font du surplace. Et nous, on stagne. Publications des chercheuses en chute libre, depuis le début de la pandémie – et ça, ça veut quand même dire amputation de la pensée collective, avec la perte d’une bonne part de ses contributions. 

Pour toutes, chercheuses ou pas, carrière à l’arrêt, mises entre parenthèses, travaux en pointillés, ponctués par des « Maman, elle est où ma brosse à dents ? » Ben oui, vu qu’on est là, on est là pour ça… Toutes les études le disent, même quand les mères continuent de travailler, ce sont elles qui sont interrompues par les enfants. Facile, elles sont au milieu du salon, le plus souvent, quand le bureau, s’il existe, est occupé, la plupart du temps, par les hommes – je vous jure que je préfèrerais l’inventer...  

Virginia Woolf l’a brillamment démontré : avoir une chambre à soi, un espace à soi, est la condition pour que les femmes puissent véritablement s’émanciper et donc, au fond, exister vraiment, en elles-mêmes, pour elles-mêmes. Ne pas le leur permettre, c’est ne pas permettre au monde d’avancer.  L’espèce humaine a toujours eu besoin de diversité, et donc de mixité, pour se renouveler. 

À ce rythme-là, elle finira par crever de son uniformité.

Références

L'équipe

Giulia Foïs
Giulia Foïs
Giulia Foïs
Production
Giulia Foïs
Giulia Foïs
Giulia Foïs
Chronique