La fête des mères ou la perpétuation d'un modèle de parentalité légèrement obsolète ?
La fête des mères ou la perpétuation d'un modèle de parentalité légèrement obsolète ?
La fête des mères ou la perpétuation d'un modèle de parentalité légèrement obsolète ? ©Getty - Isabel Pavia
La fête des mères ou la perpétuation d'un modèle de parentalité légèrement obsolète ? ©Getty - Isabel Pavia
La fête des mères ou la perpétuation d'un modèle de parentalité légèrement obsolète ? ©Getty - Isabel Pavia
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Résumé

La fête des mères ne formulerait-elle pas un prodigieux retour en arrière et à pérenniser une représentation obsolète de la parentalité ? Il faut dire que cette fête traditionnelle remonte aux années 1940… Une démo aussi d'un préservatif "anti-viol", équipé de lames de rasoirs… Et le jeu vidéo enfin multi-genre ?

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Une fête en déconnexion totale avec l'époque ?

Mais il fait aussi balai, dépoussiérant, nettoyant, rouge rutilant, avec dix lingettes offertes. Je sais, avec 10, vous irez pas loin… Alors que les cintres, eux, sont vendus par vingt, et en coloris assortis, si si ! 

C’est la fête des mères, alors on se lâche, cette année encore, dans les grands magasins. Et on y va, hein : du moule à gâteau, du maxi frigo, on se fait plaisir, et on ose, oui, on ose le tapis prédécoupé pile poil pour épouser le contour de vos toilettes – avouez que c’est du génie. 

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Quant à la corde à linge, "coup de cœur des mamans", je suppose que c’est pour nous pendre. Toutes et vite. Tout plutôt que ce prodigieux retour en arrière, puisqu’il nous faut remonter aux années 1940, et à Pétain, pour que cette fête des mères soit institutionnalisée comme telle. Oui, c’est grâce à Vichy que vous vous tapez des colliers de nouilles chaque année, sachez-le. 

Une fête qui a à peu près autant fait pour l’émancipation des femmes que le code Napoléon – autant dire, pas grand-chose

Fête qui, aujourd’hui, brille moins par ses casseroles que par sa déconnexion totale avec l’époque. Par la gifle qu’elle balance chaque année à celles qui sont mères sans l’avoir voulu, celles qui n’aiment pas ça, celles qui le regrettent mais qui ne le disent pas, parce que ça, non, ça ne se fait pas ; celles qui auraient bien aimé, mais à qui ça n’est pas arrivé ; celles qui se bagarrent, pour en avoir ; qui se sentent nulles quand ça marche pas ; et puis il y a celles qui le sont devenues, il y a celles à qui ça a bien plu, sauf qu’aujourd’hui elles ne le sont plus, un trou dans le ventre, ou dans la tête, ouais, cet enfant, elles l’ont perdu. 

Le pire c’est qu’il n'y a pas de nom pour ça…  Nullipare ? Ah non c’est pas ça. Celles-là ce sont celles qui n’en ont pas, parfois juste parce qu’elles n’en veulent pas. Pourquoi ? Ben parce que c’est comme ça. Et elles ont le droit. Enfin devraient… Mais ça non plus, ça ne passe pas… D’où le caractère légèrement obsolète de cette fête, qui vient de s’offrir un petit lifting, à noter, du côté d’Alençon, où, cette année, les écoles ont fêté "les gens qu’on aime" : 

Deux papas, deux mamans, ou un.e seul.e, un beau père, une belle mère, qui ont veut… Décomposée, recomposée… Ça, c’est la famille d’aujourd’hui

Avec où sans tapis de toilettes, à la clé. Mais je vous jure que ça va quand même. Ces nouvelles familles sont à l’honneur ce mois-ci.

Le jeu vidéo commence à prendre des couleurs arc en ciel

Mois de juin, mois des Pride, des marches, mois des fiertés LGBT+

Et alors, là, si j’entends quelqu’un suggérer, que si on doit tous se mettre à revendiquer une identité, eh bien franchement, il faudrait qu’il y ait aussi un mois des fiertés hétérosexuelles, je vous dirais d’accord, mais vous me trouvez un endroit, un moment, ce que vous voulez, où vos droits ont été bafoués parce que vous étiez hétéro ? 

Ceci posé, l’univers du jeu vidéo, plutôt adepte jusqu’ici d’une virilité lambda, pour ne pas dire toxique, commence à prendre quelques couleurs arc en ciel. Dernière preuve en date avec ce "Tell Me Why", dernière production du studio français "Don’t nod", dévoilée justement pour le mois des fiertés… C’est un jeu narratif où vous entrez dans la peau de deux jumeaux, Alison et Tyler, avec ce qu’il faut de suspense et de rebondissements propres au genre. 

Et puis, ce petit détail, tout de même : Tyler est né dans un corps de fille avant de faire sa transition. Mieux : c’est un fait, pas un sujet. Et ça, c’est suffisamment rare pour être salué. 

Une démo d'un préservatif "anti-viol", équipé de lames de rasoirs

C’est une vidéo de Brut, postée sur les réseaux sociaux, et qui totalise déjà plus de six millions de vue. On y voit une chercheuse sud-africaine, faire une démo avec un préservatif dit "anti-viol". Placé à l’intérieur du vagin, il est équipé de lames de rasoirs, qui se referment sur le moindre pénis qui ne serait pas le bienvenu. 

Je sais, ça peut faire rêver – ou pas. Sauf que, comme le relève le collectif Nous Toutes, c’est à minima inconséquent : je vous laisse imaginer la fureur de celui qui s’y retrouverait coincé, et ce qu’il serait capable de faire alors à sa victime pour s’en libérer… 

Le plus problématique étant surtout ce que cet objet véhicule comme idée, sur le fond :

C’est aux femmes de se débrouiller pour ne pas être violées… ?

Si elles le sont, c’est qu’elles n’ont pas assez dit non, pas assez fermement, pas assez clairement, ou parce qu’elles n’avaient pas donc de lames de rasoir dans le vagin… Comment dire : on a plus juste, et plus efficace, pour lutter contre les violences sexuelles ? 

Je ne sais pas, moi, former des policiers, éduquer les enfants au consentement, déployer un vrai budget d’état… La bonne nouvelle, c’est qu’on a le choix. 

Et j’en ai une meilleure encore, sur ce plan là, d’ailleurs : le 39 19 étend ses horaires d’ouverture. La ligne d’écoute destinée aux femmes victimes de violence sera ouverte jour et nuit à partir de la fin du mois. Attention, c’est une ligne d’écoute : pour les appels d’urgence, on appelle toujours le 17.

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Giulia Foïs
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