Britney Spears à l'avant-première de "Once upon a time... in Hollywood" en juillet 2019 ©AFP - Valérie Macon
Britney Spears à l'avant-première de "Once upon a time... in Hollywood" en juillet 2019 ©AFP - Valérie Macon
Britney Spears à l'avant-première de "Once upon a time... in Hollywood" en juillet 2019 ©AFP - Valérie Macon
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Résumé

Britney Spears attend son jugement, après avoir demandé à échapper à la tutelle de son père. Une procédure qui remet sur le devant de la scène son parcours précoce de star hypermédiatisée, ayant mené à son effondrement psychologique.

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« Je ne dors plus, je pleure tous les jours, je veux juste reprendre le contrôle de ma vie, cette tutelle, ça suffit, je voudrais avoir un enfant, mon père m’interdit d’enlever mon stérilet, mon père devrait être en prison ». Ces mots, ce sont ceux de Britney Spears, les premiers qu’elle a prononcés en public depuis sa mise sous tutelle, il y a treize ans. 

Pour la première fois, à bientôt 40 ans, la chanteuse demande officiellement sa remise en liberté, devant un tribunal californien. C’était il y a quelques jours, et c’est le dernier épisode  d’une histoire parfaitement exemplaire ce que peuvent produire, main dans la main, l**’industrie musicale, le patriarcat, et les Etats-Unis. **

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Tout commence en 1998...

Britney Spears a 17 ans et est élevée en Louisiane, dans un milieu modeste. Elle a déjà à son actif quelques apparitions à la télévision, dans le Mickey Mouse Club, mais évidemment rien de comparable à la déflagration produite par Baby One More Time. Quelques notes, un clip, une ado en uniforme de collégienne, ce titre sera bientôt un tube, et il sera planétaire.

30 millions d’exemplaires vendus. Dans le monde entier, les adolescentes – et leurs pères – s’affolent pour Britney, qui, très vite, devient modèle et contre-modèle La tenue est sage, la moue innocente, mais la chorégraphie, hyper sexualisée, fait de l’adolescente le lieu même d’une injonction parfaitement contradictoire : ses producteurs ont fabriqué  une machine à fantasmes, tandis qu’en interview, on demande 10 fois, 20 fois à la petite fiancée de l’Amérique, c’est comme ça qu’on l’appelle, si elle est toujours vierge. 

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Britney est une icône dont on veut tout savoir, les moindres faits et gestes, et surtout les écarts : le verre de trop, l’excès de vitesse, les amants, oh mon dieu, dans le tiroir. Sa silhouette, ses tenues, ses comportements sont sans cesse soupesés, évalués, critiqués. Son corps ne lui appartient plus.

Internet explose, les tabloïds aussi, alors les paparazzi la traquent, et le jour et la nuit, alors un jour elle craque. 

Elle se rase la tête et ces photos-là aussi font le tour du monde. Et là, encore, déluges de commentaires, tous allant dans le même sens : Britney est folle, point. Ce qu’on a pas compris, ce qu’elle a dit plus tard c’est qu’elle ne supportait plus qu’on la touche, plus d’être une poupée, une Barbie fétichisée. 

Mais, comme chaque fois qu’une femme dit stop, on ne comprend pas, on n’entend pas et on l’envoie à l’HP. C’est là où finit la chanteuse, après une séparation, où elle voit la garde de ses enfants retirée. S’ensuit une longue dépression, bouclée, donc, par cette mise sous tutelle. 

C’est son père, étrangement réapparu avec le succès de sa fille, qui se met à tout gérer, tout visser, tout contrôler, sur ordre de la justice : les 60 millions estimés de sa fortune personnelle, mais aussi sa santé, et donc le stérilet, qui va avec l’interdiction de sortir, et l’obligation de chanter. 

C’est drôle non, la symbolique du père autoritaire, Deus Ex Machina, de l’homme providentiel appelé au secours pour remettre dans le droit chemin une jeune femme qui, seule, ferait n’importe quoi… Sauf que c’est bientôt fini tout ça. La justice l’a entendue. Elle ne s’est pas encore prononcée sur son cas. Mais, pour la première fois, et pour la suite de la procédure, Britney Spears a enfin le droit de se choisir son avocat. 

Exemplaire, aussi, l’Afrique du Sud, en ce moment… 

Un très bon exemple de ce qu’on appelle un double standard, autrement dit, une règle valable pour les hommes, mais pas pour les femmes. Le débat public, en ce moment, y est vif à très vif. En jeu ? Une proposition de loi autorisant la polyandrie, c’est à dire, pour les femmes, la possibilité d’avoir plusieurs maris. 

Alors, oui, d’accord, les hommes, en tous cas les zoulous, ont le droit d’avoir plusieurs femmes – l’ex président Jacob Zuma et ses quatre épouses ne diront pas le contraire. Ben oui, mais les hommes c’est pas pareil ! Parce que les femmes sont immorales,  c’est connu, et c’est le premier argument des opposants au texte, ex æquo avec le fameux « on ne saura pas qui est le père », vous savez, ce vieux refrain qui nous a valu d’être mises sous cloche pendant des millénaires… 

Et on termine avec ce chiffre…

46% des Britanniques, selon un sondage YouGov, estiment que les femmes, à partir de 36 ans, sont trop vieilles pour devenir mères. Euh… On leur explique qu’en 2021, on se passe très volontiers de leur avis ? Ou alors on demande au père de Britney…

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Giulia Foïs
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