Quand le féminisme et le lesbianisme marchent souvent ensemble  ©Getty - Mixmike
Quand le féminisme et le lesbianisme marchent souvent ensemble ©Getty - Mixmike
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Résumé

Si je vous dis : Adèle Haenel, Alice Coffin, Céline Sciamma… ? Vous me répondez d’abord : figures de la communauté LGBT, porte-voix féministes, ou les deux, forcément les deux mon capitaine ?

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Je vous dirais que les deux marchent souvent ensemble

Ne serait-ce que pour le mépris, la haine ou la peur que suscitent les lesbiennes, comme les féministes, souvent chez les mêmes, d’ailleurs. Quand je dis "marcher", je veux dire physiquement aussi. Adèle Haenel, Alice Coffin et Céline Sciamma étaient même en tête de cortège, fin Avril, pour la première grande marche de la visibilité lesbienne. Première depuis le début des années 80, et ça aussi, c’est un écho, des unes aux autres : 

Les lesbiennes ont conquis ces derniers temps une place dans l’espace médiatique, artistique, et politique qu’elles n’avaient jamais eu, du moins, pas officiellement… 

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Elles ont été portées par la Troisième vague féministe… À moins que ce ne soient l’inverse, que ce soient elles qui l’aient déclenchée, au fond… Car, depuis toujours, le féminisme et le lesbianisme se croisent, s’encouragent, voire s’autorisent l’un l’autre. 

"Le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, la pratique"

Voilà un des slogans qu’on entendait dans cette manif, clin d’œil direct aux féministes des années 70 qui, les premières, se sont interrogées sur les liens entre hétérosexualité et sexisme d’un côté puis homosexualité et libération de l’autre. 

Pour les fondatrices de ce qu’on a appelé plus tard le "lesbianisme politique", le couple hétérosexuel est à la fois la matrice et la clé du patriarcat - au sens où il consacre, entre un homme et une femme, une répartition des tâches et des espaces profondément inégalitaire. 

Donc, si on veut en finir avec ce système d’oppression collective, alors il faut en finir aussi, à un niveau individuel, avec l’hétérosexualité. N’avoir ni mari, ni enfants, devient la meilleure garantie, pour n’être jamais au service de quiconque. 

"Les lesbiennes ne sont pas des femmes", disait la philosophe Monique Wittig

Pas des femmes dans le sens où, ayant échappé à leur destin marital et maternel, alors elles s’étaient délestées de toutes les injonctions faites aux femmes, alors elles avaient toute latitude pour défendre leurs droits, aucun homme, à qui expliquer, que, oui, elles avaient lancé des pavés, mais pas trop fort, défoncé le patriarcat, certes, mais que, eux, elle les adorait. 

Emancipées du regard masculin, et de tout schéma hétéro-normatif, elles avaient, elles ont, entre autres libertés, celles d’être féministes. Liberté qui, par moment, peut paraître très, très tentante. 

Toutes et tous encore coincés dans des rôles, modèles aussi genrés que millénaires…

Cela veut dire qu’à une époque où on se met à parler de charge mentale, émotionnelle, ou sexuelle… A un moment où on se rend compte que, non, les femmes n’ont pas encore tout à fait la maîtrise de leur corps – et je citerais, en vrac, cette gifle reçue par cette femme la semaine dernière parce qu’elle allaitait en pleine rue, ces lycéennes interdites de bahut parce qu’elles y venaient en débardeur, l’accès toujours inégal à l’IVG, plus encore pendant le confinement, confinement qui a vu redoubler les violences conjugales et sexuelles… Dans ces temps, les nôtres, où la déferlante MeToo nous oblige à ouvrir les yeux sur les violences et les inégalités de genre … Difficile quand on est hétéro, de ne pas regarder son couple à la loupe. Impossible de ne pas voir à quel point on est tous, hommes et femmes, encore coincés dans des rôles, et des modèles aussi genrés que millénaires. 

Or parallèlement, les lesbiennes gagnent en visibilité, tandis que les femmes gagnent en indépendance 

Les premières peuvent se marier, et contourner la loi pour faire des enfants, elles peuvent faire couple, elles peuvent faire famille. Des familles qui pourront vivre tout à fait correctement, les secondes ayant aussi conquis le droit de faire carrière et de gagner de l’argent. 

Alors tout converge, tout se recoupe, tout se déconstruit, et le genre, et la norme, et l’orientation sexuelle… 

Alors l’hétérosexualité n’est plus qu’une option. Parmi d’autres. Les hommes ne sont plus qu’une option, parmi d’autres. Evidemment, on ne choisit pas d’être homosexuel. Evidemment, l’homosexualité ne suffit pas à être heureux en ménage. En revanche, tout porte à croire que, dans un tel contexte, les femmes soient de plus en plus nombreuses à essayer. À se l’autoriser. S’autoriser à aimer des femmes, s’autoriser à se passer des hommes, "dans leur tête comme dans leur lit" selon un autre slogan féministe. Et c’est sans doute ce qui, justement, attise la haine homophobe et masculiniste : ces femmes-là ont le culot de contester un potentat, crime de lèse virilité qu’on ne leur pardonne pas… 

Mais là, je n’y résiste pas :

Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette

Formule de Gloria Steinem, grande féministe américaine, qui répondait aussi, quand on lui demandait pourquoi elle n’était pas mariée alors qu’elle était si belle : 

Je n’ai jamais réussi à faire l’amour en captivité. Ca va, c’est de l’humour… On peut plus rien dire

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Giulia Foïs
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