Trois conseils de lectures féministes
Trois conseils de lectures féministes  ©Getty - Tara Moore
Trois conseils de lectures féministes ©Getty - Tara Moore
Trois conseils de lectures féministes ©Getty - Tara Moore
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Après la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Giulia Foïs partage quelques conseils de lectures consacrées à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, à la sororité, à l'histoire des féminismes, aux menstruations, à l'éducation sexuelle comme au syndrome prémenstruel...

Le choix fut difficile tant les essais féministes abondent en ce moment. C'est réjouissant ce bouillonnement, cette créativité, ça pulse de tous les côtés. Qui l'eût cru il y a trois ans encore ? Étiqueter un livre féministe est désormais un atout commercial, dixit les libraires eux-mêmes. 

"En finir avec les violences sexistes et sexuelles : manuel d'action" de Caroline de Haas

▶︎ Chez Robert Laffont

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Le monde change. On a la chance de vivre ce moment où, entre autres choses, on se prend à penser que, un jour, on pourrait en finir avec les violences sexistes et sexuelles. C'est le titre de ce manuel d'action mis au point par Caroline de Haas, après des années de luttes entre Osez le féminisme et le collectif Nous toutes. 

Cet essai est fondamental. Il est la démonstration calme, argumentée, implacable, que les violences ne sont pas une fatalité. L'homme ne naît pas violent, il le devient, sauf si on s'y met tous, qu'on se serve de cette vague d'émotion et de témoignage nés avec #MeToo pour enfin passer à l'action. C'est possible, à condition d'abord de savoir de quoi on parle. 

Une femme sur deux, par exemple, victime au moins une fois dans sa vie d'au moins une forme d'agression sexuelle.

Et on dit bien "agression", "harcèlement" ou "viol", pas "attouchements", pas d'abus parce qu'on ne parle pas d'une plaquette de chocolat non. 

Caroline de Haas pèse chaque mot, donne des chiffres, redessine les lignes du délit, voire du crime, retrace les contours de ces violences tout en les disséquant de l'intérieur. C'est tout l'intérêt de ce livre : apprendre à les reconnaître pour soi comme pour les autres, décrypter leur fonctionnement pour pouvoir alerter et même stopper. 

7 min

Comme, par exemple, ce qu'on appelle la stratégie de l'agresseur : isoler, dévaloriser, inverser la culpabilité, instaurer la peur, assurer son impunité… Ça, vous le retrouvez partout dans toutes les histoires de violences sexuelles. C'est le même schéma. Le comprendre, c'est apprendre à repérer les victimes. Condition sine qua none, évidemment, pour leur venir en aide. Toute la question étant comment ? Là aussi, Caroline de Haas est limpide : un cri, voire plusieurs chez la voisine du dessus, un coquard sur le visage d'une voisine de bureau… On fait quoi ? D'abord, on lui pose la question, c'est tout bête. Poser la question, c'est dire qu'on est prêt à entendre, à croire, à accompagner jusqu'à la plainte, oui. Faut-il pousser une victime à porter plainte ? La réponse dans ce livre indispensable, dédié à toutes celles qui se sont abîmées, à toutes celles qui se sont relevées, à celles qui n'y sont pas arrivées. Les droits d'auteur seront intégralement reversés au collectif Nous Toutes. 

"Herstory. Histoire(s) des féminismes" de Marie Kirschen et Anna Wanda Gogusey

▶︎ Editions La ville brûle

C'est un dictionnaire du féminisme, voir même plutôt des féminismes, parce qu'il y en a plusieurs. Vous l'apprendrez en lisant ce livre essentiel pour ne pas être totalement largué dans ce monde post-#MeToo, où rarement un dîner ne se termine sans qu'on ait parlé de sexisme bienveillant, de charge mentale, d'intersectionnalité ou de culture du viol. 

Marie Kirchen écrit bref, elle écrit, précis, elle écrit, fluide.

Avec elle, vous saurez ce que "grossophobie" veut dire, ce que le male gaze implique ou encore d'où vient ce mot "féminazi". Oui c'est un animateur de radio américain du genre ultraconservateur qui, dans les années 90, appelait ainsi toutes celles qui se battaient pour élargir le droit à l'avortement. Car pour lui, autoriser l'IVG, c'était permettre une nouvelle Shoah… Ce qui s'appelle avoir le sens de la mesure et qui rappelle l'utilité de connaître l'origine des termes que l'on emploie.

"Chattologie. Un essai menstruel avec des dessins dedans" de Louise Mey et Klair fait grr 

▶︎ Chez Hachette 

C'est un essai menstruel avec des dessins. Parce qu'on est dans un monde quand même où on a absolument aucun souci à se demander des Kleenex mais, par contre, dès qu'il s'agit d'un tampon, là, on regarde ses pieds, on baisse la voix et on rougit comme s'il y avait de quoi avoir honte…

Pas tout à fait de notre faute, cela dit, quand on pense à comment toutes les civilisations ont profité des règles pour déclarer les femmes impures. C'est dire s'il y a un sujet, c'est dire s'il est utile cet essai. 

On y croise l'histoire, la biologie, la philosophie pour vous parler aussi bien de cycle reproductif que de tampons toxiques, de droit à disposer de son corps que de Pline l'Ancien, tordant le cou à une flopée d'idées reçues. 

Au passage, c'est un silence vieux comme le monde qu'on fait enfin parler et ça fait un bien fou.