Avons-nous encore besoin des cartes routières ? ©Getty - Greg Pease
Avons-nous encore besoin des cartes routières ? ©Getty - Greg Pease
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Résumé

Les ventes ont baissé certes avec l'arrivée du GPS, mais les cartes routières n'ont pas disparues. À quoi tient l'intérêt d'une carte, quand il suffit d'ouvrir une application pour avoir un trajet tout fait ?

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Un objet un peu désuet qui résiste encore et toujours

Comme un fameux petit village de gaulois, à l’invasion du GPS et du tout numérique. La carte routière ou la carte de randonnée, c’est un peu comme le téléphone fixe, une réalité que les moins de 20 ans connaissent de moins en moins puisqu’on le sait, désormais le plus court chemin d’un point à un autre, passe par le smartphone. 

Mais justement, le plus court chemin : pas le plus beau, ni celui qui permet de faire un détour par une route proche de la rivière au bord de laquelle on pourrait pique-niquer, ni surtout le chemin que l’on aura choisi… Le GPS choisi pour nous le chemin le plus court ou le moins embouteillé, mais avec une carte, c’est moi qui choisit la route et c’est moi qui mesure la progression du trajet et qui me repère à partir de ce que j’observe. La carte routière ne me guide pas mais me permet de devenir moi-même le guide du voyage. 

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Tout un rapport à l’espace et aux territoires traversés qui change

La carte routière organise l’espace, tandis que le GPS le fonctionnalise. La carte met de l’ordre, elle hiérarchise des informations, elle rend possible une vue d’ensemble, là où notre regard ne porte que sur quelques kilomètres. 

La carte routière permet de dépasser la situation déterminée de notre position pour nous permettre de comprendre un espace et de choisir les trajets que l’on pourrait y tracer. La carte est une abstraction qui fait du bien. Et c’est assurément cela la première leçon philosophique de la carte routière ! Pourquoi ? Parce que c’est une abstraction qui nous permet de comprendre - au sens strict, de prendre avec soi, d’embrasser d’un seul coup d’œil - les caractéristiques d’un espace qui excède largement ce dont je peux faire l’expérience…. Et c’est pour cela qu’elle permet au voyageur de se repérer et qu’elle lui évite les désagréments de l’aventure et des aventuriers, qui partant précisément à l’aventure, ne savent pas vraiment où ils vont….

Ainsi la carte m’éloigne du réel en un sens, mais pour mieux y revenir, en me permettant de le comprendre, de m’y repérer et de choisir mon trajet. C’est une abstraction certes, mais qui rend libre de se déplacer. Le détour par l’abstraction est la condition de notre maîtrise du trajet. 

Mais attention à ne pas aller trop loin

À ne pas prendre la carte pour le territoire et à ne pas confondre la représentation abstraite et la réalité de l’espace traversé. À ne pas quitter la carte des yeux, on risque paradoxalement de se perdre,…et de s’engager sur les chemins tortueux de disputes mémorables dans la voiture. C’est la deuxième leçon philosophique de la carte routière. Savoir où l’on est et savoir où l’on va, cela requiert un aller-retour permanent entre la carte et le paysage que l’on voit par la fenêtre, entre la représentation du réel et l’expérience que l’on en fait. La carte est un dessus utile, mais qui ne doit pas nous faire oublier ses dessous. Parce que le voyage n’est pas qu’un trajet. Il y a des couleurs aussi, des odeurs, des lumières, des bruits, des branches d’arbres dans le vent, le soleil qui se reflète sur l’eau et des hommes et des femmes que l’on peut rencontrer à chaque étape….tout ce dont une carte ne pourra jamais rendre compte….

Voilà donc toute la richesse et toute la limite de la carte : nous en avons besoin pour comprendre le voyage que nous faisons, mais comprendre une carte ne suffit pas à faire le voyage qu’elle rend possible. 

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Thibault de Saint-Maurice
Thibault de Saint-Maurice