Une philosophie sur la fin du masque obligatoire
Une philosophie sur la fin du masque obligatoire
Une philosophie sur la fin du masque obligatoire ©Getty - Dmitry Marchenko / EyeEm
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Résumé

Thibaut revient sur la fin annoncée pour lundi prochain de l’obligation de porter le masque dans les transports en commun. Une réflexion philosophique sur la manière dont on va vivre la levée du masque et pourquoi, si nous en sommes soulagés, il marquera à jamais notre mémoire collective.

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Le masque reste certes obligatoire si l’on se rend dans un établissement de santé, mais à partir de lundi, pour toutes et tous, dans les bus, les métro, les tram, les trains, les avions, les téléphériques et bien sûr, les calèches… on ne sera plus obligé de porter un masque. Avec la levée de cette obligation, le masque disparaît enfin de notre vie quotidienne collective, deux ans après y avoir fait irruption.

Ma question n’est pas de savoir si c’est bien ou pas bien, trop tôt ou trop tard, parce que comme vous l’aurez remarqué, je ne suis pas médecin, mais plutôt d’essayer de réfléchir à ce que la disparition du masque dans notre espace public nous fait à nous.

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Un effet de soulagement

Plus besoin de penser à en avoir toujours un sur soi, plus besoin de le porter bien sûr... Ces masques qui furent l’objet de toute notre attention, qui ont été à un moment l’unique sujet de conversation et qui ont représenté un effort national, vont peu à peu devenir des souvenirs, des traces, des signes de la période singulière de pandémie que nous avons traversé…

À priori on ne devrait pas les regretter ! Mais on pourrait juste prendre le temps de considérer qu’ils vont ainsi devenir encore plus qu’ils ne l’étaient déjà, le signe iconique de cette pandémie de Covid 19. Pendant deux ans, nous avons toutes et tous porté ce masque, de façon plus ou moins permanente, mais de façon collective.

Une référence de vie commune

Il a été le signe le plus simple, le plus quotidien, le plus extérieur et le plus largement partagé que nous vivions une expérience commune, à laquelle chacun, dans sa différence, dans la différence même de son masque ou de sa couleur, était confronté. Et le propre d’une expérience commune, comme l’explique le philosophe Nietzsche dans un paragraphe de Par-delà le bien et mal, c’est de faciliter l’entente et la compréhension d’un collectif. Partager de façon commune la même expérience donne naissance à quelque chose « qui se comprend » écrit Nietzche. Pourquoi ? Parce qu’une forme de vie commune devient une référence partagée. Tous les masques que nous avons portés ont constitué la réalité et deviennent aujourd’hui le souvenir de cette expérience que nous avons collectivement partagée. Riches ou pauvres, malades ou épargnés, jeunes ou vieux, nous avons porté des masques qui ont modifié, pendant deux ans la façon dont nous nous présentions aux autres dans l’espace public. Ce masque, premier élément de protection de soi et des autres a donc révélé la vulnérabilité de chacun comme nouveau dénominateur commun. Et cela faisait longtemps que cela ne nous était pas arrivé collectivement.

La mythologie d'un récit commun gravé à jamais dans nos mémoires collectives

Alors comprenons-nous bien, je ne suis pas en train de faire l’éloge du masque, ni de regretter la fin de l’obligation de le porter dans les transports collectifs. Mais je remarque que ce petit bout de textile non-tissé (je crois que c’est comme cela qu’on dit) est devenu une mythologie à lui tout seul. Mythologie au sens où Roland Barthes parlait de mythologie : comme des éléments de notre quotidien qui deviennent des histoires, des capsules qui enferment un récit commun, des choses qui ne sont plus seulement des choses utiles et fonctionnelles mais aussi des signes d’une époque. Nous avons vécu masqués pendant deux ans. Pendant deux ans ces masques furent le visage paradoxal de nos liens communs. Et même si nous ne les portons plus, cela continue de nous lier les uns les autres, par le souvenir, aujourd’hui, que nous en gardons.

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Thibault de Saint-Maurice
Thibault de Saint-Maurice