Philosophie de la danse avant 2022 ©Getty - Westend61
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Résumé

Comment expliquer que la danse soit aussi indissociable de la fête et nous procure une joie unique ? Car en vérité, danser, c'est être totalement soi et totalement libre de corps et d'esprit, que demander donc de plus !

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Entre la fermeture des boîtes de nuit, l'interdiction de la danse dans les bars, entre cette récente étude du Crédoc qui montre que "vendredi soir" rime avec "sorties" pour seulement 15 % des personnes interrogées et celle de la Fondation Jean-Jaurès, selon laquelle le premier mot qui vient à l'esprit des Françaises et des Français pour décrire leur état est "fatigue", je crois qu'on est réellement en droit de se demander qui aura vraiment envie de faire la fête ce soir et de danser. 

Ce serait une lapalissade que d'expliquer en quoi, en mettant notre corps en mouvement, la danse nous ramène à ce qu'il y a en nous de vivant et de plus terrestre, là où nos existences et nos sociétés hyper techniques et rationnelles nous encoupent quotidiennement. Et de ce point de vue-là, d'ailleurs, d'autres activités physiques le sport, le jardinage ou la marche peuvent produire le même effet. 

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Comment expliquer que la danse soit aussi indissociable de la fête et nous procure une joie unique ? 

Dans un joli petit texte intitulé "Philosophie de la danse", Paul Valéry nous permet de comprendre ce qu'elle a de spécifique. Il y a, nous dit-il, tellement de mouvement que notre corps sait faire, mais qui ne servent à rien et qu'on n'utilise jamais. Par exemple, ces mouvements du cou, des doigts ou des poignets du bharata natyam indien ou ces incroyables mouvements de bassin et des bras du krump. 

Danser, c'est d'abord mobiliser son corps d'une manière inédite et fondamentalement inutile. Mais il y a plus là où danser nous transporte, c'est justement que cela ne mobilise pas seulement notre corps. Le chercheur en sciences cognitives, Étienne Klein explique ainsi que "la sensation de bonheur correspond, du point de vue du cerveau, à un état de parfaite cohérence et d'harmonie de toutes les parties de notre cerveau". Et c'est bien ce que nous expérimentons en dansant. La totale unité du corps et de l'esprit. Pour Paul Valéry, la danse n'est pas qu'un mouvement du corps, mais aussi intériorité pure, le temps, le rythme et l'abstraction de la musique nous mettent dans un état dans lequel il n'y a plus l'extériorité. 

Comme toute activité qui passe par le corps, il n'est pas toujours possible de se libérer totalement du regard des autres quand nous dansons. Mais lorsque nous y arrivons ou lorsque nous dans son sol, tout simplement, alors oui, en effet, il y a bien là, comme une bulle, que nous créons autour de nous et qui nous libère de tout extériorité. C'est la transe, en quelque sorte. 

Pour autant, la danse ne nous coupe pas totalement du monde extérieur. Au contraire, le philosophe Maurice Merleau-Ponty l'a bien montré, toute expérience véhiculée par le corps qui est au croisement du moi et du monde, le corps et moi dans le monde, touchant et touché, voyant et vu en un mot "dedans et dehors". Et enfin, et peut-être surtout, il y a dans la danse une liberté que même la sexualité, en tout cas à deux, n'offre pas toujours, une libération de l'âme et un abandon de tout le corps qui ne requiert ni équipement ni technique. Je peux là, en une seconde, me mettre à danser seule pour moi, pour le seul plaisir d'éprouver la totalité de mon être en vie et en mouvement. Ce que ni le sport, ni le travail manuel, par exemple, ne permettent avec autant de facilité ni d'anxiété. 

Danser, c'est être totalement soi et totalement libre de corps et d'esprit. Et honnêtement, je ne vois pas ce qu'on pourrait demander de plus ! 

Références

L'équipe

Aïda N'Diaye
Aïda N'Diaye
Aïda N'Diaye
Production