Petite philosophie de la terrasse  ©Getty - Urbazon
Petite philosophie de la terrasse ©Getty - Urbazon
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Résumé

Les terrasses des cafés et des restaurants sont de nouveau accessibles et nous offre la possibilité de nous y arrêter, de prendre le temps d'une conversation ou d'une rencontre. Pourquoi les terrasses nous ont tellement manqué ? Pourquoi sont-elles si importantes ?

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Réouverture des terrasses : ça va mieux !

La réouverture des terrasses de café et de restaurant, c’est peut-être le signe le plus visible que ça va mieux ces derniers jours. 

D’autant plus visibles, que ces terrasses en ont profité pour grandir, débordant plus largement sur les places, les trottoirs et sur les rues. Il suffit donc de marcher dans sa ville ou d’aller au centre du village, pour voir de nouveau, des tables, des chaises, des hommes et des femmes attablées pour un café, un apéritif, un déjeuner, en pleine discussion, en pleine lecture, ou en pleine rêvasserie... 

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Et l’on se prend à se réjouir de ce qui pourtant était normal, à se réjouir du retour de ce que l’on a toujours connu, de ces terrasses ouvertes, qui en soi, n’ont rien d’extraordinaires, mais que l’on redécouvre comme faisant partie de la toile de fond ordinaire de notre vie : 

Cet ordinaire auquel nous prêtions si peu attention et qui constitue pourtant la matière première de notre existence

Alors, à partir de cette expérience toute simple, je me dis que, le plus important, ce n’est pas tellement que ce fameux monde d’après soit un monde différent, tout plein de nouveautés, mais peut-être, simplement, un monde que nous prendrions le temps de considérer autrement, auquel nous serions plus attentifs, jusque dans ses réalités les plus ordinaires justement, afin de ne pas passer à côté du fond de nos vies. 

En quoi ces terrasses sont-elles importantes ? 

  • Des refuges du quotidien

Les terrasses des cafés et des restaurants sont d’abord des éléments essentiels de notre déambulation dans l’espace public de la ville ou du village. Du petit matin, jusque tard le soir (enfin quand il n’y a pas de couvre-feu), elles offrent la possibilité du ralentissement et de la pause. On s’y arrête, on s’y repose, sans pourtant se retirer du monde. Les terrasses sont des refuges au cœur de l’agitation. On y change de rythme, on se rencontre au lieu de se croiser. C’est un peu les plages des villes et des villages. On y cohabite pour un temps, assez proches les uns des autres, sans pour autant que cela soit source de conflit et l’on a devant soi, non pas les horizons de la mer, mais ceux de la ville et de la vie qui continue. 

  • Des stoïcien.ne.s en terrasse !

Mais aller en terrasse mobilise aussi une éthique particulière. Surtout ces derniers jours où la météo était capricieuse ! Et il est bon d’être un peu stoïcien pour profiter pleinement de cette expérience. La fréquentation des terrasses nous invite à accepter qu’il y ait des choses qui ne dépendent pas de nous et à transformer notre volonté. Il faut accepter qu’il puisse pleuvoir, qu’il puisse faire trop chaud, que le vent soulève la nappe ou fasse s’envoler les serviettes ou tout simplement que l’on puisse même ne pas y trouver de place ! 

  • Une expérience politique : des règles communes et des conversations ordinaires

D’abord parce qu’elle est un lieu commun et en tant que telle, en tant que lieu que l’on partage effectivement, au cœur même de l’ordinaire de nos vies, elle est un bien commun, un lieu réellement partagé avec des règles communes implicites, qui permettent à chacun d’en profiter. La salle d’un restaurant ou d’un café est un espace aristocratique, il y a des places meilleures que d’autres. En terrasse, tout le monde a la vue et la douceur du soleil en partage : c’est un espace démocratique. 

Mais la terrasse est aussi une expérience politique parce que c’est le lieu commun de nos conversations ordinaires. Même quand on y vient seul on peut se trouver interpellé par des voisins ou décider d’intervenir dans la conversation de la table d’à côté ou encore d’adresser la parole à un autre pratiquant solitaire de la terrasse… C’est dans la réalité de ces conversations démultipliées que nous nous rencontrons et que nous nous reconnaissons les uns les autres…

La démocratie n’est pas seulement un jeu institutionnel avec des droits et des devoirs, c’est aussi une expérience, celle de la possibilité d’une conversation où toutes les voix peuvent prendre la parole…et pourquoi pas dans le brouhaha d’une terrasse de café !