Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ?
Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ? ©Getty - Hinterhaus Productions
Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ? ©Getty - Hinterhaus Productions
Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ? ©Getty - Hinterhaus Productions
Publicité

Une citation du philosophe Montaigne devenue proverbiale. C’est une façon de souligner le bienfait des voyages, la façon positive dont ils transforment celui ou celle qui voyage et précisément la manière dont ils aideraient les jeunes donc à apprendre et à s’ouvrir au monde.

Cette saison dans sa Chronique, Thibault de Saint-Maurice va questionner notre sagesse populaire : ces proverbes, ces formules toutes faites, ces injonctions ou ces slogans que tout le monde connaît et qui rythment nos conversations et nos vies quotidiennes.

Ce matin : les voyages forment-ils la jeunesse ?

Puisque pour une partie d’entre nous et de nos auditeurs revient de voyage et que nous discutons ce matin d’autres idées de voyages, cela me semble le bon moment pour réfléchir à ce que le voyage nous apporte et singulièrement à ce qu’il apporte à la jeunesse.

Publicité

Les voyages forment la jeunesse, c’est au départ une citation du philosophe Montaigne, tellement partagée et employée qu’elle en est devenue proverbiale. C’est une façon de souligner le bienfait des voyages, la façon positive dont ils transforment celui ou celle qui voyage et précisément la manière dont ils aideraient les jeunes donc à apprendre et à s’ouvrir au monde. Cette idée est tellement forte, qu’elle est même devenue par exemple un programme éducatif européen, le programme Erasmus, qui permet à plus de 100 000 étudiants français, chaque année, d’aller étudier dans un autre pays. Mais qu’y a-t-il de formateur dans le voyage ? Tous les voyages forment-ils de la même manière ? Et pourquoi le voyage est-il particulièrement bénéfique pour la jeunesse ? N’est-ce pas au contraire seulement quand on a accumulé une certaine expérience de la vie, quand on sait à quoi s’attendre, que l’on peut profiter du voyage ?

Pour Montaigne avec le voyage, il s’agit d’abord de « frotter sa cervelle contre celle d’autrui »

Oui c’est ce qu’il écrit et il en fait la ligne directrice de toute son œuvre. Ce que Montaigne comprend, c’est que le voyage à « l’étranger », comme on dit, est en fait une invitation à devenir soi-même un étranger pour les autres. Et il est vrai qu’en toute rigueur, quand je vais en Italie par exemple, c’est bien moi qui devient un étranger pour les Italiens, tandis que les Italiens qui m’entourent sont bien chez eux. Le voyage est donc une double rencontre : celle d’autres que moi, et celle de moi-même comme un autre, aux yeux des autres. Et c’est cela qui est formateur. Parce que cela implique un recul sur soi et son petit nombril. Pour un « jeune », dont l’univers se réduit au début à l’environnement proche qui l’éduque, le voyage constitue assurément une ouverture à d’autres manières de vivre. Ce qui se forme en lui alors c’est la possibilité d’élargir sa conception de la culture, des valeurs, des modes de vie et finalement de l’humanité toute entière.

Mais encore faut-il que le voyage entrepris permette cela. Qu’il ne reste pas dans les sentiers battus d’un tour déjà tout tracé. Qu’il y ait de la place pour l’imprévu et la rencontre, pour le détour et la surprise. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas besoin de partir bien loin pour commencer d’en sentir les effets.

Quand on demandait, à Montaigne, pourquoi il avait tant voyagé, il répondait : « je sais bien ce que je fuis et non pas ce que je cherche ». Voilà toute la sagesse du voyage ! Ce qui nous fait voyager au fond, c’est une ignorance, une absence de préjugé. A quoi bon voyager si l’on sait déjà tout ? Et la jeunesse n’étant pas qu’une question d’âge, mais bien d’état d’esprit, les voyages sont donc particulièrement formateurs pour tous ceux, quel que soit leur âge, qui reconnaissent volontiers qu’ils n’ont pas fini de chercher….