image d'illustration. (Getty Images/Owen Franken)
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Cette semaine Thibaut de Saint Maurice questionne une des injonctions que l’on entend le plus à propos de l’alcool en général et du vin en particulier : à consommer avec modération !

Si cette injonction est devenue une évidence à force d’être répétée, elle est pourtant bien paradoxale.

Inviter à la modération dans sa consommation de vin, c’est s’adresser à nous, les buveurs potentiels, en nous considérant comme des individus capables de se modérer, c’est-à-dire d’exercer un contrôle sur notre consommation, de réfréner par exemple un désir de boire, de résister à l’enthousiasme du repas partagé ou de la fête, de trouver, comme disait Aristote un juste milieu entre deux excès. Bref, rappeler qu’il faut consommer avec modération résonne en fait comme un rappel que nous sommes des êtres responsables de nous-mêmes parce que nous sommes des êtres autonomes. Capable d’exercer un contrôle sur nos actions et nos désirs par le seul pouvoir de notre volonté.

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Mais si c’est le cas, pourquoi donc avoir besoin de nous le rappeler ? Et à quoi bon ? Puisque nous sommes supposés capables de nous modérer, donc d’être autonomes, nous ferons bien ce que nous voulons avec cette bouteille de vin… Le paradoxe est donc le suivant : ou bien nous sommes autonomes et il n’y a que nous pour décider s’il faut consommer modérément ou pas. Ou bien nous ne sommes pas autonomes, et dans ce cas cela ne sert à rien de nous inviter à modérer notre consommation de vin, tout simplement parce que sans autonomie, il n’y a pas de modération possible.

Cette injonction est-elle donc complètement inutile ?

Non, puisque nous voyons bien, toutes et tous, les différents dangers que fait courir l’ivresse, pour soi, pour sa santé et pour les autres. Mais dans son principe, dans son énonciation et dans sa répétition, cette injonction nous conduit au plus près de la complexité de notre individualité politique. Ce qu’on appelle aussi, pour faire bien, le problème de l’autonomie. C’est une difficulté qui est envisagée dès les débuts de la réflexion politique sur la démocratie moderne, par Rousseau par exemple dans son Contrat Social. Tout le problème c’est que nous sommes des individus singuliers, des hommes et des femmes pris dans des caractères, des situations de vie, des désirs particuliers et à la fois et en même temps, des citoyens, adultes et responsables ou du moins devant être traités comme tels dans une démocratie.

Nous ne sommes à la fois pas tout à fait autonomes et à la fois puisque nous sommes en démocratie, nous devons l’être pour faire la loi et y obéir. Notre autonomie est donc à la fois le fondement de la démocratie en tant que nous sommes citoyens et à la fois le résultat de notre vie démocratique en tant que nous sommes des individus. Consommer du vin avec modération, c’est donc le citoyen en nous qui parle à l’individu que nous sommes et qui l’invite à faire le pari de son autonomie pour être effectivement capable de ne pas prendre le verre de trop et pour ne pas céder à l’ivresse.

Cette injonction n’est donc pas contradictoire. Ou du moins elle procède d’une certaine logique politique : c’est parce qu’on est reconnu comme étant capable de nous modérer, que nous allons pouvoir effectivement faire l’effort de contrôler tout ce qui pèse sur nous, malgré nous…

On peut le dire autrement en reprenant la manière du philosophe Kant : « on ne peut mûrir pour la liberté, si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté ». Ou si vous préférez, c’est en forgeant que l’on devient forgeron… mais ça, ce sera pour une autre fois.

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Thibault de Saint-Maurice
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