Nos vies ne tiennent-elles vraiment qu’à un fil ?
Nos vies ne tiennent-elles vraiment qu’à un fil ? ©Getty - SEAN GLADWELL
Nos vies ne tiennent-elles vraiment qu’à un fil ? ©Getty - SEAN GLADWELL
Nos vies ne tiennent-elles vraiment qu’à un fil ? ©Getty - SEAN GLADWELL
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Thibaut sort à sa manière ses aiguilles et ses pelotes pour se demander si nos vies ne tiennent vraiment qu’à un fil. Cette expression proverbiale interroge la fragilité de chacune de nos vies et elle le fait depuis bien longtemps puisqu’elle remonte à l’Antiquité greco-romaine.

Elle remonte à ce mythe des Trois Parques, des divinités un peu mystérieuses qui mesurent la vie des hommes et président à leurs destinées en déroulant des bobines de fils symbolisant les vies humaines qu’elles peuvent couper à tout moment.

Que nos vies soient fragiles comme un fil, c’est une expérience que nous avons toutes et tous déjà fait et que nous faisons régulièrement tous les jours. C’est terrible, mais tout peut s’arrêter à tout moment : j’aurai pu ne jamais arriver dans ce studio ce matin, je peux, en sortant de ce studio, être renversé par une voiture, mon cœur peut s’arrêter, je peux être victime d’une agression ou d’un attentat… Il y a certes divers niveaux de probabilités dans tout cela, mais tout cela reste possible à tout moment. En philosophie on appelle ça la contingence de nos existences. Nos vies se déroulent sous le règne de la possibilité d’être ou de ne pas être comme dit l’autre, d’être encore ou de n’être plus, à chaque instant. Comme un fil qui rompt ou qui est coupé justement. C’est terrifiant mais c’est sans doute aussi ce qui contribue à la valeur de tout ce que nous faisons…

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Mais nous voyons bien que nos vies ne se résument pas qu’à un seul fil

Oui à mesure que nous agissons, que nous faisons des projets, que nous rencontrons d’autres vies que les nôtres, nous tissons des liens avec le fil d’autres vies. Ce fil de notre vie nous le tricotons avec les fils du monde, des choses et des autres.

Chaque instant, chaque émotion, chaque pensée, chaque conversation est une maille que nous ajoutons à l’étoffe de notre existence. Jusqu’à nous tricoter une identité à partir de tout cela comme le pense le philosophe Paul Ricoeur avec sa belle idée d’identité narrative. Pour Ricoeur, ce qui fait l’identité de chacune ou de chacun d’entre nous, ce n’est pas un ensemble de caractéristiques stables et identiques, comme un caractère, un nom, une taille ou la couleur de nos yeux…mais c’est plutôt un ensemble de récits que nous tissons et que nous recomposons au cours de notre vie. Nous sommes à la fois celui ou celle qui tricote et à la fois ce que nous tricotons. Notre vie comme dit Ricoeur est « un tissu d’histoires racontées » sur lequel nous pouvons configurer et reconfigurer de nouvelles trames en permanence.

Et c’est peut-être là au fond, une bonne nouvelle. Parce qu’à mesure que nous tricotons notre vie ou que nous tissons notre identité, avec des mailles toujours plus serrées et toujours plus de rang, nous leur donnons plus de solidité. Certes la déchirure, le trou, l’effilochage sont toujours possibles à tout instant. Mais n’en déplaise à nos trois copines Parques, Nona, Decima et Morta, plus il y a de fils, plus il y a de mailles et plus il y a la possibilité que les fils de nos vies, mêmes rompus, continuent d’être tricotés par d’autres, perpétuellement.

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Thibault de Saint-Maurice
Thibault de Saint-Maurice