Le chanteur Arthur H invité de l'émission La Grande librairie sur France 5 le 4 octobre 2019 ©Getty - Eric Fougere/Corbis
Le chanteur Arthur H invité de l'émission La Grande librairie sur France 5 le 4 octobre 2019 ©Getty - Eric Fougere/Corbis
Le chanteur Arthur H invité de l'émission La Grande librairie sur France 5 le 4 octobre 2019 ©Getty - Eric Fougere/Corbis
Publicité
Résumé

Pour parler ce matin de poésie, de poésie dans la chanson, et bien sûr, dans la vie, Charles Pépin a la joie de recevoir le poète et chanteur Arthur H qui l'a rejoint un peu en retard (et lui a bien fait peur) pour nous aider à répondre à cette belle question sur la nécessité de la poésie.

avec :

Arthur H (Chanteur, auteur, compositeur, interprète).

En savoir plus

Je voudrais vous raconter l'histoire de la poésie. Bonjour, ou plutôt l'histoire d'un homme, d'un jeune homme. La poésie, il croit que ce n'est pas pour lui. Il croit qu'il faut savoir qu'il faut avoir appris à avoir chez soi de vieux livres reliés dans la poche de sa veste en velours, un petit carnet de cuir. Il croit qu'il faut maîtriser les mots, connaître des mots compliqués et avoir en soi des choses complexes à faire sortir avec des mots compliqués. Et puis un jour, tout change. C'est un jour bizarre, un jour de désillusion, mais pas seulement.

Il s'est pris un coup, un coup à l'ego, mais il ne l'a pas si mal pris.

Publicité

C'est comme un coup sur la tête qui l'a rendu plus présent. Et ce jour-là, il commence à voir, à regarder autour de lui. Ce petit crachin, finalement, n'est pas si dégueulasse que ça. C'est comme si le monde se mettait à flotter dans une lumière nouvelle un peu irréelle. Il se sent bien, soudain. Dans les grandes villes, il ne fait jamais nuit la nuit et jaune foncé. Un jaune d'or et de pisse. La nuit est belle, comme la rencontre fortuite d'un lampadaire et d'un nuage de pollution.

Il ouvre enfin les yeux attentifs, enfin !

Lui qui ne savait qu'être concentré ou déconcentré. Peut-être que la poésie commence là : dans l'attention la plus simple au monde, à soi-même, à ses sensations, à tout ce qui vibre au cœur de la présence, à tout ce qui vient à apparaître. Ce qui surgit et se détache, nous fait signe, peut être visible sur le fond de l'invisible. Il ouvre les yeux. Le monde est là, et lui aussi.

Et puis il y a ce corps, son corps, il l'avait oublié. Nous ne savons pas ce que peut encore écrit Spinoza. Il n'a pas lu Spinoza, mais il est bien d'accord avec lui. Nous ne savons pas ce que peut encore un corps qui sent, perçoit, reçoit la vibration du monde.

Et si c'était ça la poésie ? Recevoir la vibration du monde ? Que le corps s'en fasse la chambre d'écho et que les mots se mettent à vibrer, à danser, à s'embrasser, à faire l'amour comme des possédés. Que les mots arrêtent de résonner et qu'ils se mettent à résonner. Et si c'était un abandon ? La poésie, le contact avec plus grand que soi, avec autre que soi, qui rentre en soi et devient plus soi que soi.

Il n'y a rien à savoir au fond, et ce qu'il y a au fond de moi, c'est peut-être enfin le monde qui prend toute la place. Les mots compliqués jamais ne délivreront le secret de la poésie, le secret de la disponibilité. Il se sent bien maintenant. Tout à sa joie d'être enfin là. Sa disponibilité est une curiosité être disponible à ce que l'on n'attend pas. Et si c'était cela la poésie ?

Extraits de l'entretien

Premier choc poétique avec Baudelaire

"Mon premier choc, je m'en souviens pas précisément, mais c'est quelque chose de familial, pas dans le sens de ma propre famille, mais au sens de sembler retrouver une famille. Quand j'ai lu Baudelaire, j'avais treize quatorze ans, je me suis dit : "Je le comprends, il me fascine, il me fait voyager, et je me sens une proximité d'intimité avec cette personne que je ne connais pas." Et après, ça n'a jamais cessé. Je me suis toujours retrouvé dans le poète, une forme de famille, de grand frère ou de père, ou de mère ou de sœur... Quelque chose de l'ordre de la reconnaissance intime de ce que j'avais en moi, et que je ne pouvais pas exprimer mais que je retrouvais de manière très tangible chez les poètes."

Définir la poésie

Pour Arthur H : "La poésie, 'est de savoir accueillir l'imprévu. Il y a un phénomène que je trouve vraiment très intéressant dans la poésie, c'est celui de disparaître. Je ne suis pas trop dans l'idée d'exprimer quelque chose d'intime de moi-même. Mais en revanche, sentir le monde, à travers ses propres sensations, oui. Même si on a ses propres limites.

Mais la poésie est des très beaux moyens justement, de les dépasser, d'explorer ailleurs que soi. C'est vraiment un moyen assez efficace, assez scientifique. Scientifique ? Parce que je pense qu'on a une fausse image de la science comme quelque chose de très très rationnel, de très collé au plancher. La science, c'est aussi beaucoup d'intuitions, de recherches, de découvertes par l'inconnu, par la surprise. La magie qu'il y a dans la physique quantique actuelle et ce que ça ouvre comme possibilité, je dirais aussi humaine, c'est vraiment merveilleux. Dans la poésie, il y a une sorte d'exploration méthodique de l'irrationnel, et de l'imaginaire."

La poésie est-elle un contact ?

Arthur H ne sait pas : "Il y a tellement de poésie différentes. Il y a la poésie de la langue qui est une tentative absolument nécessaire de libérer la langue de son côté manipulateur, réducteur au monde soi-disant connu. Il faut la sortir de son pouvoir de manipulation sociale, politique, comme la langue de bois... La poésie est l'antithèse de cela, et son antidote.

La chanson "Prendre corps" est l'adaptation d'un poème de Ghérasim Luca, poète juif roumain très marqué par le fascisme et tout son aspect pudibond, et le communisme tout aussi puritain. Arrivé en France, il a voulu s'amuser avec la langue. Il l'a fait d'autant plus librement que le français n'était pas sa langue maternelle. On sent qu'il entend des choses de la langue que nous ne sommes plus capables d'entendre parce que trop habitués."

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

La suite est à écouter...

Références

L'équipe

Charles Pépin
Production
Alicia Vullo
Réalisation
Thierry Dupin
Programmation musicale
Fabrice Rivaud
Collaboration
Romain Couturier
Programmation musicale
Camille Mati
Réalisation
Valentine Chédebois
Programmation musicale
Véra Lou Derid
Collaboration