Dany Laferrière en mars 2018 à La grande librairie ©Getty - Eric Fougere/Corbis
Dany Laferrière en mars 2018 à La grande librairie ©Getty - Eric Fougere/Corbis
Dany Laferrière en mars 2018 à La grande librairie ©Getty - Eric Fougere/Corbis
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Résumé

L'académicien vient nous parler de son identité mosaïque, lui qui est débarrassé du fardeau que portent les écrivains noirs, celui d'écrire sur leur condition collective, sans laisser place à leur expression individuelle.

avec :

Dany Laferrière (Ecrivain).

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Édito de Charles Pépin

Je voudrais vous raconter l’histoire de l’identité, ou plutôt, l’histoire d’un homme. C’est un homme qui n’aime pas trop les étiquettes qu’on lui colle sur le front, il n’aime pas trop les assignations à résidence identitaire parce que ce qu’il aime, lui, c’est le mouvement, c’est le voyage, c’est la fluidité d’une eau qui coule, c’est se mettre en route et inscrire ses pas dans ceux de Basho, poète japonais capable de traverser son pays pour un coucher de soleil et quelques haïkus. Même quand il doit fuir sa terre natale et trouver refuge sur un autre continent, il ne dit pas exil, mais voyage : « je ne suis pas exilé, mais voyageur », d’ailleurs peut-être même qu’il n’est pas voyageur, c’est encore trop - il voyage, c’est beaucoup mieux ainsi, il voyage avec Jack Kerouac, avec Blaise Cendrars, il voyage avec Henry Miller, Il prend la route avec Basho, il n’est pas de ceux qui se lamentent, mais de ceux qui inventent, il n’est pas de ceux qui répètent à l’envi une recette qui marche, il préfère marcher toujours et prendre le risque de faire ce qu’il ne sait pas faire : c’est sa manière de prendre la vie au sérieux, mais sans jamais tomber dans l’esprit de sérieux, dans une identité, dans une terre fermée et étriquée. Il prend aussi beaucoup de bains. La plupart du temps, dans son bain, il lit. Sauf quand il est dérangé par une fille qui lui intime de poser son livre et de fermer les yeux. Cet homme sait que la joie est liquide, liquide comme de l’eau, comme du désir ou comme du vin, qu’il soit bon ou mauvais. Comment pourrait-il ressembler à ces imbéciles chantés par Brassens : « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Lui est né quelque part mais c’est ailleurs qu’il est devenu écrivain, ainsi vogue-t-il d’une appartenance à une autre, chérit-il le multiple en lui quand d’autres restent scotchés à leur unique clocher. Mais à force de voguer, est-ce qu’il flotte ? Qui est-il vraiment, lui qui est de tous les pays en même temps que de celui des livres ? Qui est-il vraiment, lui qui de voyage en voyage ne fait que louer l’immobilité ? Que reste-t-il du moi quand il s’ouvre ainsi pleinement à sa multiplicité ?

Pour en parler ce matin, de ce vertige de l’identité, j’ai la joie de recevoir Dany Laferrière, écrivain haïtien mais aussi canadien, peut-être même un peu japonais, et pourquoi pas un peu américain, Dany Laferrière donc, de l’Académie française, écrivain mais également dessinateur, Dany Laferrière qui nous a rejoint sous le soleil de Platon, dans la caverne de France Inter, pour nous aider à réfléchir à cette difficile question : l’identité multiple est-elle encore une identité ?

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"L’Enfant qui regarde” paru chez Grasset en mars 2022, est le dernier livre de Dany Laferrière. C’est un livre hommage à Gérard Campfort, intellectuel haïtien, poète et chroniqueur, qui avait étudié la philosophie à la Sorbonne.

Références

Programmation musicale

  • 09h25
    Bal de Bamako
    Bal de Bamako
    -M- Toumani et Sidiki Diabaté
    Bal de Bamako

    Album Bal de Bamako (2016)
  • 09h39
    Cry your heart out
    Cry your heart out
    Adele
    Cry your heart out
    Album 30 (2021)
    Label COLUMBIA

L'équipe

Charles Pépin
Production
Alicia Vullo
Réalisation
Fabrice Rivaud
Collaboration
Camille Mati
Réalisation
Valentine Chédebois
Programmation musicale
Véra Lou Derid
Collaboration