Sebastião Salgado
Sebastião Salgado ©Radio France - Estelle Gapp - Aurore Juvenelle
Sebastião Salgado ©Radio France - Estelle Gapp - Aurore Juvenelle
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Comment mettre en lumière la beauté de la nature et la dignité des êtres ?

Avec

L'intro-vérité de Charles Pépin 

  Je voudrais vous raconter l’histoire de la photographie ou plutôt, l’histoire d’un homme. C’est un homme qui attend, l’œil collé au viseur de son appareil photo. Un genou à terre dans les herbes hautes, il attend. Il attend quoi ? Que la lumière soit et que le félin surgisse, il attend le Kaïros des grecs anciens : le moment opportun. C’est pour le saisir qu’il se fait lui-même félin, saisir l’instant du surgissement, l’instant où l’invisible devient visible. 

Une vie de photographe, c’est une vie entière à guetter le surgissement...

... La trouée de lumière dans un ciel chargé, les yeux jaunes de la panthère quand elle relève la tête. Il pense à quoi, pendant qu’il attend ? Est-il concentré, aux aguets, comme l’animal dont Gilles Deleuze parlait si bien dans son abécédaire ? Est-ce un instant méditatif, une manière de rêverie ? Est-ce qu’il pense à son fils qu’il a laissé loin de lui, de longues semaines, pour s’immerger à l’autre bout du monde dans une nature sauvage ? 

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  Attendre est un art, une sagesse. Et puis c’est le déclic, le réflexe, l’intuition. Comment il le sait ? Il ne le sait même pas mais il le sait, c’est maintenant. Le félin a relevé la tête et lui a déclenché. Synchronicité. Ils sont ensemble comme jamais. A jamais. Liés, maintenant. Quelle histoire s’écrit à cet instant là ? Quelle relation s’instaure ? Et quand il photographie un homme dans une mine d’or au Brésil, quand il saisit le regard d’un enfant dans la forêt amazonienne ? Quelle histoire s’écrit ? Les indiens d’Amérique avaient peur d’être pris en photo, ils avaient peur qu’on leur vole leurs âmes. 

Est-il un voleur d’âme, ou au contraire leur défenseur, leur protecteur ? 

Se pose-t-il la question, tandis qu’il attend, plus immobile qu’une statue, dans les herbes hautes chatouillées par le vent ? 

  La lumière est tellement belle, follement belle, que la question est peut-être déplacée. Peut-être qu’il s’agit juste d’être là, à sa place, au milieu du monde, pour voir et donner à voir, pour témoigner et capturer des traces. Oui, il existe un monde, une terre, un ciel qui surgissent, abritent des hommes et des bêtes d’une infinie dignité. Il attend, il attend, que la lumière soit faite sur cette dignité. 

Pour en parler ce matin, du pouvoir de la photographie et de la dignité de tout ce qui est vivant, j’ai la joie de recevoir l’immense photographe Sebastião Salgado, qui nous a rejoint sous le soleil de Platon, pour nous accompagner sur le chemin de cette belle question : 

"Que peut une photo ?"

▶︎ VOIR  👀   l'Exposition "Amazonia" de Sebastião Salgado, sur une musique de Jean-Michel Jarre, à la Philharmonie de Paris jusqu'au 31 octobre

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