Fanny Ardant, 2021. (Mondadori Portfolio) ©Getty
Fanny Ardant, 2021. (Mondadori Portfolio) ©Getty
Fanny Ardant, 2021. (Mondadori Portfolio) ©Getty
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Résumé

Fanny Ardant, actrice mythique, maint fois récompensée pour des rôles variés, est aussi une grande lectrice des auteurs grecs. Sa philosophie tend entre révolte et acceptation souveraine. Elle vante à la fois la singularité et la présence à toute chose.

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La lumineuse Fanny Ardant est l'invitée de Sous le soleil de Platon pour aborder cette belle question : a-t-on raison de se révolter ? Cette question que Sartre a posée en son temps, et que Camus avait posée avant.

59 min

Se révolter pour soi et pour les autres

À la question "faut-il se révolter ?", Fanny Ardant répond sans hésitation :

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"Oui, ça fait quand même partie des choses essentielles, comme un droit irrévocable. Vous avez dit cette phrase : 'je me révolte, donc nous sommes.' Je pense que c'est fondateur. Et que la révolte ne doit pas arriver au bout d'une vie gâchée ou d'une vie détruite. Je pense qu'il faut apprendre très vite que toute autorité, que toute loi, que toute obligation peut être mise en discussion et que c'est très jeune qu'il faut nous habituer à ne pas tout accepter, en disant par exemple que c'est la loi qui le dit, c'est le prof qui l'a dit, c'est le président de la République qui l'a dit... Je pense que dans la révolte perpétuelle comme dans l'orgie perpétuelle, il y a quelque chose où vous ne serez jamais enfermé. Bien sûr que c'est fatiguant pour vous et pour les autres, mais la révolte permet d'être clairvoyant, de voir plus loin que son propre cas." Se révolter fait donc aussi partie d'un apprentissage.

Mais Fanny Ardant admire aussi l'acceptation, non comme une résignation, mais comme une offrande. Elle explique : "Vous vous offrez avec humilité en disant : je ne suis rien, je n'ai pas besoin d'être quelque chose. Je suis dans cette offrande. C'est-à-dire que vous n'avez envie de réussir... rien. Vous n'êtes pas de ce siècle, vous n'êtes pas de ce monde. Vous ne voulez rien prouver aux autres. Vous n'avez pas de désir d'argent, pas de désir de gloire, pas de désir. Vous êtes un être pur."

Pour elle, la seule chose qui vaut, c'est l'amour, comme elle l'explique : "La seule chose qui s'oppose à la révolte ou à la résignation, c'est l'amour. Je pense que dès qu'on est plein d'amour, on oublie cette colère, on oublie ça. Et puis on peut vivre une vie de tous les jours qui semble prosaïque, pas forcément formidable, mais comme l'amour peint tout en or. Je pense que la révolte prend la place que l'amour a laissée vide." Elle ajoute : "je trouve, que quelqu'un qui réussit une vie amoureuse, c'est comme quelqu'un qui aurait fait un chef-d'œuvre, comme s'il avait bâti Notre-Dame ou n'importe quel tableau. Je pense que si tu es heureux en amour, ça y est, tu as gagné tes titres de noblesse."

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Être dans le moment présent

Fanny Ardant dit avoir été marquée par le livre de Simone Weil, "La Pesanteur et la Grâce", dans lequel la philosophe parle beaucoup de présence, qu'on a du mal à goûter pleinement actuellement. C'est ce que l'actrice cherche dans un rôle ou dans la vie, comme elle l'explique : "Être dans le moment absolument présent. Parce que moi j'avais cette notion très jeune de l'éphémère, ça ne reviendra plus jamais, ça ne se passera plus jamais. Cette fameuse phrase : 'On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.' Et ça, pour moi, je trouve ça tragique. Donc, si vous n'êtes pas complètement dans le moment où vous existez avec ce que vous êtes en train de faire, de déjeuner, de boire du vin, de fumer une cigarette, de chanter, de danser, de pleurer... vous êtes toujours ailleurs. À dire : 'ce serait bien si je faisais ça...', parce que vous êtes peut-être dans des stratégies. Pour moi, c'est l'anti-stratégie, le moment présent. Rien ne remplacera un moment présent."

Elle ajoute : "Ça peut même être quand vous traversez un lac ou un étang, la lumière portée sur cet étang à tel moment de la journée, ça ne reviendra plus jamais. Et puis, par exemple, vous vous rappelez, quand vous êtiez un enfant, votre famille, vos frères et sœurs, les vacances... Pourquoi cela a quelque de magique ? Parce que c'est fini."

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Références

L'équipe

Charles Pépin
Production
Alicia Vullo
Réalisation
Thierry Dupin
Programmation musicale
Romain Couturier
Programmation musicale
François Audoin
Réalisation
Estelle Gapp
Estelle Gapp
Estelle Gapp
Collaboration
Valentine Chédebois
Programmation musicale
Aurore Juvenelle
Collaboration