La Nouvelle-Orléans : la mystique des Black Indians ©Getty - suteishi
La Nouvelle-Orléans : la mystique des Black Indians ©Getty - suteishi
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Résumé

De Geronimo à Jimi Hendrix, il y a un lien de filiation naturelle. C'est l'histoire d'une des tribus les plus secrètes du monde, les Black Indians, toujours célébrée dans la capitale spirituelle des Caraïbes, la Nouvelle-Orléans.

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Les Indiens pensaient que les terres qui sont sous le niveau de la mer sont le pays du rêve. Pour cette raison, ils étaient établis sur la rive opposée de l'actuelle Nouvelle-Orléans, une terre sur laquelle ils pratiquaient les rites funéraires. Il y avait un endroit particulièrement sacré pour eux, un promontoire dont les colons firent un parc.

D'abord espagnole, puis française, puis américaine, la Nouvelle-Orléans était sans doute l'endroit du monde où se côtoyaient autant de cultures que dans la Rome antique, pour le moins autant que les ethnies qui la composaient, avec malgré tout une forte dominante catholique.

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On l'a vu, le catholicisme cohabitait aisément avec le polythéisme africain. Les Français, plus permissifs que les Anglosaxons en matière de religion, toléraient que leurs esclaves se livrent à leurs cultes africains le dimanche matin, dans un parc qui autrefois était un cimetière indien et que l'on rebaptisa "Congo Square".

Le dimanche matin, il y avait foule pour admirer les danses. Les riches planteurs reluquaient les fesses cambrés des jeunes filles nubiles, les femmes blanches n'étaient pas insensibles aux corps athlétiques des danseurs, des musiciens tâchaient, eux, de relever la complexité des rythmes africains, les enfants s'amusaient à imiter les danses. C'est au cours de ces joyeuses fêtes païennes que naquit la musique la plus métissée du monde : le jazz.

Treme est le quartier des musiciens de la Nouvelle-Orléans. C'est aussi une série TV magnifique, diffusée en 2010 avec HBO, qui raconte comment les habitants de ce quartier essaient de reconstruire leur vie après l'ouragan Katrina. Dans le tout premier épisode, un vieil homme noir, que tout le monde appelle Chief, demande au shérif du district de l'aide pour reconstruire un bar. Ce bar est un symbole, c'est le lieu de réunion des anciens, le phare du quartier, l'épicentre de la vie sociale. Le shérif répond qu'il a bien plus urgent à faire, qu'il y a encore des cadavres dans les maisons, qu'il y a peu de chances que le carnaval puisse avoir lieu, qu'il lui foute la paix avec son bar. Scène suivante. Extérieur nuit. Le shérif dort. De la rue, lui parvient le son d'un tambour. Il se lève, soulève le store de sa fenêtre et soupire. Le vieil homme joue du tambour avec une coiffe immense de chef indien. Si tout le monde l'appelle Chief c'est qu'il est vraiment un chef de haut rang chez les Black Indians. Un chef qui use maintenant de l'autorité sacrée dont il est investie pour appuyer sa demande : reconstruire cet endroit de réunion, là ou le quartier prend vie. C'est pour lui une question de vie ou de mort.

Avant Katrina, la Nouvelle-Orléans était une ville à majorité noire. Après le passage de l'ouragan, qui dévasta surtout les quartiers pauvres, elle est devenue une ville blanche. Sur 500 000 habitants, 200 000 ne sont jamais revenus. Ce que raconte Treme, c'est la reconstruction d'une ville, de ses habitants et surtout des rites de cette cité magique, du carnaval, du vaudou, des chants indiens.

La mystique des Black Indians englobe toutes les mystiques de la Nouvelle-Orléans. Les Black Indians sont les enfants d'un métissage qui va donner au monde une de ses musiques les plus expressives : le blues lui-même, à la racine du jazz, de la soul, du rythm'n blues, du rock, bref, de toutes les musiques populaires qui, au XXᵉ siècle, vont conquérir paisiblement la planète.

Parmi les glorieux musiciens afro-américains représentant de cette nation discrète, James Brown, d'origine apache, Ben Harper, d'origine cherokee, Lena Horne, d'origine sioux, Mickael Jackson, choctaw du côté de son père et pied-noir du côté de sa mère, Beyoncé, Rosa Parks, Tina Turner (cherokee et navarro), Oprah Winfrey, Jimmy Hendrix, Duke Ellington, Muddy Waters et Chuck Berry tous Cherokee.