Louis Armstrong vers 1940 ©Getty - William Gottlieb
Louis Armstrong vers 1940 ©Getty - William Gottlieb
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Résumé

Comme les saumons remontent les fleuves pour se reproduire, les musiciens de La Nouvelle-Orléans ont remonté le Mississippi jusqu'à Chicago avant de répandre le jazz dans le monde entier.

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Le jazz de La Nouvelle-Orléans est né dans Les Marchin'day ces fanfares qui défilent dans la ville pour fêter Mardi-Gras ou pour accompagner les enterrements. À Chicago, on joue cette musique dans les clubs desormais. Alors le tuba, qui permet d'assurer les basses tout en marchant, est remplacé par la contrebasse, dont le jeu est beaucoup plus subtil. De même, à l'aboiement râpeux du banjo vient se substituer le jeu du do et plus fin de la guitare. Les cuivres débraillés qui font le charme du dixieland se canalisent.

Dans un dixieland, le thème exposé à la clarinette est repris instantanément par la trompette, comme en écho. Puis la clarinette reprend la main pour une seconde phrase pendant que la trompette finit le premier motif, ce qui crée un discours continu qui se répète sans fin à l'intérieur de lui-même, produisant un joyeux capharnaüm organisé.

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Ce récit à plusieurs, élaborées dans les bordels, et les parades, de la Nouvelle-Orléans, va se structurer à Chicago

Il est désormais plus écrit, harmonisé. On se répartit les rôles d'une manière plus structurée. Pour les improvisations, on organise l'espace afin que le soliste, désormais seul, soit bien en avant et qu'il assure un récit avec une vraie dramaturgie, un début, un milieu, et une fin, qui doit finir en apothéose devant un public galvanisé qui brûle son enthousiasme.

Un seul morceau peut facilement durer une demi-heure

Et le public, soumis à un ascenseur émotionnel, se retrouvent hébétés par ces assauts incessants. Armstrong participe à cette nouvelle forme musicale qu'on appelle le swing. Il a plus d'espace, plus de liberté. Il épanouit ses solos.

Tous les musiciens sont désormais tendus vers des rythmiques plus efficaces pour permettre au soliste de s'envoler.

La pratique du jazz est collective et individuelle à la fois. Il n'y a pas de cours à l'époque. Les musiciens de jazz qui savaient la musique sont très peu nombreux, et c'est ce qui les sauve. L'Enseignement de la musique passe par l'oralité. L'écrit est un substitut est un pense-bête, une manière de se rappeler, et de pouvoir reproduire l'éphémère. Le problème est qu'on a commencé à se figer sur le texte, sur l'écrit.

Ce qui est fou, c'est que le principe d'improvisation autour de la note bleue existait déjà dans la musique baroque au temps de Bach. Cette manière de tourner autour des mains se nomme une ornementation, en quelque sorte, on décore le thème, on l'habille. Dans les opéras de Mozart, des espaces de liberté dans les cadences étaient réservés aux chanteurs qui pouvaient donner libre cours à leur imagination. Et parfois, suivant la taille de leur ego, faisaient traîner la résolution jusqu'à ce qu'ils n'y aient plus rien à dire. On oublie cette manière de faire coloratura : "donner de la couleur à une mélodie". On va retrouver exactement le même réflexe chez les jazzmen issus des Misérables. Il n'avait sans doute jamais eu vent de l'art du bel canto, mais il marchait sur les mêmes traces que leurs illustres prédécesseurs.

Références

L'équipe

André Manoukian
André Manoukian
André Manoukian
Production
Anne Weinfeld
Réalisation