Chanteurs de gospel ©Getty - kali9
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Résumé

Au XVIIIᵉ siècle, quand les descendants des puritains du Mayflower christianisent leurs esclaves africains, ils vont leur transmettre un esprit et une organisation. Mais ils vont les priver en quelques années seulement de leurs racines africaines, et ce pour toujours.

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Dans le culte protestant, plus de statues, plus de peintures, plus de saints, plus de Vierge Marie. Les Africains n'ont rien à quoi raccrocher leur dieux africains, contrairement à leurs frères du Brésil ou de Cuba. En l'espace de quelques générations, leur africanité est perdue à jamais. L'acculturation est totale. Il ne leur reste que la musique, mais ils reprennent l'harmonie vocale des chorales de Luther auxquels ils rajoutent les éléments africains des rythmes.

La transe, cependant, ne vient pas d'Afrique

C'est celle des prédicateurs puritains anglais qui, cherchant à retrouver la foi des origines, prêchent pendant des heures. Car sur cette nouvelle terre promise vont débarquer tous les réfugiés des guerres de religion qui sévissent en Europe aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècle. Les quakers anglais fuyant les persécutions du roi Jacques Iᵉʳ, les Anabaptistes allemands voulant échapper à la guerre de Trente ans, les luthériens scandinaves qui sont à l'origine de l'État du Delaware, les presbytériens écossais... : tous sont à la recherche d'un lieu pour pratiquer librement leur religion. Ils sont les fondateurs de la nation américaine.

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Une multitude d'églises maille l'immense territoire américain, chacune étant la première autorité des communautés qu'elle agrège. Les Africains vont, eux, être autorisés dans un premier temps à pratiquer leur culte dans les champs. C'est pour ça qu'on les appelle les "camp-meetings". Il faudra attendre le milieu du XIXᵉ siècle pour qu'ils aient enfin le droit de construire leurs églises en dur. C'est ainsi que naît le "negro spiritual" qui donnera le gospel.

Les cérémonies sont de véritables catharsis collectives. Le gospel, de "god spell" ou "parole de Dieu", est l'héritage intégral de l'homme, comme la prophétie de Martin Luther "Ma religion se répandra par la musique" est pleinement réalisée par les congrégations afro-américaines.

Le cérémonial est saisissant

Le prêtre parle de la vie quotidienne des membres de cette communauté. Il sait qui est malade, qui est sans travail, qui se fait du souci pour un parent. Il s'adresse à chacun d'entre eux personnellement, en exhortant le groupe à prier pour leurs frères en difficulté.

Le prêtre lance une injonction. Le groupe répond. C'est le "call and response", l'appel et la réponse. Une tradition que l'on retrouve dans tous les cultes de la terre, des sociétés premières africaines aux réponses du chant grégorien des premiers siècles du christianisme. Le "call and response" est un archétype religieux entre un leader et le groupe.

Ailleurs dans le monde, les Afro-Américains vont prendre le message de l'Ancien Testament mais les racines africaines sont complètement oubliées. Ce sont les Indiens d'Amérique qui vont remettre les Africains déracinés sur la voie de leur ancêtres. Cette rencontre entre deux peuples survivants de terribles massacres donne naissance à un genre qui va révolutionner le monde musical au XXᵉ siècle.