Louis Armstrong, années 1940 ©Getty - William Gottlieb / Contributeur
Louis Armstrong, années 1940 ©Getty - William Gottlieb / Contributeur
Louis Armstrong, années 1940 ©Getty - William Gottlieb / Contributeur
Publicité
Résumé

Le roi Louis XIV a donné son nom à la Louisiane, mais c'est un autre roi qui va rendre la Louisiane célèbre. Un roi né dans la misère, le roi Louis Armstrong.

En savoir plus

Dans le monde du jazz, il y a les flambeurs et les modestes. Les modestes cherchent la note bleue toute leur vie. Si Jelly Roll Morton fait partie de la catégorie des bad boys, Louis Armstrong, que ses frères appelaient "Oncle Tom", est dans ses jeunes années un bad boy et c'est peut-être ce qui lui a sauvé la vie. Quand on fait des bêtises d'abord, après on peut passer à autre chose.

Louis Armstrong naît dans une famille pauvre de La Nouvelle-Orléans en 1901. Il est abandonné par son père. Il chante dans les rues et devient un petit délinquant. Pour avoir tiré un coup de feu en l'air le soir de la nouvelle année, il séjourne longuement dans un centre de redressement dans lequel il y a un orchestre. Le jeune loup a une famille d'accueil à l'extérieur. Ce sont des juifs russes qui se prennent d'affection pour lui et lui offrent son premier instrument, un cornet à pistons. Il va faire partie de l'orchestre du pénitencier. Quand il en sort, il est désormais un musicien aguerri. Il peut aller jouer dans les clubs de Storyville et toutes les formations l'acceptent.

Publicité

Kim Oliver, la star du cornet de l'époque, le prend sous son aile. Il joue également sur les bateaux à vapeur qui remontent le Mississippi. Il participe à toutes les parades. C'est la guerre qui va stopper son ascension ou plutôt une conséquence inattendue de la guerre. En 1917, les États-Unis s'engagent dans le premier conflit mondial. L'Armée américaine ne fait appel qu'à des volontaires. Tous les gars du sud et de l'ouest des États-Unis embarquent à La Nouvelle-Orléans, où ils restent parfois cantonnés des semaines entières. Imaginez ces jeunes bouseux du Sud découvrant les maisons de Storyville avec leurs sofas moelleux, leurs danseuses exotiques, la nourriture créole, le parler français des jeunes filles expertes et l'une des musiques les plus innovantes qui soient le ragtime, exécuté par des virtuoses qui ont pour nom Jelly Hall Morton, King Oliver ou Louis Armstrong.

Pas sûr qu'on ait envie de se faire enterrer dans la boue des tranchées de la Somme sous un déluge de pluie, après avoir connu ça. L'Ordre est sans appel, on ferme les maisons closes. Exit les filles de joie, mais exit les musiciens également qui se retrouvent au chômage. C'est tout un pan de l'histoire de la musique qui va s'en trouver changé. Louis Armstrong en tête, ces fabuleux musiciens vont quitter La Nouvelle-Orléans, le berceau du jazz, la ville la plus joyeuse et colorée du monde, celle de la créolité heureuse ou tous les cultes se côtoient, toutes les langues se parlent, où l'on célèbre les morts en dansant au son des marching bands. Ils embarquent sur le Mississippi vers le nord et remontent jusqu'à Chicago.

Nous sommes en 1920, au nord des États-Unis, dans la région des Grands Lacs, par une froide nuit d'hiver un train avance à travers la neige. À l'intérieur, un jeune garçon, 20 ans à peine, regarde défiler le paysage sous la lune. A travers la vitre, le jeune Armstrong voit défiler son enfance. La maison de redressement, la famille d'accueil aimante et puis la rédemption par la musique. Il n'ose croiser le regard des gens. "Toute personne lui prêtant attention, dit-il dans ses mémoires pouvait voir en un clin d'œil que j'étais un péquenaud, que je venais de la Brousse". Un ami musicien lui a promis de l'aider. Il a quelques dollars en poche, à peine de quoi se loger quelques jours à Bronzeville, le quartier noir de Chicago qui porte le nom de la couleur de ses habitants. Pourtant le jeune Louis a un atout, une arme fatale même. A ses pieds un étui, à l'intérieur de quoi retourner toute la ville de Chicago et la terre entière. Le train de 11h du soir pénètre dans Chicago. Le petit péquenaud de La Nouvelle-Orléans aura bientôt le monde entier à ses pieds.

Références

L'équipe

André Manoukian
André Manoukian
André Manoukian
Production
Anne Weinfeld
Réalisation