France Inter
France Inter
vidéo
France Inter
France Inter
Publicité
Résumé

Dans cette chronique, Tanguy Pastureau nous parle des influenceurs et influenceuses.

En savoir plus

Les gens ont l’impression que ma vie est glamour, que j’ai tout, le charisme, le succès, des codes Canal, alors qu’en réalité je suis passé à côté de ma carrière. Moi ce que j’aurais voulu, c’est faire de la télé-réalité, déjà parce que ça m’aurait forcé à faire du sport, passer chaque soir sur W9 torse nu, c’est plus motivant pour lever de la fonte qu’être confiné chez soi avec son chat Kiki à attendre les chiffres du Covid. Et puis c’est un job de rêve, on est logé, nourri, il faut juste avoir le torse épilé, une casquette, s’appeler Brandon et aimer la piscine. Ensuite on doit, à chaque phrase d’un autre candidat, répondre « ah mais de ouf, frérot », et c’est bon. Alors vous allez me dire, la télé-réalité n’a pas de but, non, mais les autres métiers en ont-ils un ? Surveiller des locaux vides la nuit avec un berger allemand, il y a un but ? Non. Parler tous les jours de tout et rien sur BFM-TV avec une écharpe rouge même en août, il y a un but ? Non. Déjeuner avec Brice Hortefeux en 2021 en pensant qu’il a peut-être des petites infos croustillantes sur le pouvoir, il y a un but ? Non. 

Il n’y a pas un job qui réellement sert à quelque chose, même Thomas Pesquet, s’il part dans l’espace, c’est juste parce que ça l’amuse de se filmer en train de flotter au milieu de la pièce à essayer de rattraper sa brosse à dents, c’est pas une vocation, vous lui filiez la moitié d’une bouteille de Jet 27 à la sortie du Lidl, il vit la même chose, mais il veut faire son malin. Donc il enfile un casque qu’il a racheté sur le Bon Coin aux Daft Punk et il se barre, ces astronautes, ils se la jouent, c’est insupportable. Ce besoin d’appuyer à fond sur l’accélérateur de la fusée pour faire le maximum de bruit au moment où ça passe au vert, pitié. Et puis la distance des 10 kilomètres maximum, Thomas Pesquet, il s’en tape, si un flic l’arrête, il dit qu’il est parti chercher son gosse chez sa mamie sur Neptune. 

Publicité

Bref, aucun métier n’est viable, donc pourquoi pas la télé-réalité, on bosse peu, il suffit d’avoir de belles fesses, 4-5 dents blanches volées à Jean-Marc Morandini durant son sommeil, des seins énormes mais fermes, quand on les voit on donne immédiatement tort aux lois du mouvement d’Isaac Newton, et c’est parti. Avec la télé-réalité, on se fait une notoriété, on poste sur Instagram des photos sexy, on est suivi par les jeunes, qui likent, puis par les pères des jeunes, qui se masturbent, puis par les grand-pères des jeunes, qui meurent de désir en murmurant, dans un dernier jet de bave : « dire qu’en 65 Sheila en jupe, je trouvais déjà ça olé-olé, aah ». Et on devient, Nagui, influenceur, ou ceuse, et là ça vaut le coup. 

Exemple, GQ, le magazine qui a validé le fait, pour un homme, de sortir en mocassins sans chaussettes, ils seront jugés un jour pour ça, a interviewé Dylan Thiry. Dylan a l’un des deux prénoms les plus portés en télé-réalité, l’autre c’est Kevin, quand ils ont un Sébastien qui se présente ils l’exfiltrent et le renvoient sur le numéro des "Racines et des Ailes" consacré aux professionnels de l’huître à Cancale. Dylan a fait Koh Lanta, a enquillé 3 télé-réalités, a 780 000 abonnés sur Instagram, il vit à Dubaï, comme l’ensemble des influenceurs sauf Arlette Chabot, qui fait de la pub pour la déprime auprès de ses 30 abonnés et vit à Paris. Et il a confié à GQ gagner 600 000 euros l’année, pas mal, surtout qu’à Dubaï, il n’y a pas d’impôts sur le revenu, ni sur les sociétés, en fait là-bas, le mot impôts n’existe pas, quand sur TV5 ils tombent sur une interview de Bruno Le Maire, ils pensent qu’il s’agit d’un alien qui emploie un langage inconnu. 

Et il y a mieux, Milla Jasmine, qui a débuté en 2015 dans "les Princes de l’amour", a elle 3 millions d’abonnés sur Instagram, elle est super, elle a 31 ans mais en fait 17 grâce à une nature généreuse, nature aidée par la team scalpel, une bande de 70 chirurgiens venus du monde des effets spéciaux, avant ils ont fait Predator et l’hologramme de Mélenchon. Et bien dans un documentaire diffusé mercredi sur TMC, la chaîne du Prince Albert rachetée par Yann Barthès, elle dit gagner entre 80 et 100 000 euros par mois. Comment, bah tout simplement elle fait du placement de produits, son dernier post, c’est de la lingerie, on la voit en soutif, c’est rarement une marque de doudoune qui sponsorise, pour ça il va falloir attendre que Daniel Morin devienne influenceur, on le verra dans les bois l’air inquiétant avec juste sa doudoune et une hache et écrit « si tu l’achètes pas, je viens te taper ». Et sur le post de Milla Jasmine, il y a 150 000 j’aime, notamment d’autres influenceuses qui ont toutes le même corps que Milla, seins XXL, pas de taille, si elles se marient, elles peuvent enfiler leur alliance au niveau du nombril, et fesses à la Kardashian, vous y lâchez un rasta blanc, il crie « chouette, des djembés, yesaï, Jah Zaz ». 

La suite à écouter et à retrouver en vidéo !

Références

L'équipe

Tanguy Pastureau
Tanguy Pastureau
Tanguy Pastureau
Production
Tanguy Pastureau
Tanguy Pastureau