Rachid Ouramdane, directeur de Chaillot et chorégraphe, pour le spectacle "Variations"

Rachid Ouramdane le 26 mars 2021
Rachid Ouramdane le 26 mars 2021 ©AFP - JOEL SAGET
Rachid Ouramdane le 26 mars 2021 ©AFP - JOEL SAGET
Rachid Ouramdane le 26 mars 2021 ©AFP - JOEL SAGET
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Rachid Ouramdane est chorégraphe et directeur du seul théâtre national dédié à la danse, le théâtre de Chaillot. Il est né à la danse avec le hip-hop. Il crée des spectacles pour raconter le monde et ce que nous sommes. Jusqu’au 14 janvier, son spectacle "Variations" est à l’affiche à Chaillot.

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Il suivait des études pour devenir biologiste et puis non. Ce sera la danse, comme interprète, comme chorégraphe et comme directeur de lieux aussi : le Centre chorégraphique National de Grenoble, d’abord, le Théâtre National de Chaillot aujourd’hui.

L’un des mots qui lui tient à cœur, c’est celui d’hospitalité : créer des œuvres pour qu’elles nous rapprochent et racontent qui nous sommes, des identités sans cesse en mouvement.
Il a inventé des gestes qui portent des voix qu’on entend peu. Comme celles de ces gamins de Gennevilliers, qu’il a fait monter sur scène dans un spectacle qui s’intitulait "Surface de réparation".

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Depuis le début des années 2000, il me semble que son répertoire dit ceci : on peut faire taire les mots mais pas les corps. Et aussi, danser permet d’avoir le courage de la nuance.

Ses débuts dans les années 1980

Rachid Ouramdane a commencé à danser dans les années 1980, au moment de l'arrivée du hip-hop en France, avec des grandes figures comme Grandmaster Flash ou Afrika Bambaataa. Il raconte : "C'était encore un mouvement de contre-culture, un mouvement de rue, ça dansait, ça chantait dans la rue et c'est vraiment ce qui m'a construit. D'ailleurs, j'en ai pris conscience bien plus tard, longtemps, quand on m'a demandé : 'Mais quand est-ce que vous avez commencé la danse ?' Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais tendance à répondre : 'À quinze ans, pour mon premier cours de danse.' Comme si j'oubliais qu'en réalité, je dansais depuis bien avant. J'ai compris tout ce qui a suivi, dans ce rapport-là au corps, dans ce besoin d'interagir avec la rue, avec les gens. C'est d'abord ça ce mouvement de danse, c'est se mettre dans la rue, c'est occuper des quartiers, des cités."

Il occupe désormais la place de directeur au théâtre de Chaillot.

Le théâtre de Chaillot

C'est un théâtre, qui, dès ses fondations, au moment où on le construit pour l'Exposition universelle de 1937, a cette idée de mettre l'art et la culture au cœur de la société. Il a aussi un lien fort avec les droits de l'homme parce que c'est l'endroit où a été adoptée la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948. C'est un lieu riche de symboles.

Rachid Ouramdane a été nommé en 2021 directeur du théâtre de Chaillot et il n'a jamais eu peur. Pour lui, c'était une évidence, et la possibilité de mettre en avant sa vision des choses, comme il l'explique : "C'était continuer un travail, c'était mettre au centre ce qui, j'ai l'impression, a souvent été à la marge, c'est-à-dire ce en quoi je crois. C'est le travail de la danse avec des jeunes mineurs isolés, aller sur des sujets complexes, travailler avec des victimes d'actes de barbarie, produire de l'art avec des matériaux bruts du vivant. Ce sont des récits de vie qu'on intègre dans les spectacles, qui souvent sont des choses qu'on pense comme des périphériques. D'ailleurs, il y aurait une discipline noble qui serait l'art chorégraphique, la danse, et puis des choses qu'on fait à côté, de temps en temps, avec des gens qui ne seraient pas des danseurs. Ces gens, ces invisibles, ces communautés, ces façons de faire, on a envie de les mettre au cœur d'une action."

Il a aussi envie de faire place, encore plus, aux corps métissés et aux communautés LGBT, et qui plus est, à tous les courants artistiques qui accompagnent aussi ces différentes communautés.

Témoigner du monde

Dans son répertoire, il y a l'idée de danser, de créer des gestes pour témoigner du monde. Il explique : "Je fais partie de ces utopistes qui pensent que l'art peut vraiment avoir un impact sur la société. Et parfois on n'agit pas directement ou alors on ne va pas agir sur le pouvoir d'achat des gens. Mais je crois qu'on peut agir sur les consciences, sur les imaginaires. On s'engage, on se mobilise ensuite autrement."

Il crée des spectacles qui racontent le monde. Il y a eu une pièce qui s'intitule "Franchir la nuit", où il avait mis en scène des enfants migrants accueillis dans un centre d'urgence à Grenoble. Il y a eu "Des témoins ordinaires", où il a fait exister sur scène les témoignages de personnes qui ont subi la torture au Brésil, en Tchétchénie, en Chine.

Il y a cette idée, notamment avec "Franchir la nuit", qui concerne ces enfants migrants, de raconter ce qui reste de l'enfance quand on part, quand on s'exile. Il explique comment ils ont travaillé : "Ces enfants, je les ai rencontrés dans des ateliers. Je sentais bien que parfois, le fait de pouvoir pratiquer la danse pouvait même avoir des vertus thérapeutiques. On parle d'art-thérapie. D'abord, c'était prendre du temps ensemble. Ce n'était pas de faire un spectacle. Puis, en fait, en les observant, ces enfants, ces jeunes qui ont eu une enfance cabossée, je voyais bien que dans ce que je leur proposais, la façon de se toucher, de se porter, il y avait une sorte de maturité. Dans la façon de se mouvoir, de s'accueillir aussi. Dans la façon qu'ils ont de bouger, il y a une enfance qui a déjà disparu en fait, et c'est ça que j'ai voulu donner à voir, non pas revenir sur les récits atroces, sur la difficulté de la traversée, mais sur qui ils sont aujourd'hui, sur la noblesse, la dignité. Ça transpire de leur façon d'être les uns avec les autres."

🎧 Écoutez cet échange passionnant dans son intégralité...

Variation(s) est joué au théâtre de Chaillot du 10 au 14 janvier 2023.

Le tube de l'invité

EMINEM – Loose Yourself

Programmation musicale

STROMAE – Riez

Programmation musicale

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