L'auteur de BD Bastien Vivès en août 2021
L'auteur de BD Bastien Vivès en août 2021 ©AFP - JOEL SAGET
L'auteur de BD Bastien Vivès en août 2021 ©AFP - JOEL SAGET
L'auteur de BD Bastien Vivès en août 2021 ©AFP - JOEL SAGET
Publicité

Une des figures de la bande dessinée contemporaine, c’est Bastien Vivès. Il a exploré plein de registres différents depuis une quinzaine d’années maintenant : le récit intimiste, l’épopée, le porno, le manga... Et là il publie “Dernier week-end de janvier”, un roman graphique publié chez Casterman.

Avec

Elle s’appelle Vanessa, elle est au festival d’Angoulême et elle s’en fout. Enfin, elle est surtout là pour faire plaisir à son mari, Marc. Parce que Marc est à fond et fan, Marc est connaisseur, Marc se serait rêvé en scénariste et dessinateur.

Ce qui l’autoriserait à corriger les propos de sa femme ou à parler d’elle à la troisième personne alors qu’elle est à ses côtés. Bref, nous ne sommes pas loin du mec insupportable.

Publicité

Marc et Vanessa sont deux des personnages du nouveau roman graphique de Bastien Vivès, “Dernier week-end de janvier". Le troisième et principal protagoniste de cette histoire est dessinateur.

“Dernier week-end de janvier” est d’abord le récit d’un trouble entre cette femme, Vanessa et cet homme, dessinateur, qui se rencontrent dans un endroit où ils n’ont pas envie d’être.

Le talent de Bastien Vivès est de transmettre les sensations qui traversent ses personnages dans des cases parfois muettes par la justesse d’un geste, toutes ces choses minuscules qui nous échappent et qui sont fixées là.

Comprendre en une image qu’un homme est fatigué rien qu’à sa façon d’ouvrir la porte de sa chambre d’hôtel. Avoir l’idée d’un personnage par sa manière de fumer ou de se tenir droit.

Le dessin de Vivès raconte nos mouvements en quelques traits, dans des images fixes qui nous font mieux voir.

"Dernier week-end de janvier" arrête le temps. Et ce n’est pas rien parce que dans la vie on ne peut pas.

Extraits de l'entretien

4 min

Un dessinateur qui dessine… un dessinateur

Bastien Vivès revient sur cette mise en abyme : "Dessiner du dessin dans une bande dessinée est compliqué. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas visuellement. Je n'ai donc jamais parlé dans les BD du dessin qui m'anime pourtant depuis que je suis gamin. Là, je suis allé loin en dessinant un dessinateur qui dessinait des dessins... Mais dans Dernier week-end de janvier, je ne montre jamais le résultat du dessin, mais plutôt tout le décorum du Festival d'Angoulême autour du personnage."

Vanessa, fumeuse : Sautet et les femmes

Dans Dernier week-end de janvier, l'héroïne Sabrina fume… Bastien Vivès l'explique par une expérience personnelle : "Toutes les femmes avec qui je suis sorti fumaient. Et puis ma mère regardait les films de Claude Sautet… Et dedans, ça fume énormément. Aujourd'hui, on combat la cigarette et c'est une bonne chose. Mais cela m'a fait toucher du doigt que lorsqu'on éprouve du désir pour quelqu'un, cela tient souvent à son attitude, sa manière de se poser… On ne tombe pas amoureux d'une photo, mais d'un mouvement."

Marc, la tête de Largo Winch et Michel Vaillant

Le personnage de Marc, le mari de Sabrina, est collectionneur de bandes dessinées. Pour cela : "J'ai vraiment repris la tête de Largo Winch et de Michel Vaillant, des personnages très réalistes de la BD franco-belge... Marc est ingénieur en aérospatiale et fait décoller des fusées. Mais il aurait rêvé de faire de la bande dessinée. J'en ai rencontré des personnes comme lui, très tristes de n'avoir pu réaliser leur rêve d'enfant avec le dessin. Donc ce personnage-là épouse et joue avec tous les codes et les clichés de la bande dessinée." Explique Bastien Vivès.

Denis Choupin, un dessinateur fatigué

Bastien Vivès décrit le personnage : "C'est un dessinateur endormi. Quand on est artiste, on peut tous à un moment s'endormir et ne pas s'en rendre compte. Ce n'est pas une dépression, mais un endormissement, une routine, un épuisement… J'approche de la quarantaine. Il y a peut-être quelque chose de propre à cette période-là. Et pour se réveiller, il n'y a qu'une seule chose : faire très très fort la fête ou tomber amoureux."

Les yeux, du dessin inutile

Pourquoi les yeux sont-ils très rarement représentés dans les dessins de Bastien Vivès ? : "Je refuse de dessiner dès que c'est gratuit. Le meilleur exemple est la scène de sexe gratuite. Je ne dessine que les choses importantes. Quand on fait un dessin de bande dessinée, il y a énormément d'informations dans les cases. Elles peuvent se nuire les unes aux autres. Si on donne trop de détails, cela fait diversion par rapport au propos. Donc, si ce qui m'intéresse est la cigarette, le mouvement, la manière de s'asseoir, de tenir un sac… J'aide le regard du lecteur en supprimant les yeux. Si je les laisse, je sais que c'est la chose qu'il va regarder en premier."

La suite de l'entretien est à écouter...

Regarder La leçon de dessin de l'une de ses précédentes BD : "Une sœur"

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

La Carte blanche de l'invité

« Ça tombe bien, parce que j'ai compris un truc il n'y a pas longtemps et je pense que ça peut être un bon conseil pour tous les dessinateurs et dessinatrices d'humour aujourd'hui. En gros, il y a un point sur lequel il faut faire très attention aujourd'hui c'est l'humour de connivence. Quand je dis l'humour de connivence, c'est : par exemple, nous sommes tous les 3 dans cette pièce, et si je dis quelque chose se voulant humoristique à haute voix mais qui ne peut être compris que par une des deux personnes, alors la deuxième personne est lésée, se sent exclue et ça crée un malaise.

L'humour de connivence, c'est l'humour un peu coup de coude, entre copain-copine, qui est fait la plupart du temps dans un cadre privé. Avec les réseaux sociaux, cette barrière s'efface un peu et on se retrouve à faire une blague en se disant que tout le monde aura la référence... et évidement que non... Ça parait très simple, mais ce n'est pas si évident que ça, par exemple l'humour bête et méchant de Hara Kiri, si on n'a pas la référence Hara Kiri, ça peut être très agressif... ou alors l'humour exutoire des cartoons de Tex Avery ou Tom et Jerry... là aussi faut avoir été sensibilisé à la chose pour pouvoir en rire, comme une bonne blague du 17e siècle, pas sûr que tout le monde la comprenne et éclate de rire...

Et si je prends les mèmes Internet par exemple... du pur humour de connivence, mais tant qu'ils restent sur Internet, aucun problème, ils sont identifiés quand même. Imaginez un mème sorti d'Internet... difficile de rigoler de ça, d'ailleurs je ne sais même pas quelle forme cela pourrait avoir.... bref, je discutais de tout ça avec un ami dessinateur et il me disait que la période est difficile, très crispée, tout le monde est tendu sur tout un tas de sujet. Mais que la période est intéressante car elle va nous demander à nous dessinateurs et dessinatrices, d'être plus exigeants, de ne pas sombrer dans la gratuité et la facilité, et d'essayer de viser juste à chaque fois. Pour ma part, je suis assez d'accord avec ça. Et je pense qu'avec ça en tête, on pourra continuer de parler de tout un tas de sujets, et de représenter tout un tas de choses avec la plus grande des libertés. »

Le tube de l'invité

JACQUES – Arrivera

Programmation musicale

GREETEA PENG – Stuck in the middle

Le polaroïd de l'invité

Le polaroïd de l'invité avec Bastien Vivès
Le polaroïd de l'invité avec Bastien Vivès
© Radio France - Rebecca Manzoni

L'équipe

Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Production
Perrine Malinge
Collaboration
Ilinca Negulesco
Collaboration
Lola Costantini
Réalisation
Khoi Nguyen
Réalisation
Jean-Baptiste Audibert
Programmation musicale