Bruce Springsteen est l'invité de Rebecca Manzoni à l'occasion de la sortie de l'album "Only The Strong Survive"
Bruce Springsteen est l'invité de Rebecca Manzoni à l'occasion de la sortie de l'album "Only The Strong Survive" - Universal Records
Bruce Springsteen est l'invité de Rebecca Manzoni à l'occasion de la sortie de l'album "Only The Strong Survive" - Universal Records
Bruce Springsteen est l'invité de Rebecca Manzoni à l'occasion de la sortie de l'album "Only The Strong Survive" - Universal Records
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C’est l’un des plus grands "écrivains de chansons" vivants, et il va bientôt fêter 50 ans d’une discographie qui raconte l’Amérique des anonymes. Bruce Springsteen publie un album de reprises, 15 morceaux de soul music, soit tout un pan de l’histoire de la musique autant que de son histoire intime.

“Je me souviens de mon premier amour”. Ce sont les mots qu’il prononce avant même de chanter, sur le morceau qui ouvre son nouvel album “Only The Strong Survive”.

Bruce Springsteen se souvient des morceaux de soul music qui l’ont fait vibrer quand il les entendait à la radio dans les années 60 et 70.

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Des pépites, publiées par des labels américains mythiques qui portent le nom de Motown ou de Stax. Des chansons qui rassemblaient et rassemblent encore l’Amérique noire et l’Amérique blanche le temps de 3 minutes au moins.

Dans son album précédent, “Letter to you”, Bruce Springsteen célébrait les valeurs du rock’n’roll et de l’amitié dans un pays au bord de la guerre civile. C’était juste avant l’élection de Joe Biden.

Deux ans et une pandémie plus tard, il donne toute la place à son plaisir du chant. Le kiff de faire allégeance et d’apporter sa touche à des morceaux qui ont façonné son parcours et sa vie.

La conversation qui suit fut enregistrée la semaine dernière. Bruce Springsteen était dans sa ferme du New Jersey et nous ici. Il est apparu sur l’écran du studio et on a fait un geste avec le bras, comme quand on se salue de loin.

Il avait l’air tout droit sorti de la pochette de son nouveau disque. Avec cette même chemise noire repliée sur le biceps. Springsteen chez lui, dans une pièce tout en bois, avec un gros mug fumant posé sur la table.

Un album de reprises de soul music

Bruce Springsteen, 71 ans au compteur, a gardé l’énergie et l’envie de faire des disques, son dernier en date « Only the Strong Survive » est une collection de reprises de standards soul : « Je n’avais plus de chansons à composer, et ça devenait un gros problème. C'était pendant le confinement aux États-Unis. J'ai un studio d'enregistrement dans ma ferme, et j’essayais de m'occuper, j’y suis donc allé pour enregistrer quelques morceaux. J’ai commencé à faire des reprises dans différents registres, au début, il n'y en avait pas beaucoup avec lesquels ça marchait. Finalement, je me suis mis à chanter de la soul music et là, ça l'a fait. C'était une expérience différente puisque que j'ai pu choisir la musique qui convenait à ma voix. »

Cet exercice de style lui a rappelé ses débuts, l’époque où il jouait dans des groupes de reprises, où il interprétait les tubes de la radio : « Ça m’a permis de revenir en arrière et de choisir vraiment des chansons que j’avais vraiment envie d’interpréter et de m’amuser à recréer ces disques. » Mais la reprise n’est pas toujours un exercice facile : « Particulièrement sur une chanson comme « Do I Love You » de Frank Wilson, un artiste de la Motown, ça chante très haut dans les aigus, ça a été un véritable défi pour moi. »

Une voix forte comme un cheval de labour

Connu pour sa voix rocailleuse et puissante, Bruce Springsteen a mis du temps à l’apprécier et à la dompter : « J'ai toujours pensé que ma voix était forte, comme un cheval de labour. C’est une voix d’ouvrier. Bon, c'est génial dans un bar où il y a beaucoup de bruit, j’ai toujours pu crier plus fort que tout le monde. J’ai une voix qui est faite pour vous submerger. La première fois que j'ai entendu ma voix sur un magnétophone, j'ai trouvé ça affreux. Je ne savais pas comment je pourrais devenir un artiste parce que je trouvais qu'elle sonnait tellement mal. J'ai appris à chanter un peu mieux au fil du temps. Pour ce disque, j’ai essayé de la rendre un peu plus subtile. J’ai réussi à chanter à un niveau que je n'avais jamais atteint auparavant. C'était la clé pour ce disque. Ce qui est amusant, c’est que l’on a vraiment essayé de se rapprocher le plus possible des originaux. C’était comme un jeu. »

4 min

D’incroyables opéras de 3 minutes

Autre particularité de ce disque, toutes ces reprises sont des chansons d’amour et notamment « I Wish It Would Rain » de The Temptations : « C’est plus une chanson de cœur brisé, c’est difficile de battre cette chanson, c’est un sommet de la musique. » La plupart de ces reprises ont été composées dans les années 60 et 70, mais est-ce que le jeune Springsteen était à l’image de ces standards, un romantique ? « Complétement, dans les années 60, il n’y avait pas meilleure bande-son pour tomber amoureux. C’était d’incroyables opéras de trois minutes sur le chagrin et la douleur d’avoir le cœur brisé. »

Une chanson qui a changé sa vie

Si le Boss, comme on le surnomme, devait ne garder qu'une seule chanson qui a changé sa vie, ce serait probablement « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan : « Quand cette chanson est arrivée sur les ondes, ça a changé la manière dont on écoutait la radio. Elle durait cinq minutes, il n’y avait aucune chanson qui durait cinq minutes à la radio et ce titre avait toutes ces strophes abstraites et ces paroles poétiques, ça a élargi la palette de ce que pouvaient écrire les compositeurs en espérant passer à la radio. C’était une révolution. »

« Nebraska », son chef-d’œuvre paru il y a 40 ans

« Quand on a un bon titre, c’est déjà un bon début : « Born in the USA », « Born to Run », « Darkness on the Edge of Town », ce sont des bons titres, ça vous donne une direction à prendre. Une bonne métaphore et un bon titre, c’est très important. » La musique de Bruce Springsteen est aussi très visuelle, écouter ses chansons, c’est comme regarder un film : « Je suis un grand cinéphile. Martin Scorsese disait que « le travail de l'artiste est de faire en sorte que le public s'intéresse à vos obsessions. J’ai souvent composé de manière très cinématographique. « Nebraska » est rempli de ces histoires courtes. » Paru il y a 40 ans, les personnages de cet album prennent la route sans savoir où aller, des histoires d’hommes qui perdent leur boulot, se saoulent de désespoir et commettent parfois l'irréparable. Un album hautement cinématographique que n’aurait pas renié John Ford. Bruce Springsteen se remémore l’enregistrement de cet album, pierre angulaire de sa discographie : « C’est probablement mon meilleur album. J’avais 32 ans, je ne savais pas vraiment ce que j’avais fait. Je l’ai enregistré sur un petit magnétophone dans ma chambre. J’ai sorti la cassette de ma poche dans les bureaux de ma maison de disques en disant « Voilà, c’est le nouvel album ». À l'époque, l’enregistrement chez soi en basse fidélité ne faisait pas du tout partie de l’industrie musicale. »

🎧  Bruce Springsteen – Only the Strong Survive

🎧  Bruce Springsteen en concert avec E-Street Band à Paris-La Défense Aréna les 13 et 15 mai prochains.

Extraits vidéo de l'entretien

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Programmation musicale

🎧 Do I Love You, chanson de Franck Wilson, reprise par Bruce Springsteen

🎧 Bruce Springsteen - Only the strong survive

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

4 min

L'équipe

Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Production
Perrine Malinge
Collaboration
Ilinca Negulesco
Collaboration
Lola Costantini
Réalisation
Khoi Nguyen
Réalisation
Jean-Baptiste Audibert
Programmation musicale