Catherine Meurisse le 15 janvier 2020
Catherine Meurisse le 15 janvier 2020 ©Getty - Jean-Baptiste Quentin
Catherine Meurisse le 15 janvier 2020 ©Getty - Jean-Baptiste Quentin
Catherine Meurisse le 15 janvier 2020 ©Getty - Jean-Baptiste Quentin
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Catherine Meurisse a commencé avec le dessin de presse au sein de la rédaction de Charlie Hebdo. Aujourd’hui, elle est autrice de bande dessinée et met en scène Socrate, Spinoza et tous leurs philosophes de collègues dans son nouveau livre "Humaine, trop humaine", paru aux éditions Dargaud.

Avec

René Descartes, associé à une séance d’épilation dans un institut de beauté. Emmanuel Kant en plein karaoké. Ou encore Blaise Pascal hurlant dans la rue parce que ses pensées recueillent des “like” sur Twitter.

Ce sont quelques-unes des scènes d’abord parues dans "Philosophie Magazine", avant d’être réunies aujourd’hui dans un livre qui s’intitule “Humaine, trop humaine”.
Et la philosophie de ce livre comme des précédents pourrait tenir à l’une de ces phrases : “L’humour est une arme, autant qu’une main tendue”.

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Elle l’a mise en pratique dès ses débuts dans le dessin de presse, notamment au sein de la rédaction de Charlie Hebdo, dont elle fut la première dessinatrice permanente à être engagée.
Depuis 6 ans maintenant, son dessin et sa plume suivent un autre tempo : celui de livres de bande dessinée. Il y eut "La légèreté", "Les Grands Espaces", "La jeune femme et la mer".

Et à chaque fois, ce triptyque qui est au cœur de son univers : peinture, littérature, nature.

Nature, oui, parce qu’elle a eu la chance d’avoir des parents qui lui ont dit, à elle et sa sœur : “les filles, la campagne sera votre chance”.

Mettre la philosophie en images

Dans son livre, Humaine, trop humaine, Catherine Meurisse parle philosophie. Or, la philosophie, avec ses concepts, ses notions abstraites, n'est pas souvent associée aux images. Alors comment Catherine Meurisse a-t-elle réussi ce pari fou ? « J'ai découvert la philosophie en terminale, comme beaucoup d'entre nous. C'était très abstrait, c'était comme des maths et je n'étais pas du tout matheuse. Je devais convoquer des images pour essayer de comprendre. Je me souviens que l'on étudiait L'Éthique de Spinoza et je n'y comprenais pas grand-chose. En revanche, je connaissais par cœur la couverture du livre de poche, c'était un tableau de Rembrandt où l'on voyait un vieux philosophe. Ça m'aidait à poser un cadre. »

Dans Humaine, trop humaine, le casting de ces penseurs va de A, comme Alain à V, comme Simone Veil. Catherine Meurisse met en scène tous ces penseurs et on sent qu'elle prend plaisir à les dessiner, mais aussi à les malmener : « Je m'amuse beaucoup avec ces hommes philosophes. Les femmes philosophes sont présentes, mais je m'en moque un peu moins, même si Simone de Beauvoir, il y a de quoi faire quand même », s'amuse la dessinatrice. Le livre s'intitule Humaine, trop humaine, car tous ces hommes et ces femmes sont incarnés. Catherine Meurisse leur invente même des désirs et une sexualité : « J'avais l'idée pour me rapprocher un peu de ces grands penseurs, en inventant un personnage féminin qui me ressemblerait vaguement, et qui ferait écho à mon avatar dans mes autres albums et qui serait présente pour apporter une contradiction, injecter un petit peu de désir pour rendre ces grands penseurs qu'on pourrait croire figés dans les manuels. Et rien de mieux que la bande dessinée pour faire ça. »

Son admiration pour Rachel Carson

Dans cette émission, Catherine Meurisse a choisi d'écouter la voix d'une femme qui n'est pas philosophe, mais qui est scientifique. Elle s'appelle Rachel Carson, elle était l'une des premières lanceuses d'alerte. En 1962, c'était la première à alerter au sujet des dangers de la pollution chimique : « Je la trouve admirable. Son livre était dans la bibliothèque de mes parents, elle est connue pour son bestseller "Printemps silencieux", qui a été publié en 1962 et qui traite de l'abus de pesticides et d'insecticides, le DDT aux États-Unis. Son livre a été tellement fracassant que ces produits toxiques ont fini par être interdits aux États-Unis. C'est le début d'une pensée et d'une action écolo. Elle avait eu un premier succès avec un livre qui s'appelle "La mer autour de nous". Ce qui est très beau, c'est qu'à la fois, c'est une scientifique très pointue et en même temps, c'est une poétesse. Elle arrive à nous parler du monde dans lequel on vit, de la mer, de la roche, des végétaux avec la rigueur d'une scientifique et aussi la douceur et la profondeur d'une écrivaine. »

À réécouter : Catherine Meurisse
51 min

La filiation entre le dessin et de la nature

Dans la vie de Catherine Meurisse, l'art et la nature ont été associés tout de suite à la découverte qu'elle fait de la campagne lorsque ses parents décident de s'installer en province pour retaper une ferme. Au même moment, elle fait ses débuts dans le dessin : « Le dessin est là depuis l'enfance. Ce n'est pas une passion absolument unique qui fermerait la porte à tout autre chose. Au contraire, tout se mélange : la littérature, les arts. On jette des passerelles en permanence et on les empreinte parce que c'est ce qui nous nourrit. Mes parents nous ont dit quand on était petites, "la campagne sera votre chance". Et en effet, je constate aujourd'hui que ça l'a été, parce que ma sœur et moi, nous avons grandi en développant un sens de l'observation. Nous étions plus attentives aux sons de la nature, de la ferme, d'une forêt. Et je me rends compte que ça se retrouve dans mes livres. »

Son expérience chez Charlie Hebdo

En 2005, lorsque Catherine Meurisse est embauchée comme dessinatrice à Charlie Hebdo, elle apprend à se débarrasser de ce qu'elle appelle la peur de se tromper : « Ce sont exactement les mots que Philippe Val, qui était le directeur de l'époque de Charlie Hebdo, a employés. Quand j'ai été embauchée, Val m'a dit, "Maintenant, t'es au niveau de Cabu", alors là, c'était énorme d'entendre ça et il m'a surtout dit, "Charlie sera ton laboratoire, tu es là pour te tromper", et je l'ai jamais oublié. Et en effet, à Charlie, c'était permis, il n'y avait aucune honte à se tromper. Au contraire, ça, c'était très formateur. »

Quand elle quitte la rédaction de Charlie Hebdo après les attentats de 2015, Catherine Meurisse écrit un livre, La Légèreté. Elle avait échappé à cet attentat en arrivant en retard à la conférence de rédaction. À partir de La Légèreté, elle se dessine dans ses livres : « C'était tout simplement pour me prouver que j'étais vivante. Luz venait de sortir sa bande dessinée Catharsis où il s'était dessiné aussi. Il s'était extrait du groupe Charlie, du collectif qui était complètement cabossé, abîmé par cette tragédie, et j'ai fait comme lui, je me suis rendu compte qu'en parlant de moi, peut-être que j'arriverais mieux à parler des autres, à rendre hommage aux copains disparus, mais aussi aux vivants. »

📖 Catherine Meurisse - Humaine, trop humaine (Éditions Dargaud)

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

À réécouter : Catherine Meurisse
1h 42

Le tube de l'invitée

🎧 BJÖRK - Human Behaviour

Programmation musicale

🎧 POMME - Jardin

L'équipe

Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Rebecca Manzoni
Production
Perrine Malinge
Collaboration
Ilinca Negulesco
Collaboration
Lola Costantini
Réalisation
Khoi Nguyen
Réalisation
Jean-Baptiste Audibert
Programmation musicale