Portrait de l'ecrivain francaise Colette (1873-1954) en 1888, posant dans un hamac.
Portrait de l'ecrivain francaise Colette (1873-1954) en 1888, posant dans un hamac. ©AFP - Leemage
Portrait de l'ecrivain francaise Colette (1873-1954) en 1888, posant dans un hamac. ©AFP - Leemage
Portrait de l'ecrivain francaise Colette (1873-1954) en 1888, posant dans un hamac. ©AFP - Leemage
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Premier épisode de cette série d'été consacrée à la petite Bourguignonne au caractère effacé devenue une Parisienne émancipée. Retour sur la personnalité atypique et la vie passionnante, intense de l'autrice de "La Chatte", "Sido", et les "Claudine".

Avec

« Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement je n’y mourrai pas.

Mon Manuel de géographie départementale s’exprime ainsi : “Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1 950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine bien conservée…” Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là ! […] C’est un village, et pas une ville : les rues, grâce au Ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’est un village, pas très joli même, et que pourtant j’adore » (I, 7).

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Voilà les premiers mots de Claudine à l’école, publié sous la seule signature de Willy, le mari de Colette, en mars 1900. Le ton était résolument nouveau, insolent, sans antécédents, mais il s’imposa et le succès suivit. Colette ne publia point de livre sous la signature de « Colette » tout court, son patronyme, avant Le Blé en herbe en 1923, mais elle devint très vite un écrivain reconnu, car elle avait touché à la langue française. Un grand écrivain, c’est un écrivain après qui la langue n’est plus tout à fait la même.

[Colette lisant « Sido et moi », Journal à rebours, in Gigi, Chéri, Sido et autres textes, Apple music, Spoken Word, 2007 ; EPM, B0025G0G1U.]

« “Minet-Chéri, tu as encore jeté une pelure de châtaigne dans la cheminée.

— Non, maman.

— Si, ma fille.”

Et Sido, ma mère, brandissait au bout des pincettes, sous mon nez […] le corps du délit.

“Mes cendres ! Souiller mes précieuses cendres de pommier, de peuplier et d’orme ! Et la lessive, alors ? Je t’ai dit vingt fois…” » (IV, 169).

Un grand écrivain, c’est aussi un écrivain qui crée des mythes, qui renouvelle notre mythologie. « Créer un poncif, c’est le génie », disait Baudelaire. Or Colette a créé au moins trois mythes : d’abord Claudine, l’héroïne espiègle de ses quatre premiers romans signés par Willy ; Sido, qui devint son personnage principal après la mort de sa mère en 1912 ; et Gigi, rendue inoubliable par Leslie Caron dans le film de Vincente Minnelli en 1958. Trois mythes, c’est énorme pour un seul écrivain. Surtout qu’il faut y ajouter un quatrième mythe, Colette elle-même, grand écrivain national, monstre sacré.

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