À quoi vont ressembler les guerres entre 2030 et 2060

A quoi vont ressembler les guerres entre 2030 et 2060
A quoi vont ressembler les guerres entre 2030 et 2060 ©Getty - Anton Petrus
A quoi vont ressembler les guerres entre 2030 et 2060 ©Getty - Anton Petrus
A quoi vont ressembler les guerres entre 2030 et 2060 ©Getty - Anton Petrus
Publicité

Ce soir direction le futur. L'armée a très officiellement demandé à des auteurs de science-fiction d'imaginer les guerres du futur. Ça donne des récits d'implants dans nos neurones, de pirates apatrides, d'hyper-forteresses … Un ouvrage aussi fascinant que glaçant.

Imaginez une nation pirates de réfugiés climatiques refusant le puçage généralisé de la population. 

Imaginez des implants neuronaux dans le cerveau des militaires, hackés par une puissance ennemie. 

Publicité

Imaginez un monde prisonnier du virtuel et des armes hyper véloces. 

Tous ces scénarios, nés dans la tête d'auteurs de science-fiction servent aux militaires dans la vraie vie pour imaginer les menaces de demain et les guerres à venir. Ils sont réunis dans un livre aussi fascinant que glaçant : " Ces guerres qui nous attendent : 2030-2060" signé par la Red Team aux éditions Equateurs.

Autour de Fabienne Sintes pour en parler :

  • Emmanuel Chiva directeur de l’Agence de l'Innovation de la Défense et initiateur du projet Redteam
  • Romain Lucazeau auteur de Science-Fiction et co-auteur du live "Ces guerres qui nous attendent"…

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'entretien

Comment est née cette idée ?

Emmanuel Chiva : "Ma femme est fan de science fiction, elle m'a emmené dans un festival qui s'appelle "Les Utopiales", que Romain Lucazeau connaît bien. Et là, j'ai pu voir toute la créativité de cette population et je me suis dit "Finalement, tout ceci pourrait nous aider à penser hors du cadre". C'était avant la création par la ministre des Armées, Florence Parly, de l'Agence de l'innovation des Forces, et quand l'agence a été créée, on s'est dit "C'est le moment de mettre ce projet en exécution"." 

La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires ?

Emmanuel Chiva : "Les militaires ont une certaine manière de penser qui est très adaptée lorsque l'on se projette dans 10, 20, 30 ans. Mais qu'est-ce que ça sera, l'art de la guerre en 2060 ? Est-ce qu'on peut anticiper les menaces ? Et ça, ça nécessite de se détacher de la manière traditionnelle qu'on a de faire de la prospective et d'adopter une approche complémentaire." 

1200 auteurs, scénaristes, dessinateurs ont candidatés, une dizaine d'entre eux a été retenue et habilitée "secret défense". 

Est-ce qu'il y a une base de vérité, même dans les choses les plus incroyables ?

Par exemple, dans le premier scenario de Romain Lucazeau, il y a un ascenseur spatial de 40 000 kilomètres, de la Terre jusque dans l'espace, pour aller chercher des ressources.

Tout est strictement dans la zone du possible. 

C'est du moins ce qu'estime Romain Lucazeau, qui explique : "On ne se contente pas de tirer les ficelles du présent vers le futur (ça, c'est ce que font les prospectivistes ou les gens qui font de l'anticipation). Nous, on fait vraiment de la science-fiction, donc on a le droit de se positionner aux limites extrêmes de ce qui est envisageable

Dans l'exemple que vous citez, faire démarrer la construction d'un ascenseur spatial à horizon 2040 / 2060, c'est envisageable parce qu'un certain nombre de travaux existent aujourd'hui sur la physique des matériaux, le type de matériaux à mobiliser et les technologies sous-jacentes pour construire à horizon beaucoup plus longtemps ce que serait un ascenseur spatial. 

L'une des règles imposées, c'est que tous les scénarios se positionnent dans ce qu'on appelle un cône de vraisemblance - alors souvent aux limites extrêmes de ce qui est de ce qui est possible techniquement, mais en tout cas, on respecte toujours le cadre qui est celui de la science et de l'évolution possible des technologies"

Que fait l'armée des ces scenarii de science-fiction ?

Emmanuel Chiva : "On collabore avec des auteurs de science-fiction parce qu'ils nous permettent d'envisager justement ce qu'on ne veut pas - un modèle de société générateur d'un certain nombre de menaces

On n'utilise pas cette approche là pour imaginer le char du futur ou le sabre laser. Ça, ça ne nous intéresse pas. 

Et c'est justement dans cette approche-là que si un scénario a les effets que vous décrivez, à savoir faire peur, mettre en avant une menace qu'on n'aurait pas détectée auparavant, on va pouvoir l'utiliser. 

Et la manière dont on l'utilise, c'est qu'on constitue, nous, en interne, un dossier de menace. Il faut bien comprendre qu'en face de la "redteam", on a une "blueteam" : des officiers, des ingénieurs de l'armement, des prospectivistes de la direction générale des relations internationales et de la stratégie, donc des gens qui n'ont pas l'habitude de penser de cette manière-là et qui doivent, eux, trouver la riposte. 

Le but, c'est justement de se préparer un avenir qu'on ne souhaite pas du tout, mais auquel il convient de se confronter néanmoins". 

Vers un nouveau type de guerre ?

L'un des scenarios évoque des missiles hyper véloces...

"L'hyper vélocité, c'est la combinaison des vitesses hypersoniques au delà de Mach 5 et d'être manœuvrable" précise Emmanuel Chiva. "Les grandes armées ont des programmes pour l'hyper vélocité - donc ce n'est pas de la science fiction, c'est quelque chose qui est en train d'être développé". 

Romain Lucazeau précise : "Ce qui relève plus de la science fiction dans ce scénario, c'est qu'on s'est dit 

Si on croise deux tendances technologiques qui sont aujourd'hui avérées, l'hyper vélocité d'une part, et le développement des drones d'autre part, est-ce qu'on est pas en train de se retrouver dans une situation où on change complètement les règles de la guerre par rapport à tout ce qu'on a connu depuis la Seconde Guerre mondiale ?

La règle fondamentale de la guerre, c'est la guerre de mouvement. Et donc on construit un scénario où on montre qu'un des effets de ces technologies, c'est possiblement de se retrouver avec des formes de guerre qui ressemblent paradoxalement à ce qu'était la Première Guerre mondiale, c'est-à-dire des guerres de positions. C'est ça qu'on a exploré." 

L'armée chargée demain de sécuriser le réel ?

"Ce qui m'a fascinée", témoigne Fabienne Sintes, "c'est, dans le scénario numéro 3, ces espèces de réalités alternatives créées dans des espèces de bulles. Et désormais, la tâche de l'armée, c'est de sécuriser le réel - parce qu'on est tous prisonniers du virtuel".

Emmanuel Chiva : "Ce scénario a été écrit avant l'annonce par Mark Zuckerberg du Metaverse, ce qui montre qu'on s'ancre bien dans le réel. C'est effectivement, je pense, l'un des scénarii les plus marquants que nos auteurs aient réalisé. 

On parle de balkanisation du réel : chacun a son propre réel, il n'y a plus de réalité partagée. 

Et donc partant, ça nous donne un certain nombre d'effets, dont des effets extrêmement préoccupants dès lors qu'on veut organiser, par exemple, une opération d'exfiltration de ressortissants [parce que les informations réelles ne passent plus]". 

Le reste de l'entretien est à écouter

Egalement au programme de cette émission

Le Bruit du monde ce soir est au Kazakhstan

Il y a trois semaines, des manifestations historiques secouaient le pays avant d’être réprimées dans le sang - 225 morts, encore un millier de détenus, des cas de torture - pour l’essentiel, à Almaty, la plus grande ville du pays, où les émeutes ont été les plus violentes. Mais avant de s’étendre comme une traînée de poudre, à tout le territoire, la contestation a commencé, dans les champs de gaz et de pétrole du Sud-Ouest du Kazakhstan. À Janaozène, précisément, 100 000 habitants environ qui vivent au milieu d’un paysage lunaire. Le reste c’est Thibault Lefèvre qui nous raconte

Egalement au programme de cette émission

  • Sous les radars, par Sébastien Laugénie
  • Le Cinéma en VO par Corinne Pélissier : Nos âmes d'enfants, un film de Mike Mills
  • Le monde d'après, par Jean-Marc Four

Programmation musicale

ALDOUS HARDING… Lawn (autrice-compositrice-interprète folk néo-zélandaise)

Buddy GUY (avec Clapton) … Crawlin' kingsnake

Programmation musicale

L'équipe