Un membre de la tribu brésilienne Matis et un autre de la tribu colombienne Tikuna, à San Martin de Amacayacu (Colombie)
Un membre de la tribu brésilienne Matis et un autre de la tribu colombienne Tikuna, à San Martin de Amacayacu (Colombie) ©AFP - Lionel ROSSINI
Un membre de la tribu brésilienne Matis et un autre de la tribu colombienne Tikuna, à San Martin de Amacayacu (Colombie) ©AFP - Lionel ROSSINI
Un membre de la tribu brésilienne Matis et un autre de la tribu colombienne Tikuna, à San Martin de Amacayacu (Colombie) ©AFP - Lionel ROSSINI
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Les Matis, peuple d'Amazonie brésilienne, témoignent de leur culture à travers la caméra. Un outil qui leur permet de raconter leur histoire loin des stéréotypes occidentaux.

Comment sortir des clichés ? Comment se libérer d’un regard qui a si souvent fait d’eux des spécimens "exotiques" ? Les Matis, cette tribu de l’Amazonie profonde, qui faisait partie des derniers peuples "non contactés", disposent désormais d’outils pour se filmer et raconter eux-mêmes leur histoire.

Mieux, les néo-cinéastes de la tribu Matis se sont mis à former d’autres tribus comme leurs voisins Tikuna en Colombie. Même s’ils ne parlent pas la même langue, ils se comprennent par les gestes et partagent une culture commune.

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Les deux caméras offertes en 2015 aux Matis par la fondation brésilienne FUNAI (Fondation Nationale des Indiens) ont donc porté leurs fruits. Un nouveau cycle de représentation s’est ouvert !

Et on revient de loin ! Dans les années 70, les premiers contacts des Matis avec d’autres humains, bûcherons ou ramasseurs de caoutchouc, se sont révélés catastrophiques. Épidémies, maladies... Ce fut aussi le début d’une série de reportages qui, pendant des années, se sont faits sans demander la permission, sans que les Matis comprennent de quoi il s’agissait, et sans leur donner de suite. Des caméras du monde entier ont débarqué comme dans un safari pour immortaliser cette peuplade "étonnante" avec ses bijoux qui transpercent le nez et les oreilles, et ses visages tatoués comme des fauves…

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Là, on dirait que les Matis, qu’on appelle aussi "le peuple du Jaguar", ne sont qu’une espèce sauvage parmi d’autres dans la jungle… Sans être mal intentionné, ces genres de récits en images ont leur part déshumanisante.

D’abord, ça laisse des traces dans la façon dont une culture et un peuple sont perçus, et comment on peut se permettre de les traiter. Ensuite, ça limite aussi ce formidable outil de transmission, qu’est la caméra, à quelques stéréotypes.

Comme si des équipes étaient venues nous filmer en se concentrant sur ce rite étrange qui consiste à faire la queue pour acheter un pain tout en longueur qui ressemble à une pirogue : la baguette !

Parmi les cinéastes Matis interrogés par l’AFP, Pixi, 29 ans explique que ces images peuvent leur permettre de choisir ce qu’ils veulent transmettre de leurs traditions, montrer aussi aux autres peuples et aux "blancs" que les Matis ont leur propre identité.

En 2001, le film "Atanarjuat" remportait la caméra d’or à Cannes. C’était le premier long métrage de l’Histoire du cinéma écrit, dirigé et interprété par des Inuits dans leur langue. Le réalisateur expliquait alors que c’était comme si les films n’avaient été faits jusqu'ici que par des cow-boys, pour la première fois les indiens prenaient la caméra ! C’est exactement maintenant que les tribus amazoniennes font leur cinéma. A quand un film Matis au festival de Cannes ?