Affiche du film "Athena"
Affiche du film "Athena" ©Radio France
Affiche du film "Athena" ©Radio France
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Le réalisateur Romain Gavras cite Homère et présente son « Athena » comme une tragédie grecque. Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui de revendiquer la tragédie comme forme nouvelle ? Et surtout dans un film dit de « banlieue » ?

Pour un film conçu comme un bâton de dynamite l’objectif est atteint. La mèche s’est allumée lorsqu’« Athena », troisième long métrage du cinéaste et clipper Romain Gravas, a été mis en ligne sur Netflix.  Classé n° 1 des films vus sur Netflix en France durant la semaine du 19 au 25 septembre, il a rapidement provoqué  une explosion de voix dissonantes.

Des médias anglophones plutôt enthousiastes devant ces 97 minutes d'opéra-guerre-urbaine et des médias français beaucoup plus divisés, voire agacés.

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« Athena : film choc ou film toc ? »

Titre très justement Télérama. A cela s’ajoute, à mesure que les gens voient le film sur Netflix, une pétarade d’avis bien tranchés dont raffolent les algorithmes des réseaux sociaux. Bref, Athena « ça parle ! » comme dirait Lacan.

Mais qu’est-ce que ça dit ?

Le film fait un pari narratif, pas forcément réussi, mais qui interroge : Romain Gavras cite Homère et présente son « Athena » comme une tragédie grecque. Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui de revendiquer la tragédie comme forme nouvelle ? Et surtout dans un film dit de « banlieue » ?

Je résume : une cité fictive du nom d’Athena s’embrase et déclenche des émeutes dans tout le pays suite à la mort d’un ado de 13 ans supposément tué par la police. Face à ce drame les 3 frères du jeune sacrifié s'opposent : le corrompu qui veut préserver son business de dealer, le militaire qui défend l'ordre et la paix, le plus jeune, désœuvré, qui prône la vengeance et le chaos.

Contrairement aux tragédies de Sophocle ou d’Eschyle les personnages d'"Athena" ne sont pas traités avec suffisamment de densité pour ressentir les nœuds existentiels auxquels ils sont confrontés.

Mais ce qui est intéressant c’est que la malédiction des dieux devient ici une malédiction sociale. On part du principe que cette violence nous est collectivement imposée, qu’à ce niveau, c’est une spirale sur laquelle plus personne ne peut prétendre avoir la main… C’est donc au chœur, le coryphée, comme dans les tragédies grecques de tenter de formuler ce qui se passe.

Avec un budget de péplum à 35 millions d’euros, on pourrait se dire que le chœur dans « Athena » ce sont les 500 figurants par jour qui ont été embauchés, mais le chœur en fait ce sont les spectateurs. C’est nous.

Alors que l’imaginaire populaire reste encore phagocyté par le mythe des mythes, celui du héros qui trouve son salut en passant par la force obscure avant de triompher du mal : la tragédie nous plonge dans un monde où rien ne se purifie dans les flammes et où il n’y a pas de salut… Un monde "non binaire" comme le dit notre grand helléniste Pierre Judet de la Combe. Alors aujourd’hui je ne sais pas si nous avons besoin d’"Athena" mais de la forme tragique assurément !

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