Le doomscrolling, cette façon de faire défiler compulsivement des contenus négatifs sur son téléphone
Le doomscrolling, cette façon de faire défiler compulsivement des contenus négatifs sur son téléphone ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
Le doomscrolling, cette façon de faire défiler compulsivement des contenus négatifs sur son téléphone ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
Le doomscrolling, cette façon de faire défiler compulsivement des contenus négatifs sur son téléphone ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
Publicité

L'inquiétante pratique qui consiste à faire défiler compulsivement des contenus négatifs et le soulagement de ne pas avoir été informé : deux phénomènes qui prennent de l'ampleur dans la civilisation numérique.

A ce stade on ne se rend même plus compte que c’est de l’anglais ! On dirait plutôt une sorte de dialecte de la civilisation numérique, un esperanto du monde connecté.

Quand arrivent ce genre de nouvelles expressions, anglophones de surcroît, on a un moment de recul. Et si le temps de les comprendre elles n’étaient même plus utilisées ? Un peu comme « YOLO (You only live once / on ne vit qu’une fois) qui en 6 mois avait déjà un charme désuet.

Publicité

Avec le « doomscrolling » et le « ROMO » ça vaut le coup d’investir un peu temps de compréhension disponible, puisqu’il s’agit d’un lexique inventé par les sciences de l’information et de la communication pour décrire des phénomènes appelés à prendre de plus en plus d’ampleur.

Commençons par « doomscrolling » si l’expression ne vous est pas familière en revanche, ce qu’elle décrit vous le connaissez. « To Scroll » c’est l’action de faire dérouler des pages sur son écran et « Doom » c’est la sinistrose.

Le « doomscrolling » c’est cette façon de faire défiler compulsivement des contenus négatifs sur son téléphone ou sa tablette. Comme le rappelait un article du site « The Conversation France », cette pratique on l’observe surtout chez les ados. Sur le chemin du lycée, dans la file d’attente des magasins, dans le canapé ou au lit, c’est le fait de scroller des informations « badantes ». Des histoires tristes disons, qui provoquent des émotions fortes et créent une dépendance. Elles sont favorisées par les algorithmes qui mettent l’accent sur la négativité parce qu’elle stimule l’adrénaline et la cortisol. Et plus vous consommez ce genre d’informations plus on vous en proposera, c’est l’effet boule de neige de la recommandation.

Vous avez adoré ça, vous allez aimer ça !

Au départ c’est comme un tour de montagne russes ou de train fantôme, et ça finit en shoot quotidien au bout du pouce. Ce "défilement morbide" pourrait entraîner plusieurs troubles mentaux chez les adolescents (insomnies, stress, voire dépression). Et selon une récente étude publiée dans « l’ American Psychological Association’s Technology, Mind, and Behavior journal » : il ne s’agit pas d’une tendance passagère mais d’un « comportement unique » qui se développe principalement chez les jeunes et chez les hommes.

Et le ROMO alors, c’est quoi ?

En fait c’est lié ! La dépendance au « doomscrolling » fonctionne avec la peur de rater quelque chose si on ne scroll pas assez…. Cette peur très caractéristique de l’époque a déjà été désignée sous le nom de FOMO (acronyme de « Fear of Missing Out » / Peur de rater quelque chose).

Le ROMO c’est l’inverse : le soulagement de ne pas avoir été au courant / Relief Of Missing Out. Un sentiment observé chez ceux (principalement venus des classes moyennes ou populaires) qui sont de plus en plus nombreux à éviter d’être exposés à l’actualité… anxiogène. Pour ne pas s’en rajouter dans les problèmes ou se sentir écrasés d’impuissance.

Le ROMO est-il la réponse au « doomscrolling » ? Aïe j’ai mal à ma France. C’est plutôt la face d’une même pièce : entre surdose d’anxiété et stratégie d’évitement, les deux phénomènes appellent une réponse collective.

L'équipe

Mathilde Serrell
Production
Sophie Hoffmann
Production déléguée