Les ouvrages de Dimitri Rouchon-Borie, chroniqueur judiciaire devenu romancier, ont paru aux éditions Le Tripode - Dimitri Rouchon-Borie
Les ouvrages de Dimitri Rouchon-Borie, chroniqueur judiciaire devenu romancier, ont paru aux éditions Le Tripode - Dimitri Rouchon-Borie
Les ouvrages de Dimitri Rouchon-Borie, chroniqueur judiciaire devenu romancier, ont paru aux éditions Le Tripode - Dimitri Rouchon-Borie
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Résumé

Chroniqueur judiciaire devenu écrivain, Dimitri Rouchon-Borie se souvient de la première fois, en 2011, qu'il est entré dans un tribunal pour assister à un procès et de la façon dont, dix ans plus tard, l'écriture romanesque lui a permis de ne pas être terrassé par la banalité du mal qu'il rencontrait chaque jour.

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Dimitri Rouchon-Borie (Chroniqueur judiciaire et écrivain).

En savoir plus

Depuis dix ans, Dimitri Rouchon-Borie est chroniqueur judiciaire pour Le Télégramme. De la chronique judiciaire, il est passé au roman et est devenu écrivain. Un écrivain remarqué puisque son premier roman Le Démon de la Colline aux Loups, publié aux éditions Le Tripode en 2020, lui a valu, entre autres distinctions, d’être finaliste du Goncourt du premier roman. En mai 2021, il publie Ritournelle chez le même éditeur.

Première affaire, premier homicide

Dimitri Rouchon-Borie a choisi comme « journée particulière » le 14 février 2011. C'était sa première journée au tribunal de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor. Il se rappelle l'impression qu'il a alors eue : celle d'entrer dans une fourmilière.

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C'est un lieu qu'on ne comprend pas, au départ, parce qu'il y a trop de choses, trop de gens qui passent. [...] Le tribunal était pour moi l'endroit où j'allais arriver sur des failles, sur des échouages. Je me doutais bien que j'allais y trouver une humanité en souffrance.

Le chroniqueur judiciaire, alors débutant, ignore seulement comment il allait trouver cette humanité et de quelles façons cette souffrance allait s'exprimer. Ce n'était que le début d'un chemin qui dure depuis 10 ans. Ce 14 février 2011, il se rend donc à un procès d'assises. La séance commence à 9 heures, le matin. Dimitri Rouchon-Borie est légèrement en retard, les juré·e·s sont déjà installés. Il monte le grand escalier central du tribunal.

La première image que j'ai, c'est celle d'une salle entièrement vide. Il n'y a pas de public, presque personne. Face à moi : le mur que constituent les juré·e·s, la Présidente et les assesseurs, très solennel·le·s. L'avocat général, à ma droite. Dans le box : un jeune homme au crâne rasé.

À ce moment-là, il ne sait pas encore quelle est l'histoire. C'est petit à petit, à mesure que le greffier d'assises fait la lecture intégrale de l'ordonnance de renvoi, que Dimitri Rouchon-Borie découvre que le jeune homme au crâne rasé est accusé d'avoir tué son beau-père d'un coup de fusil.

Je tombe en plein dans ce huis-clos familial, étonnant et d'une tristesse absolue. Cette première image de la justice, c'est celle-là. C'est-à-dire que, tout de suite, on sait ce qu'il va se passer pour tous les autres procès qu'on va couvrir. Elle est marquante cette tristesse-là ; c'est au-delà de ce qu'on va pouvoir raconter. On le sait tout de suite.

Pour autant, l'écrivain explique qu'il a trouvé, ce jour-là, le sens de son métier.

53 min

L'absurdité du mal

Depuis dix ans, Dimitri Rouchon-Borie écrit donc à propos des grands crimes et des petits délits de sa région dans les pages du Télégramme. Il prête sa plume à des histoires, belles ou sordides, et, pour cela, il doit les écouter. Il explique toutefois qu'il lui est éprouvant de suivre un procès pour le raconter.  

On écoute et, pour bien écouter, il faut éponger. Il faut donc ramasser car si l'on ne ramasse pas, on ne peut pas écrire. [...] On éponge de la sueur, des histoires d'amour tristes et beaucoup de silence, des questions. Des questions sans réponses.

Ainsi, dans une certaine mesure, c'est cette absence de réponses qui, au fil des années passées dans les tribunaux, donne au chroniqueur judiciaire l'élan d'écrire autre chose, l'élan de la littérature.

[Ces réponses], j'avais envie de commencer, moi, à les donner, à les chercher, à les inventer, à les rêver, un peu, même parfois. C'est très éprouvant de ne pas avoir d'explication au mal.

Écrire pour casser le silence, c'est donc ce qui anime Dimitri Rouchon-Borie lorsqu'il s'attaque à ce Démon de la Colline aux Loups, un premier roman remarquable et remarqué. L'auteur explique qu'il ne pouvait plus rester à la merci de l’absurdité des affaires jugées, de l’irrationalité des actes et de ces silences et questions. Pour lui, l’écriture est ainsi un art de la survie en territoire hostile. Il fallait créer, recréer, oublier les personnes pour accueillir des personnages. Imaginer, par empathie, l’histoire des accusé·e·s lui permettait de les reconnaître comme des semblables. Écrire pour rendre à toutes ces femmes et à tous ces hommes une part d’humanité.

La solitude des gens finit par rencontrer la nôtre. On voit bien, par moments, qu'on a affaire à des gens qui sont comme nous. Ils sont très différents de nous, ils ont commis des choses qui sont extrêmement difficiles, mais, quelque part, ces gens-là, c'est quand même nous.

Pour aller plus loin

Le Démon de la Colline aux Loups (2020) et Ritournelle (2021), les deux premiers romans de Dimitri Rouchon-Borie ont paru aux éditions Le Tripode.

►►► (ré)écouter l'appréciation de Le Démon de la Colline aux Loups par les critiques du Masque et la plume de Jérôme Garcin

"Le Démon de la colline aux loups" de Dimitri Rouchon-Borie

6 min

La programmation musicale du jour

  • Gregorio Allegri (compositeur), chœur Tenebrae dirigé par Nigel Short, "Miserere", 2006
  • Radiohead, "No Surprises", 1997
  • Ballaké Sissoko & Camille, "Kora", 2021 [Dans la playlist de France Inter]
  • Et un extrait de : Rihanna, "Man Down", 2010

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

54 min
Références

L'équipe

Zoé Varier
Zoé Varier
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Production
Djubaka
Autre
Hugo Combe
Hugo Combe
Zoé Varier
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Denis Forget
Autre